Le djihadisme continue

Trois ans après Zaventem et Maelbeek, l’État islamique a été effacé de la carte, pas son idéologie.

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Ce week-end, Baghouz, dernier village syrien aux mains de Daech, tombait. Le soi-disant Califat, grand comme trois fois la Belgique pour six millions de personnes, a cessé d’exister. C’est une victoire à la fois importante et incomplète. Le groupe terroriste est rentré dans la clandestinité dont il était sorti en 2014. Certes, il a perdu beaucoup de ressources. Mais son butin de guerre, entre 50 et 300 millions de dollars, reste approvisionné par des activités criminelles. Malgré une récompense promise de 25 millions, personne n’a d’information sur son chef Abou Bakr Al-Baghdadi. Habituellement si discret qu’il est surnommé “le fantôme”, il est probablement caché dans le désert syrien, comme d’autres cellules dormantes capables à court terme de harceler les forces de la coalition. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que, depuis décembre 2017 et la libération des territoires irakiens de Daech, il ne s’est guère passé là-bas une semaine sans attentat.

La situation de la Syrie n’incite pas à l’optimisme. La guerre civile entre le régime de Bachar el-Assad et les forces démocratiques syriennes et kurdes risquent de reprendre dans un pays déjà ravagé. La vie à Raqqa et Mossoul, les ex-capitales de Daech, n’est pas meilleure que sous sa tyrannie. Les récits venant du camp d’Al-Hol sont aussi effrayants. Prévu pour 5.000 personnes, il sert de refuge à 75.000 déplacés, dont beaucoup de femmes et d’enfants de djihadistes. Dans un récent reportage, on a pu entendre des enfants de moins de 12 ans promettre qu’ils mourraient en martyrs pour la victoire finale. À cet âge, on peut les sauver, donc nous préserver, mais il faut les encadrer, ce qui ne semble pas une priorité. N’oublions pas non plus que si Daech n’a plus d’État, il lui reste loin du Proche-Orient des “provinces”, c’est-à-dire des groupes affiliés en Afrique et en Asie. Et quelques heures avant sa défaite, l’EI a appelé par vidéo ses sympathisants à frapper l’Europe. Actuellement, le niveau de menace terroriste en Belgique est descendu à 2. Pourvu que ça dure.

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