La Flandre veut-elle foutre en l’air le climat ?

Les grands partis flamands s’apprêtent à flinguer la loi Climat. Pourtant, l’espoir est venu des marches initiées par les jeunes néerlandophones. Où se situe réellement la Flandre sur l’échiquier climatique ?

©Belga

La loi Climat est sous assistance respiratoire. Et elle doit son actuel salut à la vigueur des militants qui ont occupé la rue de la Loi et la place du Trône en ce début de semaine. Mais pour que la Constitution soit révisée, il lui faudra atteindre jeudi une majorité des deux tiers à la Chambre qui semble hors de portée. Selon toute vraisemblance et à moins d’un spectaculaire retournement de situation, l’Open VLD et le CD&V ne voteront pas en faveur de la révision. Sans parler de la N-VA, hors gouvernement, qui ironise régulièrement sur la conscience environnementale née dans la rue ces derniers mois.

Quand bien même elle ne constitue pas la panacée, la loi Climat jouirait d’une certaine puissance symbolique. De là à percevoir une Flandre négligeant la question climatique, voire réfractaire à une quelconque réflexion, il n’y a qu’un pas. Que la motivation des élèves néerlandophones, premiers initiateurs des marches belges pour le climat, permet encore de ne pas franchir. D’où l’image d’une Région fragmentée entre les aspirations progressistes de sa jeunesse et le conservatisme de sa classe politique. « En ce qui concerne la loi Climat, en plus de l’aspect de refédéralisation qui a fait tiquer la N-VA, il y a eu, je pense, une erreur dans la façon de la présenter en Flandre, signale le politologue Dave Sinardet. Elle a été perçue comme une initiative de Groen et non des professeurs d’universités. Ce sont eux qui auraient dû se profiler face aux médias. Les autres partis ne voulaient pas se lier à l’image de Groen. » Et ses non-électeurs non plus. Une situation que les Francophones ont également rencontrée, Ecolo semblant s’approprier totalement la paternité de la loi Climat.

Mais de manière plus générale, Dave Sinardet ne voit pas le bordel qui émane des querelles entre les ministres régionaux comme un problème communautaire. « La Flandre est effectivement très polarisée sur la question mais l’est-elle beaucoup plus que la Wallonie ? La différence, c’est surtout l’intensité du débat, nettement plus vif au Nord qu’au Sud du pays. Les Francophones discutent des grands enjeux de manière plus molle. C’est un peu pareil sur la question de l’immigration. La population se fragmente sûrement tout autant en Wallonie mais les partis prennent moins position, d’autant qu’il n’y a pas de parti de droite populiste. »

Climatoréalisme

Il ne nie cependant pas les accointances entre les milieux patronaux et la droite flamande qui pèsent sur les aspirations environnementales des partis néerlandophones. « La N-VA profite effectivement de certains liens importants avec de grandes entreprises, notamment près du port d’Anvers. Et une vision centrée sur les efforts climatiques ne les arrangerait pas. Le parti de Bart De Wever a donc inventé la notion marketing de « climatoréalisme », donnant l’impression que Groen veut tout taxer et diminuer le pouvoir d’achat. Cela se voit moins en Wallonie. »

Suivant cette vision quelque peu agressive du débat en Flandre, la mobilisation des élèves flamands, qui a ensuite gagné tout le pays, a encore renforcé l’aplomb des climato-sceptiques ou de ceux qui en avaient marre d’entendre parler d’environnement. « L’un est la réaction de l’autre. Les idées se radicalisent doucement des deux côtés. Et entre les deux, il faut encore pouvoir définir le niveau d’implication. Certains estiment qu’il faut faire des efforts, mais pas au détriment de l’économie. Il y a un vrai débat en Flandre. » Un débat loin d’être clos.

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