Burn out parental: “Maman, c’est devenu un mot de torture”

Le burn out parental reste un tabou énorme dans notre société. Mais on commence à mieux comprendre ce phénomène qui voit certains parents perdre pied.

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« Tu fais tout pour tes enfants au point de t’oublier toi-même. Tu dois être très strict et très flexible en même temps. C’est très difficile”, témoigne Valentine (prénom d’emprunt). Après son divorce, seule avec ses trois enfants, elle a bien failli perdre la tête. Les repas équilibrés, bio et confectionnés maison. Les activités extrascolaires, plusieurs fois par semaine, essentielles au développement de l’enfant. Et puis, les jeux éducatifs, les promenades et les musées sans oublier les sacro-saints devoirs suivis pas à pas. “Tout le monde poste des photos idylliques de ses enfants sur Facebook. C’est oppressant. Jamais tu ne vois des enfants qui pleurent ou qui hurlent. Tu crois qu’il n’y a que chez toi que ça ne va pas”, explique Valentine qui a fréquenté des groupes de parole autour du burn out parental pour se rendre compte que loin de ces clichés, des parents peuvent hurler sur leurs enfants. Et que parfois des coups peuvent partir.

Entre 5 et 8 % des parents seraient en situation de burn out parental, soit plus de 100.000 mères et plus de 50.000 pères. La notion est apparue en 1983 mais ne s’est imposée que très récemment. Aujourd’hui, 45 chercheurs à travers le monde s’en préoccupent. La Belgique, avec une expérience menée par les Mutualités chrétiennes et l’UCLouvain, se montre pionnière. L’étude qu’ils ont menée dessine les contours d’un phénomène très inquiétant, qui multiplie par 13 le risque de négliger ses enfants et par 20 de les violenter. Jamais ces parents ne vous en parleront à visage découvert. Il faut pourtant écouter ceux qui ont vécu cet état pour en comprendre la complexité.

L’épuisement, physique ou émotionnel, est le premier signe. “Un sentiment d’épuisement si grand que j’en viens à souhaiter mourir pour me reposer enfin, ou même développer un cancer pour être hospitalisé et dormir pendant des jours”, témoigne un papa. Le parent se met à distance affective de ses enfants et ne s’investit plus dans la relation avec eux. C’est le second signe. Il fait le minimum pour leur bien-être. Les trajets, les repas, le coucher, c’est tout et c’est déjà beaucoup pour le parent épuisé. “Je regarde les autres parents et je me dis que je suis devenue un monstre d’insensibilité. Je développe des sentiments négatifs à leur égard. Je ne parviens plus à les voir tels qu’ils sont. Mais plutôt comme des individus qui mettent en danger ma survie”, avoue une maman. Mais cela va plus loin. Petit à petit, quelque chose s’effondre et le parent se remet complètement en question dans sa légitimité de père ou de mère. “Ce mot “maman”, je ne le supporte plus. La première fois que votre bébé vous dit “maman” , c’est le plus beau jour de votre vie. Aujourd’hui, ce n’est plus un mot que je suis heureuse d’entendre. “Maman”, c’est devenu un mot de torture.” L’identité parentale s’effondre. Lorsqu’il interagit avec ses enfants, le parent ne se reconnaît plus. “J’en parle très peu parce que je ne peux pas expliquer à mes collègues que le matin je ne suis même pas capable de me lever pour habiller les enfants parce que je n’ai pas envie de le faire… Je n’en parle pas parce qu’il y a beaucoup de honte, évidemment, par rapport à ça”, confie un papa. Le parent en burn out n’est pas à la base maltraitant, mais il peut le devenir.

Plus éduqués, plus à risque

Le burn out peut survenir à n’importe quel âge, même si le risque est un peu plus élevé lorsqu’on a deux enfants de moins de cinq ans. “On peut en avoir un avec des Tanguy parce qu’on voudrait qu’ils partent ou qu’on a peur pour leur avenir. La parentalité est stressante à tous les âges de la vie”, explique Isabelle Roskam, professeur en psychologie à l’UCLouvain et directrice de recherche sur le burn out parental. “Ce n’est pas le truc des familles monoparentales ou des parents perfectionnistes même si les gens plus éduqués sont plus à risque parce qu’ils sont plus souvent au taquet. Le phénomène touche tout le monde.” Les chercheurs reconnaissent que ce sont les pressions sociétales, l’injonction à être un parent heureux, qui peuvent faire exploser certaines personnes. “Les messages publicitaires nous entraînent en ce sens. Et ça ne va faire qu’augmenter”, explique l’experte.

Pour comprendre et pour aider les parents qui sont dans cette situation, 14 groupes d’accompagnement du burn out en Wallonie et à Bruxelles pendant 8 séances entre février et juin 2018 ont réuni 150 parents. L’expérience s’est révélée très bénéfique et sera renouvelée. Chez les parents qui ont participé aux groupes d’intervention de type “groupe de parole”, les symptômes du burn out parental ont régressé de 22 %. Chez les parents qui ont participé aux groupes d’intervention “structurée”, la réduction est de 32 %. En parler avec un professionnel peut aider à sortir du burn out parental et ramener de la joie dans sa famille. “Le burn out n’est pas une question d’amour. Ces parents aiment leurs enfants et leur amour ajoute d’ailleurs à leur sentiment de culpabilité, explique Isabelle Roskam. Et c’est avec cet amour qu’on arrive à retisser le lien avec les enfants.

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