Mike Gravel, le candidat démocrate qui ne veut pas qu’on vote pour lui

Cet ex-sénateur de l’Alaska a officiellement lancé sa campagne ce lundi, mais ni son directeur de campagne, ni lui-même ne veulent gagner. Ceci n’est pas une blague, on vous explique.

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À 88 ans, Mike Gravel est pris d’un fou rire rien qu’à l’idée de s’imaginer Président des États-Unis. « À mon âge ? (rires) Je finirais mon mandat à 93 ans, ivre de pouvoir », a-t-il confié à The Atlantic. Et ce n’est pas le seul élément absurde de sa campagne. À commencer par le (très) jeune âge de son directeur de campagne, David Oks, 17 ans et qui finit ses études secondaires cette année. L’adolescent est également clair sur les (non) ambitions de cette campagne : « On ne veut pas que les gens votent pour Gravel et Gravel ne veut pas que les gens votent pour lui ». Mais quoi alors ? Si son objectif n’est pas de devenir Président, Mike Gravel ne s’est pas lancé dans la course à la présidentielle à la suite d’un pari de fête trop arrosée ou pour amuser la galerie. Ce candidat à la Maison Blanche le plus vieux de l’histoire des États-Unis a tout de même un objectif : participer aux débats démocrates pour faire passer ses idées (plus ou moins) révolutionnaires. Parmi les autres candidats, Gravel aurait alors le rôle de perturbateur, parlant de certains sujets d’une façon différente des autres Démocrates. « Participer aux débats me permettrait de parler de la folie nucléaire », suggère-t-il. « Nos dirigeants sont fous et nous sommes tous piégés dans cette situation ».

C’est qui ce type ?

Mike Gravel n’est pas un illustre inconnu dans le monde politique américain. Cet originaire de Springfield s’était déjà présenté en 2008 à l’aide d’une vidéo énigmatique qui avait, à l’époque, fait le buzz. On l’y voit face caméra, fixant l’objectif pendant plus d’une minute sans rien dire, s’éloigner ensuite pour jeter un caillou dans le lac à côté duquel il s’est planté, pour finalement partir au loin (il faut le voir – ci-dessous – pour le croire). Il est également connu pour avoir critiqué virulemment la guerre du Vietnam.

Deux ados et un retraité

Les deux adolescents ayant « recruté » Gravel ont de la suite dans les idées. À 16 ans, David Oks était déjà candidat au mayorat de Ardsley, un petit village de l’État de New York. Voyant les élections de 2020 approcher à grands pas, le jeune homme rêve de s’y investir. Avec son ami Henry Williams, ils réfléchissent d’abord à s’engager auprès de Bernie Sanders, mais changent ensuite d’avis : « Bernie continue de promouvoir la politique étrangère d’Obama. Or, celle-ci est désastreuse », estime Oks. Ils se tournent alors vers Tulsi Gabbard, représentante du deuxième district d’Hawaï à la Chambre des représentants, mais font demi-tour à nouveau, craignant que sa « rencontre avec le dictateur syrien Bachar el-Assad l’ait corrompue ». « On s’est dit que la meilleure manière de pousser les choses à gauche, c’était d’avoir notre propre candidat dans la course. On a vraiment besoin de quelqu’un qui va critiquer les autres candidats sur certaines de leurs propositions politiques qui sont assez mauvaises », confie Oks à The Atlantic. Les deux jeunes réussissent à convaincre Gravel, en pleine écriture d’un livre sur une réforme de la Constitution, sous certaines conditions : ils lui assurent qu’il ne devra ni voyager (sauf pour les débats), ni donner beaucoup d’interviews. Flatté et surpris par la connaissance des deux ados en son idée de réforme, Gravel signe et tourne même un remake de sa vidéo virale de 2008.

Pour placer l’octogénaire en plein dans la modernité, Oks et Williams lui créent un compte Twitter qu’ils gèrent eux-mêmes, n’hésitant pas à attaquer frontalement les autres candidats. Le compte attire rapidement l’attention des médias.

Une réelle influence ?

« Si je peux participer aux débats, peu importe ce que l’on va me demander, je vais amener les sujets dont je veux parler », assure Gravel. Le candidat semble assez sûr de lui et sur sa capacité à influencer les discussions. Mais pour les experts, Gravel risque d’éprouver pas mal de difficultés à s’imposer dans un débat avec 18 candidats. Son directeur de campagne reste quand à lui confiant : « Il va servir de couverture à Bernie Sanders et Tulsi Gabbard. Il va dire des choses que ces deux-là ne peuvent ou ne veulent pas dire. Il va faire paraître Sanders comme jeune et centriste ». L’objectif est assumé et n’étonne pas dans une campagne pour le moins surprenante…

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