Laissez parler Kevin De Bruyne

Comme Romelu Lukaku avant lui, Kevin De Bruyne s'est confié sur son passé au média américain The Players Tribune. Le médian des Diables Rouges se livre sur les moments compliqués et les doutes qui ont marqué son adolescence et son début de carrière. Morceaux choisis.

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Ce soir, Manchester City accueille Tottenham en quart de finale retour de la Champions League. Défaits 1-0 à l’aller, les Citizens devront cravacher pour se qualifier face à des Spurs solides au fort accent belge (Toby Alderweireld et Jan Vertonghen en composent l’arrière-garde). Si Vincent Kompany ne figurera probablement pas dans le onze de base des Skyblues, Kevin De Bruyne devrait être titularisé. Lors du match aller, le médian des Diables Rouges avait regardé la majorité de la rencontre depuis le banc de touche (monté au jeu à une dizaine de minutes de la fin). Comme (trop) souvent cette saison.

« Tu pleures ? » 

Pièce maîtresse du système mis en place par José « Pep » Guardiola depuis l’arrivée du Catalan en 2016, De Bruyne a joué de malchance au cours de cet exercice 2018 – 2019. La faute à une foutue blessure aux ligaments du genou contractée lors d’une rencontre de Premier League à la mi-septembre. Par deux fois, le joueur a pensé en être débarrassé avant de chuter à nouveau, assistant impuissant à la lutte passionnante qui oppose son équipe à Liverpool dans le championnat anglais. Une période éloignée des terrains très mal vécue par cet accro du ballon, et sur laquelle il s’est confié dans « Let me talk » (« Laissez-moi parler »), une interview donnée au média américain The Players Tribune – qui avait déjà réalisé une capsule similaire très émouvante avec Romelu Lukaku en juin 2018.

« Ma femme ne m’a jamais vu pleurer, même aux enterrements. Mais là en me blessant face à Fulham, le timing était terrible« , confesse le joueur. « La veille, ma femme venait de donner naissance à notre deuxième fils. Je l’ai eu en appel vidéo, j’ai demandé des nouvelles du bébé. Il va bien, me répond-t-elle, avant de me demander : tu pleures ? Je lui dis alors que je suis blessé et qu’elle allait devoir s’occuper de trois bébés pendant un petit moment. Puis, j’ai littéralement fondu en larmes. Mariages, enterrements, naissances ? Ce n’est rien, je suis un roc. Mais si on m’enlève le football ? Laissez tomber, je ne peux pas y arriver.« 

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Chez lui, face caméra, le joueur se livre à un témoignage sans filtre. Il lève le voile sur tous les moments de doutes qui ont émaillé son parcours footballistique depuis son adolescence, quand il a pris la décision de quitter Gand et sa famille à 14 ans pour rejoindre le club de Genk à l’autre bout de la Flandre. Loin de l’image du joueur désinvolte qui se la joue et scande « Je m’en bat les couilles » sur une Grand-Place rouge de monde, on y découvre un Kevin De Bruyne qui – même s’il empile les goals et les millions à Manchester City – reste un homme « normal » doté de sentiments comme les autres. Vraiment ?

« Impossible d’interagir avec toi » 

« Depuis que je suis enfant, j’ai toujours été timide, très calme. Je n’avais pas beaucoup d’amis proches. Je m’exprimais balle au pied et je m’en contentais. (…) À Genk j’étais le petit nouveau qui parlait un dialecte bizarre. Je n’ai pas vraiment appris à avoir une vie sociale. Mes deux premières années à l’Académie étaient probablement les plus solitaires que j’ai jamais vécues. » Le jeune Kevin vit dans une famille d’accueil. Si la cohabitation ne pose lui pose personnellement pas de problème, l’adolescent a une désagréable surprise en rentrant chez lui au terme de sa première année dans le Limbourg. « Ta famille d’accueil ne veut plus de toi, ils disent que tu es trop calme et qu’ils ne peuvent pas interagir avec toi, que tu es difficile » lui annonce sa mère en larmes.

Je n’ai pas vraiment appris à avoir une vie sociale. Mes deux premières années à l’Académie étaient probablement les plus solitaires que j’ai jamais vécues.

