Transphobie: la Belgique est-elle un bon élève ?

En France, une agression transphobe suscite le tollé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ce type d'agressions est-il fréquent chez nous ? Analyse.

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Paris, dimanche 31 mars, Place de la République. Il fait beau et Julia, transgenre, se promène dans les rues de sa capitale. À la sortie du métro, elle est interpellée par trois individus qui lui bloquent le passage. L’un lui pelote la poitrine et s’étonne de trouver des seins sur un homme, l’autre lui montre son pénis. Harcèlement, attouchement, exhibitionnisme, le tout en une fraction de secondes. Rapidement un groupe de personnes se forme autour de Julia. Elles la poussent, l’insultent. « Je n’ai pas peur de toi », lance-t-elle à l’un de ses agresseurs. Les coups partent. À part une jeune fille, personne ne lui vient en aide avant que les forces de l’ordre ne s’intercalent. Tout est filmé et, heureusement, puisque la preuve tangible de cette agression permettra d’ouvrir une enquête.

Même si les mentalités évoluent, les agressions transphobes restent quotidiennes plus ou moins intensément en fonction du pays. Dans certains, tant l’homosexualité que la « transgenrité » sont passibles de peine de mort. C’est par exemple le cas de certains pays du Moyen-Orient où la situation reste critique pour les personnes LGBTQI+. Opprimées, torturées, violentées, voire tuées pour le simple fait de ne pas être estimées comme étant « dans la norme ». Même son de cloche en Inde ou encore en Tchétchénie où, il y a deux ans, les autorités russes menaient une violente « purge » lors de laquelle des dizaines d’hommes ont été tués en raison de leur orientation sexuelle ou de leur genre. Amnesty International a d’ailleurs rappelé début avril que, à ce jour, personne n’avait encore eu de comptes à rendre pour ces crimes.

La Belgique, ce bon élève…

L’association européenne pour les droits des personnes LGBTQI+, ILGA, analyse chaque année la situation des personnes de cette communauté dans 49 pays européens. En fonction des lois et des politiques d’application dans chaque pays, ILGA établit un classement des pays les plus avancés en matière d’égalité et de respect des genres. À égalité avec la Norvège, la France, le Danemark et l’Irlande, la Belgique arrive en deuxième position des pays les plus tolérants. Juste derrière Malte.

Et pour cause, bien que largement perfectible, les droits belges pour les personnes transgenres ont évolué ces dernières années. Depuis le 1er janvier 2018, les personnes transgenres peuvent faire modifier officiellement l’enregistrement de leur sexe et leur prénom sur les actes d’état civil et dans le registre de la population, sans conditions médicales. Du côté associatif, plusieurs organisations comme la RainbowHouse ou Genres Pluriels multiplient les formations et les actions pour plus d’égalité. En mars dernier, Bruxelles Prévention et Sécurité et le Service public régional de Bruxelles s’associaient à la RainbowHouse Brussels pour « mener un projet inédit de collecte de données relatives aux violences et discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ». Projet qui a donné le jour à une fiche de signalement que les victimes de LGBTQI+phobie peuvent remplir anonymement tout en étant redirigées vers la police et les instances officielles si elles en ressentent le besoin.

Aussi, des formations sont données aux services de police ainsi qu’aux communes qui le souhaitent. Le tout pour apprendre à aiguiller, mettre en confiance, inciter les personnes victimes de discriminations à sortir du silence et à porter plainte.

… qui peut tout de même mieux faire

Il n’empêche que, même bon élève, la Belgique a encore du chemin à faire. « Longue est la route », lâche Daphné Coquelle, co-fondatrice de l’association Transkids Belgique. Par exemple, en ce qui concerne le nombre d’agressions sur notre territoire. « Il n’y a pas énormément d’études qui sont menées en Belgique, donc peu de chiffres sont recensés. Et de toute façon, de manière générale, les chiffres qui concernent les personnes transgenres sont toujours largement en dessous de la réalité », détaille la co-fondatrice. S’ajoute aussi le fait que les personnes transgenres n’osent pas forcément porter plainte, car même au sein des institutions censées protéger leurs droits, la discrimination fait rage.

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