« L’aviation est le plus grand échec climatique de l’Europe »

C'est officiel: Ryanair est dans le "Top 10" des plus gros émetteurs de CO2 en Europe. C'est la première fois qu'une compagnie aérienne atterrit dans ce club restreint des entreprises les plus polluantes. Et probablement pas la dernière... 

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L’ONG Europe Transport & Environment (T&E), qui milite pour une politique de transport en Europe basée sur les principes du développement durable, a diffusé ce lundi un communiqué condamnant les échecs à répétition de l’Union européenne pour entériner les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’aviation. Celles-ci ne cessent de décoller, en témoigne le classement des sociétés européennes les plus pollueuses du moment dévoilé hier par la Commission : Ryanair figure en 10e position. Un « Top 10 » réservé jusqu’ici à de grosses entreprises de charbon.

Avec 9,8 millions de tonnes de CO2 en 2018, Ryanair a augmenté de 6,9% ses émissions par rapport à 2017, et de 49% (!) sur les cinq dernières années. Le géant irlandais survole de loin ses concurrents. À titre de comparaison, Brussels Airlines a émis l’an dernier quelque 780.000 tonnes de CO2. Toutefois, c’est le secteur de l’aviation en général qui a augmenté ses émissions : de 4,9% en 2018 par rapport à 2017, et de 26,3% sur les cinq dernières années. Les compagnies aériennes font figure d’exception alors les autres secteurs du système d’échange de quotas d’émission de l’UE (y compris les entreprises de charbon) ont enregistré une baisse de 3,9% en 2017.

Transport & Environment

Sky is the limit

Le phénomène n’est guère étonnant: contrairement aux sociétés actives dans tous les autres moyens de transports, les compagnies aériennes ne payent pas de taxes sur le carburant, ni de TVA sur les ventes de tickets. La piste est donc complètement dégagée pour une augmentation sans restriction du trafic aérien dans le ciel européen. À l’échelle mondile, il devrait même encore doubler d’ici 2036… Pas vraiment rassurant à l’heure où les experts climatiques ne cessent de répéter à quel point il est urgent d’amorcer une transition écologique et de repenser nos modes de vies. « L’aviation est le plus grand échec climatique de l’Europe« , déplore Andrew Murphy, directeur de l’aviation chez Transport & Environment. « Quand il s’agit de climat, Ryanair est le nouveau charbon. Cette tendance ne se poursuivra que jusqu’à ce que l’Europe se rende compte que ce secteur sous-taxé et sous-réglementé doit s’aligner avec les autres« .

Mais au lieu de cela, les gouvernements préfèrent poursuivre l’élaboration d’un système de compensation carbone controversé des Nations Unies pour l’aviation, connu sous le nom de CORSIA  (« Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation« ). Le principe ? Les compagnies aériennes investissent dans des projets environnementaux « en compensation » de la pollution due à leur activité, au lieu de directement réduire leur propre empreinte carbone. Il existe pourtant de sérieux doutes sur l’efficacité environnementale de ce genre de systèmes. Les compagnies auraient tendances à investir dans des projets « bons marché »…

Calculez, compensez

Sachant cela, et puisqu’il faut bien admettre que l’on aurait bien du mal à renoncer à ses vacances et/ou à effectuer de longs voyages en train-couchette (quoique?), le voyageur consciencieux peut lui même compenser sa propre empreinte carbone. Le site www.greentripper.org permet de calculer l’impact CO2 de ses déplacements et de le compenser en finançant – 20 euros pour un aller-retour Bruxelles-Marrakech, par exemple – une réduction d’émissions équivalente dans des projets labellisés et suivis tout au long de l’année. 1500 Belges ont déjà franchi le pas.

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