Concrètement, on en ressort quoi de ce trou noir ?

L’image du trou noir de la galaxie M87 a presque cassé Internet. Pourtant, elle a surtout confirmé ce que les scientifiques savaient déjà. Du coup, on se réjouit ou on attend mieux ?

©Photonews

On ne voit pas grand-chose, quasi rien en fait. Et tout le monde s’emballe. C’est que depuis quelques années, les trous noirs font fantasmer le grand public, s’appuyant autant sur les mystères qui les entourent que sur leurs représentations, au cinéma notamment. Des représentations qui, finalement, étaient visuellement bien proches de la réalité. Nous voilà tiraillés entre l’admiration d’une science impressionnante de précision et la petite déception de ne rien avoir découvert de vraiment fou… « Les scientifiques vivent de découvertes qui viennent soit conforter leurs hypothèses, soit tout chambouler, explique Philippe Grandclément, chercheur français au CNRS et spécialiste des trous noirs. Et il est vrai que dans ce cas-ci, on n’a rien appris de nouveau. Cette première image, même si elle est de meilleure qualité que prévu, ne fait que confirmer les travaux des scientifiques. Mais il s’agit d’une éclatante confirmation. » Qui rappelle le boson de Higgs-Englert, resté longtemps une théorie finalement confirmée en 2013.

La suite consiste maintenant à mettre la main sur des images d’un autre trou noir flottant dans notre Voie Lactée. Car les scientifiques, armées de huit télescopes, étaient bien à l’affut de deux trous noirs simultanément. L’un, Sagittarius A*, au centre de notre galaxie et donc « proche » de nous, à 26.000 années-lumière de la Terre. L’autre nettement plus loin, à 50 millions d’années-lumière, et 1.500 fois plus gros que Sagittarius A*. Curieusement, les données se sont révélées plus simples à récupérer auprès de celui se trouvant dans la galaxie M87. Car même mille fois plus proche, Sagittarius était trop agité pour être pris en photo.

Pas un truc exotique

A court terme, le travail des scientifiques sera donc d’observer le trou noir qui occupe notre galaxie. « On peut espérer récolter de meilleures données d’ici l’année prochaine, voire dans les prochains mois. A plus long terme, il faudra parvenir à appréhender la formation de ces trous noirs. On sait que ceux de type stellaires, plus petits, se forment lorsqu’une étoile massive s’effondre sur elle-même. Par contre, on ne sait pas encore comment se crée un trou noir supermassif. »

Les scientifiques dégagent deux possibilités à la formation de ces trous noirs plusieurs milliards de fois plus massifs que le Soleil. « Soit le trou noir supermassif apparait en même temps que la galaxie elle-même lorsque le gaz primordial s’effondre, et donc en en même temps que les étoiles. Soit il s’agit d’une agglomération de trous stellaires qui finissent par former un énorme trou noir. J’espère voir la question tranchée d’ici une quinzaine d’années. »

Si l’on peut donc relativiser la publication de la photo de M87, que certains placent sur le même pied que la visite de l’Homme sur la Lune, il faut tout de même préciser l’énorme influence des trous noirs sur l’univers. « On a parfois l’image d’un truc un peu exotique, un peu à part, mais sans les trous noirs, tout ce qu’il y a autour serait différent. Leur densité et leur énergie sont telles que les découvertes sur les trous noirs sont essentielles pour comprendre ce qu’il se passe dans l’univers. »

Vu la puissance des outils à la disposition des scientifiques – la captation de M87 correspond à celle d’un pamplemousse sur la Lune – et l’importance des connaissances autour de ces fameux trous noirs, on peut s’attendre à ce qu’ils squattent encore l’actualité. Pleins de surprises ou non.

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