À quoi ressemblera (peut-être) la « Golden Generation Arena » ?

Destiné à la démolition, le vieux Stade Roi Baudouin pourrait finalement bénéficier d'une rénovation. Un joli lifting à 200 millions d'euros financé par l'argent public. On fait le point.

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12 novembre 2018, les Diables Rouges reçoivent l’Islande au stade Roi Baudouin dans le cadre de la Ligue des Nations. La Belgique l’emporte 2 – 0, mais les quelque 30 000 spectateurs présents ce soir-là n’ont pas vu grand-chose. Les joueurs belges n’en sont pas vraiment responsables. Sans faire d’étincelles, ils délivrent une prestation honnête – mais « inutile » puisqu’ils se prendront une raclée au pays de la raclette quelques jours plus tard (défaite 5-2 face à la Suisse synonyme d’élimination de la compétition).

Après 10 minutes de jeu, une brume opaque s’infiltre dans le stade par l’espace laissé ouvert entre la tribune numéro 1 et le reste de l’enceinte. Pendant la moitié du match, les joueurs évolueront dans le brouillard. Et depuis les gradins, les supporters – déjà pas habitués à voir grand-chose en raison de l’éloignement du terrain à cause de la piste d’athlétisme – ne parviennent tout simplement plus à voir les actions dangereuses qui ont lieu à l’entrée du rectangle opposé. Même avec des jumelles… Sympa comme spectacle à 25 euros la place.

En son for intérieur, le député MR Alain Courtois devait rire jaune. Un mois plus tôt, à la suite de la rencontre amicale face aux Pays-Bas (1-1), le Premier échevin à la Ville de Bruxelles s’était chargé de relayer les critiques d’une presse néerlandaise fustigeant le stade Roi Baudouin. « Un palais délabré au pied de l’Atomium. La Belgique mérite tellement mieux que ce vieux stade désuet. » Il faut dire que celui qui est également échevin des sports garde encore le fiasco du nouveau stade national en travers de la gorge. Alain Courtois était l’un des principaux supporters de la construction sur le « parking C » du Heysel de l’Eurostadium, une enceinte flambant neuve de 60 000 places destinée à accueillir les matchs de l’équipe nationale. Le projet lancé en 2013 a finalement été enterré voici un an (mars 2018) pour un différend communautaire avant même la pose de la première pierre.

Le temps presse…

À l’origine, l’Eurostadium était destiné à accueillir le match d’ouverture de l’Euro 2020, dont les qualifications débutent ce soir. Le moment est symbolique et stratégique (à un peu plus de deux mois des élections) pour l’Union belge de football (URBSFA) et Golazo (organisateur du Mémorial Van Damme), pour lancer la campagne appelant à l’édification d’une « Golden Generation Arena ». Encore un projet de nouveau stade ? Pas vraiment.

Les deux instances désirent relooker le stade Roi Baudouin pour qu’il puisse demain accueillir, outre les matchs des Diables et le grand rendez-vous de l’athlétisme belge, des concerts et autres événements… Un peu comme aujourd’hui en fait. Coût du lifting : 150 à 200 millions d’euros selon les estimations de Peter Bossaert et Bob Verbeeck, les CEO de l’URBSFA et de Golazo. Des dépenses financées par de l’argent public… Eden Hazard, ses coéquipiers Jan Vertonghen et Youri Tielemans, les frères Borlée, Cynthia Bolingo (médaillée d’argent au 400m à Glasgow) et Tessa Wullaert (Red Flame) ont été choisis pour promouvoir le projet. « Cette génération unique mérite un temple sportif moderne : la Golden Generation Arena« , a précisé Peter Bossaert. Message à lire entre les lignes : « Magnez-vous, ça urge ! »

De nombreux Diables Rouges et autres sportifs belges arrivent lentement mais sûrement en fin de carrière et il n’y a plus de temps à perdre. En lançant le chantier aujourd’hui, le « Golden Generation Arena » pourrait être inauguré en 2022 nous assure-t-on. Avec un petit coup de potion magique sans doute.

Belga

Les raisons d’y croire… ou pas

On parle aujourd’hui d’une restauration, et non d’une reconstruction. C’est la principale raison de croire en l’inauguration de la « Golden Generation Arena ». À l’image des stades d’Anderlecht, Zulte Waregem, Genk, Malines ou encore l’Antwerp, on constate une tendance à la rénovation dans le monde du foot belge. La Ghelamco Arena de Gand fait figure d’exception. Ghelamco, c’est aussi l’entreprise qui, en 2013, avait annoncé qu’un rafraîchissement du stade Roi Baudouin coûterait entre 300 et 400 millions d’euros. Une estimation largement supérieure à celle faite maintenant par le géant de la construction belge Besix. Il faut dire que Ghelamco devait également se charger de la construction de l’Eurostadium…

Le nouveau projet semble également réaliste. On ne compte, par exemple, pas agrandir le stade. Bien au contraire. Le « nouveau » stade Roi Baudouin passerait d’une capacité de 47 000 à 40 000 places. Mais ne soyons pas dupes. Les différents partisans du projet sont en pleine campagne politique à l’approche des élections fédérales, régionales et européennes de mai prochain. Si les principaux intéressés ne changent pas leur fusil d’épaule après le dépouillement des urnes, on pourra donc (peut-être) commencer à entrevoir le bout de ce tunnel.

Si ça se concrétise, on nous dit en tout cas que le nom n’est pas encore figé dans le marbre et pourrait être changé en cas de nouvelle proposition satisfaisante. On est plutôt d’avis de trouver autre chose. Outre-Quiévrain, l’annonce a  fait marrer les journalistes de RMC : « La Belgique donne le bâton pour se faire chambrer« . De fait, les internautes s’en sont donné à cœur joie entre « Seum park », « Presque champion du monde stadium », « Umtiti stadium » ou encore  » La Possession de balle Arena ». On veut bien admettre que « Golden Generation Arena », ça fait un peu trop prétentieux… Oserait-on dire « trop français » ?

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