Ces « fake news » environnementales qui polluent la toile

Armes privilégiées des climato-sceptiques, les fausses informations sur le dérèglement climatique prolifèrent en toute liberté sur les réseaux sociaux. Chaque jour plus nombreuses, on les retrouve partout, y compris là où on s'y attend le moins... 

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Le journalisme traverse une crise sans précédent. Statuts précaires, surcharge de travail, exigences « multi-tâche », insécurité d’emploi… L’exercice du soi-disant « plus beau métier du monde » (avec celui d’enseignant) n’est pas très enviable du point de vue de l’emploi. De l’image non plus. Si internet a démocratisé la création et la diffusion de l’information, il a aussi profondément changé la perception de sa crédibilité et celle des professionnels. Professionnels qu’une frange non-négligeable de la population n’hésite pas à traiter de « journalopes ». Charmante contraction de journaliste et d’un second mot qu’on se gardera de préciser, qui « dénonce » les personnalités médiatiques trop en phase avec certaines positions politiques (inter-changeable selon les points de vue de tout un chacun).

Le climat, usine à fake news

Alors que les médias traditionnels étaient un gage de qualité et de sérieux, les lecteurs ont largement perdu la confiance qu’ils leur accordaient au profit d’influenceurs (au sens large du terme) « grâce auxquels » ils s’informent sur les réseaux sociaux principalement. Des études ont prouvé que les informations fausses s’y propagent plus vite et plus loin qu’ailleurs (notamment sur Twitter). Facebook met en avant les informations provoquant des réactions émotives, au détriment d’articles faisant appel à la réflexion… L’accès à une information fiable est pourtant fondamental au bon fonctionnement d’une société démocratique, mais le partage de fake news en ligne favorise les positions les plus extrêmes au sein de la société et nourrit la confusion.

Dans l’actualité, une thématique en particulier est une source d’inspiration infinie pour la fabrication et la diffusion de fausses informations : le dérèglement climatique. La question affole en permanence le débat sur internet et constitue une usine à fake news qui tourne à plein régime pour polluer la toile. En témoigne le nombre de photomontages réalisés et diffusés chaque jour pour démontrer que le phénomène n’existe pas, ou les attaques répétées contre les jeunes manifestants pour le climat (et principalement Greta Thunberg) qui les déclarent « manipulés » par un prétendu lobby écologiste, voire par des espions russes… Aujourd’hui pourtant, s’il existe encore une controverse sur ses causes et conséquences exactes (« S’agit-il de la faute des êtres humains et quelle est l’ampleur réelle ? »), la communauté scientifique dans son ensemble s’accorde pour dire que le climat se réchauffe. Or, sur internet, les moteurs de recherche ne vont pas dans ce sens-là.

Mythe, leurre et mensonge

Sur Google, lorsqu’on introduit dans la barre de recherche les mots : « Le réchauffement climatique est », la saisie prédictive nous propose automatiquement des résultats générés par un algorithme qui prend en compte la fréquence de recherche d’un terme par les autres utilisateurs, et qui est conçue pour refléter la diversité des informations qui sont présentes sur le web. Verdict ? On obtient dans l’ordre « un mythe », « un leurre », « un mensonge », « un phénomène naturel »… Soit ¾ de propositions de recherche qui induisent que le dérèglement climatique est lui-même une fake news, comme ne cesse de le répéter sur Twitter – tiens donc? – Donald Trump à la moindre occasion.

Ces résultats révèlent qu’il y a proportionnellement beaucoup d’articles qui vont dans le sens de l’actuel locataire de la Maison Blanche et ne concorde pas avec le consensus de la communauté scientifique. Et les moteurs de recherche du web ont tendance à renforcer cette situation. À tel point qu’aujourd’hui, la moitié de la population des États-Unis ignorerait que le dérèglement climatique a une origine – même partielle – humaine… Si à l’échelle de la planète, le constat n’est sans doute pas aussi alarmant, la confusion règne en tout cas souvent dans le chef des Terriens, et des faits scientifiquement faux sont colportés tant par les « pros » que les « antis »-climat. Les médias d’information, y compris ceux réputés crédibles, ne sont pas non plus étrangers à cela…

Personne à l’abri

Des erreurs factuelles se glissent aussi dans des informations relayées par les médias traditionnels. Le site www.climatefeedback.org – référence de fact-checking scientifique sur la question du réchauffement climatique – identifie les articles les plus lus sur le dérèglement climatique en fonction de leur audience sur les sites web et de la viralité sur les réseaux sociaux. Ces articles sont alors relus par un groupe d’experts en climat qui les commentent pour rectifier des erreurs ou ajouter du contexte avant de donner une note globale sur leur crédibilité scientifique (de « très haute » à « très basse »). En 2017, sur les 25 articles anglophones les plus diffusés (certains atteignent plus d’un million de partages), seuls la moitié étaient irréprochables et, sans surprise, les articles trompeurs ou faux étaient les plus partagés. Parmi les médias coupables, on retrouve des références comme la BBC ou même National Geographic !

https://climatefeedback.org/

Dernièrement, une opinion publiée le 26 février par le Western Journal (un site web conservateur d’actualité politique basé à Phoenix, en Arizona) a été analysé par la plate-forme Climate Feedback. L’article intitulé « Media Hysteria: Climate Change ‘Heat Records’ Are a Huge Data Manipulation » (« Hystérie des médias: les ‘records de chaleur’ liés au changement climatique constituent une énorme manipulation de données ») contenaient plusieurs erreurs. Des lecteurs se sont insurgés et le site a finalement retiré l’article en présentant ses excuses.

Journaux « prédateurs » 

Grâce à Climate Feeback, les éditeurs peuvent améliorer la qualité de leurs publications, notamment en sélectionnant des contributeurs plus crédibles. Ce qui n’est pas facilité par l’augmentation du nombre de revues prétendument scientifiques et de journaux « prédateurs » (où il suffit de payer pour être publié sans que l’article soit revu pour sa qualité scientifique)… Il revient donc au journaliste de redoubler de vigilance.

Les lecteurs qui le souhaitent peuvent aussi vérifier par eux-mêmes une information et/ou trouver un avis d’expert. Les revues critiques de Climate Feedback sont aussi mises en avant dans les résultats de recherche sur Google. C’est une bonne nouvelle. La mauvaise c’est que l’audience du site est dérisoire comparée à celles des fake news dont il suffit parfois de lire le titre pour avoir « tout compris ». Ou plutôt rien compris du tout…

Belga

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