Des cours en anglais, français et néerlandais, c’est quoi ce projet d’école multilingue?

La quasi-totalité de l'accord pour une majorité à Bruxelles est bouclé. Parmi les dossiers qui restent sur la table : les écoles bilingues ou multilingues. De quoi s'agit-il?

Des cours en anglais, français et néerlandais, c’est quoi ce projet d’école multilingue?

Cet article a été publié initialement le 29/03/2019 et mis à jour le 15/07/2019.

Caroline Pauwels et Yvon Englert sont respectivement recteurs à la VUB et à l’ULB. Soucieux d’améliorer l’apprentissage des langues et tout ce qu’il engendre, ils ont présenté mardi leur projet d’écoles multilingues. Le concept est simple : une école où certains cours seraient donnés en anglais, d’autres en néerlandais et d’autres encore en français pendant les six années de secondaire. « L’apprentissage des langues est un paramètre clé pour le vivre-ensemble, l’accès à la culture, l’accès à l’autre. Une langue, c’est un élément important pour apprendre à mieux se comprendre », détaille Yvon Englert au quotidien Le Soir.

Dans une ville comme Bruxelles où quelque 184 nationalités vivent ensemble, l’idée d’un établissement où les trois langues sont mises sur le même pied d’égalité fait sens. Jusqu’à présent, seules les écoles européennes proposent ce genre d’apprentissage, mais restent élitistes et coûteuses. Force est également de constater qu’en l’état, les cours de langue donnés en secondaire ne sont pas suffisants pour sortir bilingue, voire trilingue, au bout de six années d’étude.

Le bilinguisme régresse à Bruxelles

En décembre dernier, le baromètre des langues initié par le chercheur de la VUB, Rudi Janssens, faisait état de chiffres inquiétants. Depuis 2001, le nombre de Bruxellois qui estiment pratiquer un bon néerlandais a fortement diminué. Actuellement, le nombre de citoyens de la capitale estimant pratiquer un bon néerlandais est de 16%. Quinze ans plus tôt ils étaient encore de 33%. Toujours selon le baromètre, la maîtrise de l’anglais augmente, elle, légèrement. Pour Sven Gatz, ministre flamand de la Culture, l’une des explications de cette baisse est l’afflux important de nouveaux habitant ces dernières années qui fait de Bruxelles une ville hautement multilingue.

L’idée d’un établissement multilingue – qui compléterait les nombreuses écoles d’immersion – serait l’une des solutions pour résoudre ces lacunes en langue. Il y a quelques années encore, les psychologues voyaient d’un mauvais œil le fait que les enfants soient scolarisés dans une autre langue « alors qu’aujourd’hui, l’intérêt du multilinguisme est bien documenté par les pédagogues et les psychologues du développement », développait Yvon Englert dans les colonnes du Soir.

Engouement politique suffisant ?

Même s’il a été largement bien reçu, le projet de l’école multilingue risque de mettre du temps à aboutir. Une fois n’est pas coutume, le communautarisme belge reste un obstacle majeur dans la mesure où tout ce qui touche aux langues est aussi compliqué que sensible. Ensuite, et surtout, un établissement multilingue n’est pas légal. Pour le moment, la loi stipule qu’une école doit être considérée comme appartenant à une unique communauté et les sections néerlandophones et francophones ne peuvent pas être placés sous une direction unique.

Quoi qu’il en soit, Caroline Pauwels et Yvon Englert ne voient pas cette condition comme un frein et ils espèrent pouvoir bénéficier de l’aide et de l’appui des partis politiques. Ils n’ont d’ailleurs pas été déçus vu l’accueil très positif qu’une grande partie du monde politique leur a réservé. Tant la Ville de Bruxelles (Philippe Close à sa tête) que la commune d’Ixelles (Christos Doulkeridis) ont déjà proposé de mettre les moyens et de faire office de projet pilote. Le MR s’est également montré enthousiaste. Ecolo/Groen et le CdH sont tout aussi enthousiastes à voir un projet favorisant le multilinguisme naître dans la capitale, mais rappellent les difficultés constitutionnelles liées à un tel établissement. Le reste de l’échiquier politique se donne encore le temps de la réflexion.

Reste que changer la constitution n’est pas une mince affaire, engouement politique ou pas. Le débat national lié à la Loi climat et à la modification de l’article 7bis en sont l’exemple. Bien qu’un récent baromètre démontre que 90% des Bruxellois sont favorables à la création d’écoles bilingues, restent à voir si les différentes instances accorderont leurs violons. Le tout, avec un futur nouveau gouvernement.

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