Les États-Unis au pied du Mur

Le Pentagone a débloqué 1 milliard de dollars pour la construction d'une section du mur à la frontière mexicaine. Donald Trump a réussi pour la première fois à contourner le blocage du Congrès américain. Et ce ne sera probablement pas la dernière...

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« J’ai décidé d’entreprendre la construction d’un mur de 91km de long et de 5,5m de haut, de construire et de réparer des routes dans cette zone et d’installer des éclairages comme requis par le ministère de la Sécurité intérieure. » La déclaration n’émane pas de Donald Trump mais de Patrick Shanahan. Cet individu est le chef du Pentagone (quartier général du département de la Défense des États-Unis) et il vient de débloquer un milliard de dollars pour la construction d’une section du mur frontalier cher au président, dans la région de El Paso (Texas).

Patrick Shanahan justifie cette dépense par la loi fédérale. Un paragraphe de l’article 10 du Code des États-Unis qui « autorise le ministère de la Défense à construire des routes et des barrières et à installer des éclairages pour empêcher (…) le trafic de drogue transfrontalier« . Le corps du génie de l’armée de Terre « est autorisé à se coordonner directement avec le DHS (ministère de la Sécurité intérieure, NDLR) et les gardes-frontières pour entreprendre la planification et la mise en œuvre de ce projet à hauteur d’un milliard de dollars« , indique le ministre de la Défense par intérim dans un communiqué. Cette fois, c’est du concret.

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La revanche du blond 

Le 15 février, le président avait déclenché une « procédure d’urgence nationale » afin de contourner un Congrès américain aux mains des Démocrates depuis les élections de mi-mandat en novembre dernier. L’obstination du locataire de la Maison Blanche pour le financement de son mur – bloqué par le Congrès – avait entraîné le pays dans le plus long shutdown de l’Histoire des États-Unis… Donald Trump aurait donc finalement réussi son pari ? « L’urgence nationale », largement critiquée par le camp Démocrate et par des parlementaires Républicains qui estiment que le président outrepasse les pouvoirs qui lui sont accordés, devait lui permettre de débloquer 8 milliards de dollars de financement, le coût total estimé pour la construction du mur. En voilà donc déjà un premier…

Le mois dernier, la Chambre des représentants contrôlée par les démocrates avait passé une résolution pour rejeter la procédure « d’urgence nationale », mais le président y a apposé son veto début mars. Le Congrès a dorénavant besoin d’une majorité des deux tiers pour outrepasser sa décision. Et il y a peu de chance à ce que cela aboutisse d’après les observateurs.

Depuis le jour de son investiture (20 janvier 2017), le spectre d’un impeachment forçant le président à démissionner planait au-dessus de Donald Trump. Ce lundi, la commission Mueller, chargée d’enquêter sur une potentielle ingérence russe au cours de la dernière campagne présidentielle, a remis son rapport de conclusion. Et il n’y a aucune preuve tangible d’une connivence entre l’équipe de campagne du Républicain et le gouvernement russe. Voilà le président enfin débarrassé d’une épine dans le pied qui le faisait boiter depuis trois ans. Et le président qui n’a cessé d’accuser les médias de fabriquer des fake news à ce propos sort grand gagnant de ce rapport.

La voie menant tout droit à une réélection semble dégagée. Côté Démocrate, difficile à dire quel(le) candidat(e) aura les épaules assez larges pour affronter l’ancien business man aux élections de 2020 (3 novembre). S’il apparaît évident que Trump ne finira pas la construction du mur d’ici-là, il pourrait tout à fait sagement patienter jusqu’à son deuxième mandat pour le réaliser. « Urgence nationale » ou pas…

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