Vers la banalisation du droit de vivre, ou pas

Vivre vieux si on est riche. Ou alors être une charge trop lourde pour la Sécu…

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Il fallait s’y attendre. Après la banalisation des propos xénophobes, voici venir la banalisation du droit de vivre, ou pas. Avec une question choquante. Inouïe. Dans une enquête sur la limitation des dépenses pour sauver notre Sécurité sociale, parmi les “solutions envisageables”, il y avait celle-ci: “Ne plus administrer de traitements coûteux qui prolongent la vie des plus de 85 ans”. La réponse est glaçante: quatre Belges sur dix valident cette “solution”. Pour 40 % des Belges, on peut donc arrêter les traitements et opérations onéreux pour les plus âgés. (Ceux des autres familles, on imagine.) Mais le plus choquant est peut-être qui a posé cette question. Ce sondage émane du Centre fédéral d’expertise des soins de santé, de l’Inami et de la Fondation Roi Baudouin. Trois organismes d’État chargés du bien-être de tous. Trois organismes d’État dont l’enquête inspirera certainement un jour certains néo-ultralibéraux, qui trouveront que voilà une bien bonne “solution” pour “rationaliser” la Sécu. Et on imagine aisément la suite: une médecine gériatrique à deux vitesses. Celle de riches qui pourront malgré tout se payer une vie sans souffrances au-delà des 85 ans. Et puis les autres, qui ne pourront que souffrir après 85 ans. Ou crever.

Puisqu’on en est là, j’ai quelques idées de questions pour les futures enquêtes diligentées par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité ou la Fondation Roi Baudouin. Les coûteux handicapés lourds, on en fait quoi? Quand ils les éliminaient, les nazis appelaient ça “l’homicide par compassion”. Et le chômeur ou le retraité, pour se faire soigner, on ne lui donnerait pas un permis à points? Histoire qu’il n’exagère pas. Et mon ami Greg? Il a 49 ans. Il vient de faire une saloperie de rupture d’anévrisme. Une sérieuse. Il est indépendant. Il a un petit resto. Délicieux. Qui va donc faire faillite. Greg sera à charge de la société. Il coûtera donc (cher) à l’État, peut-être longtemps. Alors qu’est-ce qu’on dit au neurochirurgien? Vas-y, bats-toi pour le sortir de là au mieux? Ou alors laisse tomber, ça ne vaut pas le coup? Et je dis quoi à ma tante, 90 ans depuis février: tu es un être humain déclassé?
vincent.peiffer@moustique.be

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