Gabriel Ringlet : « L’Église n’a plus aucune crédibilité »

Ce n’est pas de la pédophilie mais de la pédocriminalité. Ce n’est pas quelques individus abuseurs mais un système. Le prêtre dénonce et explique.

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Il a reçu et soutenu près de 35 victimes de prêtres pédophiles.  Il a témoigné pour elles devant la commission parlementaire. Aujourd’hui encore, il affirme que l’Église n’a toujours pas compris et il dénonce ce qu’il appelle le système clérical. Nous avons rencontré Gabriel Ringlet. Écrivain, journaliste et universitaire, il a été professeur et vice-recteur de l’Université catholique de Louvain. Et il est prêtre. 

La Belgique pensait avoir tourné la page. Mais les abus sexuels sur enfants dans l’Église sont plus que jamais d’actualité. C’est une surprise? 

Gabriel Ringlet – L’ampleur est surprenante. On savait qu’en Irlande, au Chili, dans certains pays, c’était beaucoup plus que quelques cas isolés. Moi-même, quand j’ai plaidé à la commission parlementaire, au nom des victimes qui m’avaient confié leurs souffrances, je ne mesurais pas à quel point c’était aussi profond et vaste. L’expression “pédophilie” est d’ailleurs beaucoup trop douce et ambiguë. On se trouve face à de la pédocriminalité. Et si l’Église de Belgique s’en est mieux sortie que d’autres, c’est parce qu’elle ne l’a pas choisi. Elle a été mise au pied du mur après 160 audiences. Je pense qu’un certain nombre de responsables de l’Église reconnaissent que ce qui s’est mis en place est une chance, même si ça reste très insuffisant pour les victimes. 

Qu’est-ce qui explique que tout ça soit resté si longtemps dans l’obscurité?

Plusieurs éléments. D’abord, le cléricalisme comme maladie mortelle de l’Église. Un système construit sur une conception cléricale du pouvoir, sur le fait qu’on lave toujours son linge sale en famille, sur une justice parallèle. Un certain nombre de gens ordinaires sont même entrés dans ce système d’occultation. J’ai recueilli le témoignage de parents qui ne voulaient absolument pas dénoncer ce qui s’était passé dans tel collège avec leur enfant. Ils avaient vécu des relations très proches, chaleureuses avec des abuseurs. C’est un monde qui s’écroule. On n’arrive plus à trouver ses repères. C’est le titre du livre d’une victime que j’ai portée, On ne te croira pas. Un tel respect du clergé rend impossible de dénoncer. Mais c’est un faux sacré. Et ça, c’est vraiment criminel. 

Qu’est-ce que vous voulez dire par “faux sacré”? 

On ne peut expliquer la pédocriminalité qu’en se confrontant à la question de la sacralisation du prêtre. Et cela va très au-delà des actes commis par quelques individus. C’est une question structurelle. Le prêtre dans la conception classique, et je me réjouis que cette conception soit à terre aujourd’hui, est sur un piédestal comme n’étant pas un homme comme un autre. C’est assassin. Je vais donner un exemple. Je suis à Huy. Je croise un jeune prêtre en col romain. Il me dit: “Monsieur l’abbé, comment voulez-vous qu’on vous respecte, vous n’avez même pas de signe distinctif”. C’est au cœur du problème.

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