« Occupy for Climate » : qui sont ces activistes qui font crier la rue?

Ils étaient 400 à commencer leur semaine les fesses posées sur la rue de la Loi puis sur la place du Trône, emmenés par une poignée de têtes pensantes. Qui sont ces éternels poils à gratter qui regardent ce que nous ne voulons plus voir ?

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S’ils pouvaient, ils se feraient tous appeler Camille, un prénom mixte fréquemment utilisé dans le monde de l’activisme pour protéger son anonymat. Mais pas uniquement. “Cela permet aussi de démontrer la solidarité entre les participants. Si l’un n’est pas là, un autre le remplacera”, affirme Santiago, actif depuis dix ans et membre du « Flashmob Fiscal Justice« . Mais quel que soit leur nom, avec aplomb, sans peur ou remords, ils regardent les autorités dans les yeux. Quand manifester ne leur paraît plus suffisant, ils outrepassent des lois qu’ils estiment rétrogrades ou déshumanisantes. Qu’ils enfoncent les portes d’un squat pour loger des SDF, occupent l’entrée du centre fermé de Steenokkerzeel ou dénoncent le jeu des multinationales en les tournant en ridicule, ils sont plusieurs milliers d’hommes et de femmes à travers le pays à consacrer une énergie considérable pour défendre les idéaux perdus d’une société qu’ils rêvent de nettoyer de ses maux.

Le changement passera par le rapport de force imposé par la rue”, assène l’un d’eux, qui a, lui, gagné le privilège de se faire appeler Camille. Quand les voies légales sont épuisées, que les pétitions sont dénigrées, l’illégalité leur est légitime. Souvent dépeints comme des emmerdeurs gueulant contre tout et n’importe quoi, ils doivent aussi défendre leurs actions lorsqu’on leur lance qu’elles n’ont aucun impact. “Elles en ont. Et elles en auront encore plus quand on parviendra à les multiplier. Mais on prouve au moins que chacun peut reprendre son pouvoir d’action, c’est déjà pas mal”, rétorque Pauline, autre tête pensante du Flashmob Fiscal Justice

De 7 à 77 ans 

Des dizaines d’actions ont lieu chaque année un peu partout dans le pays. Les plus spectaculaires ouvrent les JT, d’autres se contentent de quelques milliers de vues sur les réseaux sociaux. Mais toutes nécessitent de la préparation. Entre la conception, l’identification de la cible, le recrutement…, une opération prend entre quinze jours et trois mois. Une préparation qui a notamment déjà amené un militant à s’inviter à un entretien d’embauche pour repérer les lieux de la prochaine action. “Elle doit se penser dans un contexte général et définir un objectif clair: sensibiliser, bloquer un processus, appeler des gens à désobéir… On ne fait pas ça pour s’amuser, on a un objectif politique en regard de la cible la plus pertinente”, clarifie Julien. Il arrive régulièrement aux oreilles des collectifs militants que de nombreuses institutions jalousent leur force de mobilisation et leur imagination. Pour Santiago, “il s’agit de rassembler les sentiments isolés et de simplifier les thématiques. Si vous parlez de justice fiscale aux gens, ils vont rapidement vous oublier. Mais si vous leur demandez s’ils veulent des services publics efficaces, ils répondront: “Évidemment!” Et là, vous avez une accroche sociale”.

Le rapport à ces institutions officielles s’inscrit dans une réflexion globale et complémentaire. Les associations, ONG ou syndicats ne peuvent pas apposer leur signature sur les actions de désobéissance. Mais ils n’hésitent pas à les soutenir dans l’ombre. “On peut se permettre des trucs que des associations subsidiées ne peuvent pas faire à découvert, signale Camille. Alors on travaille ensemble. Elles nous prêtent leurs locaux, on force pour elles les portes d’un squat pour loger les sans-papiers. On a des accès, des publics et des rôles différents.

Il serait hasardeux de définir un profil type d’activiste. Tous les âges se côtoient (mention spéciale à l’impressionnant Gang des vieux en colère) dans un univers qui comprend globalement un peu plus de femmes que d’hommes. Il se dégage néanmoins une tendance claire: actuellement, il faut un peu de temps et un certain bagage culturel pour s’engager. “On ne peut pas demander à ceux dont le plus gros déficonsiste à remplir le frigo de venir passer du temps dans des actions, explique Camille. La frange pivot, c’est la classe moyenne. Pour moi, dans quelques années, une partie de cette classe moyenne, riche d’un capital culturel, souffrira des mesures du gouvernement et s’appauvrira. C’est à ce moment-là qu’elle commencera réellement à se battre. Pour le moment, il n’y a pas encore assez de gens vraiment dans la merde pour se soulever.” Pauline voit aussi le public évoluer doucement. “Au début, c’était effectivement un peu bobo, mais les acteurs des secteurs concernés commencent à nous rejoindre car ils craignent pour leur avenir. Un jour, nous trouverons ce dénominateur commun qui rassemblera un max de personnes.

Nos amis les flics

Certains, comme Camille ou Pauline, ne seraient pas opposés à la mise en place d’actions plus subversives. “On peut désobéir beaucoup plus sans être violent”, assure Camille. Quand la radicalité de l’action l’impose, un bras de fer s’engage avec leurs meilleurs ennemis, les policiers. Une relation sur laquelle les activistes ont tendance à ironiser. “Ils nous connaissent, sourit Camille. Ils sont informés sur nos réseaux et observent plusieurs d’entre nous. Ils se baladent près de nos locaux pour montrer qu’ils sont là et qu’ils savent. Parfois, ça marche puisque nos actions prévues en marge du dernier sommet de l’Otan ont été annulées… La police reste le bras armé de l’autorité sur le terrain et légitime certaines dérives. J’ai arrêté d’essayer de convaincre les policiers qui m’arrêtaient. Ils défendent un modèle, on en défend un autre. Normalement, dans une démocratie, on est censé pouvoir se confronter. Mais quand les autorités sentent que la stabilité de leur système est en jeu, là on ne discute plus…

La vie d’activiste se veut un mélange d’idéaux, de goût du risque et de sacrifices. “Je suis constamment en veille, mobilisable, affirme Camille. Ce n’est pas étonnant d’y compter beaucoup de burn out car cette vie implique de la pression et si tu veux de la reconnaissance, tu dois aller la chercher toi-même. Il faut également apprendre à vivre avec le fait que dans 99 % des cas, tu perds… Mais les anciens ont changé les rapports de force dans des contextes bien plus compliqués qu’aujourd’hui. On est parfois découragé, mais l’envie et le courage reviennent toujours.

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