Pourquoi la réalisatrice Agnès Varda va manquer au cinéma

Après près de 60 ans de carrière, Agnès Varda s'est éteinte à l'âge de 90 ans. Autodidacte, engagée et multi-récompensée, ce couteau suisse artistique manquera indéniablement au cinéma.

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D’origine française, c’est bien dans notre capitale qu’Agnès Varda a vu le jour le 30 mai 1928. Elle débute sa carrière de réalisatrice une trentaine d’années plus tard presque par hasard. A peine une poignée de films visionnés, aucune réelle formation, seule femme dans un cinéma indépendant sous l’emprise de la masculinité et la testostérone, elle n’a peur de rien. Cléo de 5 à 7 (1962), Sans toit ni loi (1985), Jacquot de Nantes (1991), Les Glaneurs et la glaneuse (2000) font partie intégrante d’un cinéma indépendant qui devra désormais se passer du talent de celle qui aura dédié sa vie à sa caméra jusqu’au bout. Agnès Varda lui manquera. Voici, entre autres, pourquoi.

Pour son engagement sans fin

Tant dans le choix des sujets de ses films que dans la vie, Agnès Varda était une femme d’engagements et de combats. Féministe engagée, elle signe le « Manifeste de 343 salopes » en 1971 dans lequel elle ne se cache pas d’avoir avorté en toute illégalité. Invitée à recevoir un Oscar d’honneur en 2017, Agnès Varda n’a pas hésité non plus à prendre position sur l’affaire Harvey Weinstein. “Dans les rapports sexués, l’humiliation est toujours du côté des femmes. Ça ne changera que si on fait bouger les opinions des hommes. On peut crier mais il faut convaincre, cela commence par l’éducation, l’école, les mères… Je suis d’une nature révoltée et radicale », déclarait-elle devan tout le gratin hollywoodien. C’est d’ailleurs la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma mondial à recevoir une telle distinction. À l’écran, la réalisatrice a aussi toujours accordé beaucoup d’importance à traiter des thèmes qui lui étaient chers. Maladie, anarchisme, guerre du Vietnam, Black Panthers, tant ses documentaires que ses films sont emprunts de social et de ceux dont on ne parle jamais.

©Belga Image

Pour son modernisme (jusque dans sa coupe de cheveux)

Un style atypique qui n’irait à personne d’autre, une coiffure entrée dans les annales du monde capillaire, Agnès Varda vivait en phase avec son époque. Mais il n’y a pas que grâce son accoutrement qu’elle donnait l’impression de vivre une éternelle jeunesse. En 2017, elle présente son avant dernier long-métrage Visages Villages réalisé avec l’artiste de street-art JR. Financé grâce à un financement participatif, le binôme a parcouru la France pendant deux ans à bord d’un camion-photomaton. Le film a été chaleureusement accueilli par la critique et obtenu l’Oeil d’or du meilleur documentaire au Festival de Cannes. Un roadtrip atypique qu’Agnès Varda effectue à 88 ans.

Pour sa proximité et son indépendance

Armée de sa caméra numérique, Agnès Varda arpente les rues à la rencontre des Français passés maîtres de la récupération. Le tout donne Les glaneurs et la glaneuse, un documentaire sur la pauvreté et les inégalités sociales raconté (voire incarné) avec humour et tendresse par celle qui mettra toujours un point d’honneur à rencontrer et partager avec ses protagonistes. Soucieuse de rester éloignée des grosses industries cinématographiques et des blockbusters, elle a toujours préféré conserver son indépendance au travers de ses productions à petits budgets.

Présente lors du festival du film de Berlin en février dernier, la réalisatrice venait présenter son ultime documentaire, Varda par Agnès (diffusé en mars sur Arte). Moins dynamique qu’à son habitude, la réalisatrice avait soufflé qu’elle devrait arrête de parler d’elle et « se préparer à dire au revoir, à partir ».

 

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