Theresa May : la descente aux enfers d’une Dame de Fer en cinq dates clés

Le Brexit va-t-il faire aussi fort que Game of Thrones et faire tomber la tête de son principal protagoniste ? Theresa May pourrait démissionner de son poste de Première ministre, dernier épisode d'une série pourrie à laquelle personne ne comprend plus rien... Retour sur cinq moments clés de l'intrigue.

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Le Brexit a tout pour devenir le plus affligeant des soaps-operas de tous les temps. L’histoire d’amour-haine a connu un énième rebondissement hier soir dans la House of Parliament de Westminster de Londres, l’un des principaux lieux de tournage du show. Après avoir déjà rejeté à deux reprises l’accord de retrait de l’Union européenne par la Première ministre, les députés britanniques ont une nouvelle fois dit « No » à Theresa May. Huit fois « no » pour être exact : les parlementaires ont refusé chacune des huit options alternatives – qu’ils avaient eux-mêmes proposées… – à l’accord de retrait.

Parmi ces scénarios, figuraient notamment une sortie sans accord (le fameaux « No Deal« ), la mise en place d’une union douanière avec l’UE, ou encore une renonciation au Brexit dans le cas où aucun accord n’était approuvé par les députés. Cette dernière option a obtenu plus d’avis positifs que toutes les propositions d’accord présentées jusqu’ici au Parlement…

Ultime cliffhanger avant l’épisode final ?

Ayant perdu tout contrôle sur la suite des événements, Theresa May a proposé de se sacrifier sur l’autel du Brexit : démissionner de ses fonctions à condition que les élus de sa formation politique (Conservatives ou « Torries ») soutiennent son accord de divorce avec l’UE. Un cliffhanger que même le plus mauvais des scénaristes aurait pu pondre : la position de la Première ministre était devenue intenable devant ses échecs à répétition. En se retirant, la « First Lady » espérerait s’offrir une sortie digne d’une martyr, faisant passer les « intérêts » de la nation avant les siens. La majorité de la presse britannique lui tirait d’ailleurs son chapeau ce matin.

Si la série a été prolongée (la date initiale de la sortie de l’UE était programmée au 29 mars), personne ne sait ce qu’il va advenir du show en cas de départ de sa principale protagoniste, surtout à l’approche imminente du dénouement : soit le 12 avril avec ou sans accord, soit le 22 mai si le Royaume-Uni promet d’organiser des élections européennes entre-temps… Ce qui, avouons-le, n’aurait absolument aucun sens au regard de la situation.

En attendant l’épisode final du Brexit – et en espérant enfin y comprendre quelque chose – Moustique revient sur les principaux fait d’armes de son (anti-)héroïne depuis le lancement de la série. Attention spoilers !

Saison 1 : 23 juin – 13 juillet 2016

Fragilisé au sein de son gouvernement et de sa formation politique, le Premier Ministre conservateur David Cameron prend la décision d’organiser un referendum populaire pour le maintien ou le retrait du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Trop confiant sur le fait que le « Remain » l’emportera, le Torry est persuadé que le vote lui permettra de légitimer sa position. BOOM. Au terme d’une campagne nauséabonde alimentée par des déclarations mensongères et la prolifération de fake news, le « Leave » l’emporte avec 51,89%. Le résultat révèle une immense fracture au sein de la société britannique : entre les jeunes et les citadins plutôt pro-européens, et les « vieux » et les campagnards plutôt pro-Brexit. Cameron présente sa démission à la Reine dans la foulée.

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Le 13 juillet 2016, Elisabeth II nomme Theresa May au poste de Première Ministre. Celle-ci devient seulement la deuxième femme de l’Histoire a occupé la fonction, après la Dame de Fer Margaret Thatcher. Soucieuse de faire du « Brexit » l’un des piliers de sa politique, la nouvelle cheffe du gouvernement crée deux portefeuilles ministériels : le poste de secrétaire d’État au Commerce international et de secrétaire d’État à la sortie de l’Union européenne. Cette fonction symbolique est attribuée à David Davis, un conservateur réputé pour son euroscepticisme assumé.

Saison 2 : 18 avril – 8 juin 2017

Theresa May demande au Parlement britannique de convoquer des élections générales anticipées le 18 avril 2017. Objectif : renforcer sa position et sa majorité. Elle obtient gain de cause et les électeurs sont appelés aux urnes le 8 juin 2017. À quelques jours de la date fatidique, son parti chute dans les intentions de votes, notamment en raison des attentats de Manchester (22 mai 2017) et du London Bridge (3 juin 2017). Le Parti conservateur perd une douzaine de sièges ainsi que la majorité absolue.

