Enfants rois sur YouTube : le rôle malsain des parents ?

Aux quatre coins du globe, des enfants font le buzz à travers leur chaîne YouTube. Une pratique particulièrement lucrative et surtout polémique qu’on retrouve même en Belgique.

petitgarcon

La semaine dernière, Machelle Hobson, la mère de famille derrière la chaîne YouTube Fantastic Adventures a été arrêtée. L’Américaine est accusée d’avoir maltraité ses sept enfants adoptifs qu’elle met en scène dans des vidéos d’une dizaine de minutes. Les petites « stars » d’internet, âgées entre 6 et 15 ans, déclarent avoir été violemment punies lorsqu’elles se trompaient dans leur texte. Gaz lacrymogène, enfermement, bain glacé, les accusations font froid dans le dos.

Machelle Hobson, toujours en détention, nie en bloc. Elle prétend n’avoir distribué que quelques fessées. YouTube a depuis décidé de fermer la chaîne qui comptait 700.000 abonnés et plus de 240 millions de vues. Un scandale qui n’est heureusement qu’une exception, mais qui fait remonter à la surface la polémique des enfants youtubeurs et surtout de leurs parents qui touchent parfois un sacré pactole…

Le maître en la matière, c’est Ryan. Sur sa chaîne Ryan Toysreview, le petit américain de huit ans s’amuse, teste des jouets et fait des unboxing, un concept où le but est de déballer un cadeau, souvent offert par une marque. Une manière de faire du placement de produit, sponsoring, ou tout simplement de la publicité, parfois à l’insu du spectateur. Avec ses 18 millions d’abonnés, Ryan est devenu une véritable marque, gérée par ses parents, qui générerait, selon Forbes, près de 22 millions de dollars par an.

Des abonnés par millions

En France aussi, de jeunes enfants font le bonheur de millions de spectateurs (et de leurs parents par la même occasion). En mai 2018, l’émission Envoyé spécial s’était penchée sur la question et avait suivi quatre petits youtubeurs. D’un côté Swan et Néo, les deux frères de 6 et 12 ans derrière la chaîne Swan The Voice (3,7 millions d’abonnés), de l’autre les deux sœurs Kalys et Athéna du Studio Bubble Tea (qui n’en comptent « que » la moitié). Dans les deux cas, on procède de la même façon. Les enfants sont face à la caméra et répondent aux questions de leur mère pour les uns, et de leur père pour les autres. Une machine bien huilée à un rythme parfois effréné. Comptez entre trois et cinq vidéos d’une quinze, vingtaine de minutes par semaine.

Challenges en tout genre, unboxing, inaugurations d’attractions, les petites stars semblent s’amuser comme des fous et sont gâtées par toutes sortes de marques. Placements de produits, sponsoring, objets à leur effigie, un business plus que rentable qui demande à leurs parents un investissement à temps plein. Il est très difficile de calculer réellement ce que pourrait toucher ces familles tant L’argent sur YouTube est un tabou. Le seul indice, c’est Mickaël, le père de Kalys et Athéna, qui le donne. Il affirme que la chaîne de ses filles rapporte entre 10 et 50.000 euros par mois. Rien que ça…

Adam, le petit polyglote

On savait le phénomène répandu aux États-Unis et en France, mais il n’a pas fallu chercher longtemps pour tomber sur la chaîne intrigante du PetitGarçon Adam. Avec ses 1,5 millions d’abonnés, elle est l’une des chaînes belges les plus populaires sur la plate-forme. Le petit Adam, cinq ans, s’amuse avec sa sœur Ramina. Ensemble, ils visitent des parcs d’attraction, se baladent entre les rayons de magasins de jouets et, surprise, pratiquent le fameux unboxing. Même si elle semble moins professionnelle que ses chaînes concurrentes, ce ne serait pas étonnant que les cadeaux d’Adam soient, eux aussi, une forme de sponsoring. Il ne se cache d’ailleurs pas de citer des marques telles que HotWheels ou Nerf.

Une vidéo en particulier a attiré notre attention. On y voit le petit youtubeur en train de visiter un concessionnaire Opel à Liège. Cette vidéo a été publiée sur une autre chaîne : LittleBoy Adam. Le garçon possède en réalité trois comptes YouTube : une en français, une en anglais et même une en russe… Une manière d’accumuler les abonnés (chaque chaîne en compte plus d’un million) et, pourquoi pas, de maximiser les profits. Certaines vidéos sont publiées dans les trois langues et sont exactement les mêmes, à la virgule près. De quoi frôler le malaise.

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