Le jeune homme sait qu’il est du genre timide. Mais il ne comprend pas. Pour se défouler, il tape la balle contre la clôture du jardin des heures durant et se souvient d’avoir crié à un moment : « Tout va bien se passer, dans deux mois je serai en équipe première. Je ne reviendrai pas à la maison avec un échec, quoique il advienne« . Mais au retour des vacances d’été, De Bruyne est versé dans le noyau B. Nouveau coup sur la tête du rouquin. Mais le footballeur n’est pas du genre à se dégonfler. Il claque cinq buts en une seule mi-temps lors d’un match au cours duquel il monte au jeu et gagne sa place de titulaire. Il ne l’a perdra plus… Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’un certain José Mourinho.

« Comme si je n’existais plus » 

Auréolé du titre de champion de Belgique conquis avec Thibault Courtois, De Bruyne rejoint le gardien à Chelsea en 2012. « Quand j’étais à Chelsea, les médias étayaient tellement à propos de ma relation avec José. La vérité est que je ne lui ai parlé que deux fois… Au départ, le plan convenu a toujours été de me prêter pour un temps. Donc je suis parti au Werder Brême en 2012 et la saison s’est bien déroulée. Des clubs allemands voulaient d’ailleurs me transférer. » Mais le Special One lui envoie un SMS qui le convainc de rester à Londres : « Tu restes, je veux que tu fasses partie de l’équipe« .

Après le quatrième match, j’étais sur le banc et je n’ai pas eu d’explications. À 21 ans, on ne comprend pas forcément pourquoi ça nous arrive.

Après un début de saison prometteur, avec les Blues d’Eden Hazard, De Bruyne est écarté des terrains et ne reçoit pratiquement plus jamais sa chance. « Après le quatrième match, j’étais sur le banc et je n’ai pas eu d’explications. C’était parfois comme si je n’existais plus. À 21 ans, on ne comprend pas forcément pourquoi ça nous arrive. » L’entraîneur portugais convoque le Belge dans son bureau en décembre, à la mi-saison. « Il m’a regardé et m’a dit : un assist, zéro but et 10 guérisons. Puis il a commencé à lire les statistiques des autres joueurs évoluant à ma position. C’était très étrange. Il m’a ensuite expliqué que je n’étais que son cinquième ou sixième choix. J’ai été complètement honnête, j’ai dit qu’il vaudrait mieux me vendre. José était déçu mais il comprenait que j’avais absolument besoin de jouer. Après tout s’est bien déroulé, j’ai été transféré à Wolfsburg et Chelsea a récupéré le double du prix qu’ils avaient payé.« 

« Guardiola m’a changé« 

Au terme d’une saison impressionnante auréolée de la Coupe d’Allemagne, De Bruyne repasse la Manche. Direction Manchester City cette fois, pour la modique somme de 80 millions d’euros… Un record pour un joueur belge à ce jour. « C’était une période très stressante. Ma femme était enceinte et nous n’avions pas la moindre idée où nous mènerait un transfert (le Bayern Munich et le Paris Saint-Germain étaient aussi intéressés, NDLR). Personnellement je voulais aller à City, Vincent Kompany me parlait du projet, disant que j’allais l’aimer. » 

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Lors de sa deuxième saison chez les Cityzens, Pep Guardiola, débarque à la tête des Skyblues. Dès leur première rencontre, son nouvel entraîneur la joue franc-jeu : « Kevin, écoute, tu peux facilement devenir un des cinq meilleurs joueurs du monde. Top cinq, facile« . Le Belge est abassourdi. « Ça a changé toute ma mentalité. C’était un coup de génie. J’avais l’impression de devoir lui donner raison. » Avec le Catalan, De Bruyne devient le roi des assists. Il rate de peu le titre de meilleur joueur de Premier League (au détriment de l’extra-terrestre de Liverpool Mohammed Salah) la saison passée, mais soulève le trophée du champion avec City.

Son équipe a cette fois l’occasion d’aller chercher la « Coupe aux grandes oreilles ». Pour rejoindre la finale le 1er juin prochain, il faudra renverser Tottenham ce soir et ensuite se défaire d’une fascinante équipe de l’Ajax Amsterdam qui a éliminé le Real Madrid et la Juventus avec une insolente facilité. Si les planètes s’alignent, le club de Manchester pourrait retrouver les voisins de Liverpool et « Mo » Salah sur la dernière marche de l’épreuve reine pour un derby du Nord de l’Angleterre enflammé. Toujours aux coudes à coudes en championnat, les deux clubs ont à la fois tout à perdre et tout à gagner. Arrivé au sommet de son art, Kevin De Bruyne possède les clés du succès entre ses pieds. Supporter des Reds étant petit, le joueur pourrait jouer un vilain tour à l’ancien club de son cœur. Un coeur plus sensible qu’on ne le pensait.

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