La Première ministre est contrainte de former une coalition avec DUP, le Parti Unioniste Démocrate Nord-Irlandais pour conserver le pouvoir. La « First Lady » ne le sait pas encore, mais ce sera un élément crucial pour l’avenir du Brexit… Malgré cet échec, le célèbre magazine Forbes la classe au second rang des femmes les plus puissantes du monde derrière la Chancelière allemande Angela Merkel.

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Saison 3 : 8 juillet – 12 décembre 2018

À plusieurs reprises, la conduite des négociations de Theresa May est critiquée par les partisans d’une rupture claire avec l’Union européenne. Les 8 et 9 juillet 2018, après des mois de tensions et à la suite de la présentation par la Première ministre d’un projet de « zone de libre-échange des biens » et d’un modèle douanier avec l’UE, trois membres de son gouvernement démissionnent : David Davies, secrétaire d’État à la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, Steve Baker, sous-secrétaire d’État chargé de la sortie de l’Union européenne, et Boris Johnson (photo), Secrétaire d’État des Affaires étrangères, ancien maire de Londres et fervent militant du Brexit.

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Le 14 novembre 2018, un projet d’accord sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union européenne est dévoilé. Il prévoit notamment un « filet de sécurité » (« Backstop« ) à la frontière nord-irlandaise pouvant conduire au maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE en octroyant un statut particulier pour l’Irlande du Nord. Mais le DPU ne veut pas en entendre parler. Le lendemain, six membres du gouvernement démissionnent, considérant que cet accord trahit le résultat du référendum de 2016. Faute de majorité prévisible, Theresa May annonce le 11 décembre le report du vote des Communes sur l’accord avec l’UE… Le 12 décembre 2018, 48 parlementaires issus des rangs du Parti conservateur déclenchent une motion de censure à l’encontre de la Première ministre. Elle remporte tout de même la confiance des siens, avec le soutien de 200 torries contre 117.

Saison 4: 15 janvier – 20 mars 2019

Le vote reporté par le gouvernement le 11 décembre est soumis au parlement britannique le 15 janvier 2019. Les députés rejettent l’accord de retrait par 432 voix contre 202. Le lendemain, le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn (photo) – partisan d’un nouveau référendum – introduit une nouvelle motion de censure contre la Première ministre. Elle y échappe à 19 voix près (325 contre 306). Parmi les parlementaires et au sein de la population, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer sa démission… Theresa May tient bon et tendra même l’autre joue en soumettant l’accord à un nouveau vote du Parlement le 12 mars dernier. Il est une nouvelle fois rejeté, par 391 voix contre 242.

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Le 20 mars, la Première Ministre annonce comme attendu avoir réclamé à l’UE un report du Brexit, initialement prévu 9 jours plus tard (29 mars). Objectif, éviter un « No Deal » : un divorce sans accord dont les conséquences seraient dramatiques, surtout pour les Britanniques (on parle de perturbation au niveau des transports, de pénurie de nourriture mais aussi… de papier toilette). Les « 27 » acceptent, en imposant deux nouvelles deadlines.

Cinquième (et dernière saison) : 27 mars – 12 avril ou 22 mai 2019

L’accord sur le Brexit devrait être soumis une troisième fois au vote du parlement demain mais la Première Ministre a perdu la main. Le Royaume-Uni navigue en plein brouillard et la capitaine May se déclare prêt à quitter le navire et démissionner si les députés reviennent sur leur décision et que le Brexit a lieu. L’opportunité de saisir un poste vacant au 10 Downing Street semble séduire ses opposants, y compris dans son propre camp. Depuis l’annonce possible de la démission, Boris Johnson a déclaré qu’il soutiendrait finalement l’accord de retrait…

Mais la volte-face de certains eurosceptiques pourrait ne pas suffire puisque le DPU d’Irlande du Nord, dont le soutien reste crucial, a déclaré mercredi soir qu’il s’opposerait une nouvelle fois au plan négocié par May, le qualifiant de “toxique”. Le sacrifice de la Première ministre britannique pourrait donc bien être vain, et le final du Brexit navrant. Mais ça, on s’y attendait depuis longtemps.

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