Kidnappée en Syrie alors qu’elle était enceinte, une journaliste allemande raconte son calvaire

Elle a donné naissance à son bébé en captivité. Libérée après plusieurs mois de détention, elle s'exprime pour la toute première fois.

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Ce n’était pas l’idée du siècle. Pour prouver à sa rédaction qu’elle pouvait sortir des scoops malgré le fait qu’elle était enceinte, la journaliste Janina Findeisen a décidé en 2015 d’aller retrouver l’une de ses anciennes camarades de classe qui avait rejoint une djihadiste du Front Nusra, affilié d’Al-Qaïda. Pour éviter qu’on ne la retienne et qu’on l’empêche de réaliser son reportage, elle décide de partir en Syrie sans prévenir personne, à l’exception de son conjoint. Dans le même ordre d’idée, elle ne prend ni téléphone, ni traceur GPS.

Son ancienne amie d’école lui promet qu’il ne lui arrivera rien sur place, la jeune femme de 27 ans décide de lui faire confiance. Dans une interview au journal Allemand Süddeutsche Zeitung, qui l’employait à l’époque, elle se livre pour la toute première fois « Je me sentais sous pression à cause de ma grossesse. Je voulais raconter cette histoire pendant que je pouvais encore travailler et je ne voulais pas attendre de revenir après mon congé maternité pour le faire. Je ne réalisais pas que je commettais la plus grosse erreur de ma vie. »

« Mes ravisseurs n’auraient pas hésité à me couper la tête devant une caméra à tout moment »

Après avoir franchi la frontière entre la Turquie et la Syrie, Janina Findeisen est tombée dans une embuscade: après qu’on lui ait bandé les yeux, elle est embarquée dans une voiture et transportée dans une vieille maison, dans un lieu inconnu en Syrie. « Les premières nuits, j’ai cru qu’ils allaient bientôt me libérer, mais jour après jour, je me suis rendue compte que mes espoirs étaient vains. J’ai vite réalisé que mes ravisseurs n’étaient ni des personnes raisonnables ni des êtres humains censés, et qu’ils seraient prêts à me couper la tête devant une caméra à tout moment ».

En décembre 2015, après deux mois de détention, la jeune femme donne naissance à un fils en pleine santé. Du jour au lendemain, l’attitude de ses geôliers change du tout au tout. « Avec un bébé dans les bras, j’étais encore plus impuissante qu’auparavant. Quand mon fils s’est réveillé pendant la nuit et n’a pas arrêté de pleurer, ils m’ont demandé ce qui n’allait pas. J’ai eu peur. » Pourtant, dès le lendemain, ses ravisseurs lui apportent du chocolat, du jus multivitaminé et un ours en peluche. Ils lui fournissent aussi un important stock de couches « En Syrie, il y a deux types de couches: l’un d’entre eux est connu sous le nom de «couches Assad» qui est de mauvaise qualité. Il y a ensuite Molfix, la marque de couches haut de gamme. Ils m’ont apporté celles-là. »

Janina Findeisen sera finalement libérée après 10 mois de détention. C’est un autre groupe de djihadiste qui lui viendra en aide, considérant que selon la loi islamique, elle n’aurait pas du être kidnappée, puisque qu’un membre lui avait assuré qu’elle serait en sécurité. Si elle est rentrée en Allemagne il y a deux ans et demi, cette histoire la hante encore chaque jour. Elle sait également qu’elle devra un jour expliquer à son fils pourquoi est-ce qu’elle l’a mis en danger. C’est ce qui l’a poussée à coucher son récit sur le papier, dans un livre qui sortira le mois prochain en Allemagne nommé My Room in the House of War.

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