Attaque à Utrecht : ces repris de justice qui sèment la mort

Trois personnes ont été tuées et cinq autres blessées hier dans l'attaque d'un tram de la ville néerlandaise. Si les motivations de l'assaillant restent floues, l'homme devait comparaître prochainement devant un tribunal pour répondre d'autres méfaits. Une histoire déjà vue à maintes reprises...

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Lundi matin, à 10h45, un homme armé a ouvert le feu dans un tramway dans un tramway et dans les environs du quartier de Kanaleneiland, à Utrecht (Pays-Bas). Le tireur a pris pour cible une femme et des personnes tentant de l’aider. D’après le dernier bilan communiqué par les autorités, trois personnes ont été tuées et cinq blessées, dont trois grièvement. Le principal suspect a été arrêté, a annoncé la police lors d’une conférence de presse lundi soir. Il s’agit de Gökmen Tanis, un homme d’origine turque âgé de 37 ans. Un autre homme suspecté d’être impliqué dans l’attaque a également été arrêté hier en début de soirée.

La police indique que l’acte est « potentiellement » terroriste. Mais l’agence de presse étatique turque Anadolu, citant des « proches » de l’assaillant présumé, évoque un possible « différend familial« . Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a affirmé lors d’une conférence de presse à La Haye qu’on ne pouvait “écarter d’autres motifs, notamment une dispute familiale.Il y a beaucoup de questions et de rumeurs. Quel est le motif, terroriste ou autre, nous ne le savons pas encore, mais nous ne pouvons rien exclure”, a-t-il déclaré.

Tanis était connu de la justice. Il se trouvait d’ailleurs encore en détention préventive il y a quelque temps et devait comparaître voici deux semaines au tribunal dans le cadre de trois affaires : un vol de vélos, un cambriolage dans un magasin de vélos cette fois, ainsi que pour une affaire de viol. L’agression sexuelle remonterait à l’été 2017. La victime – qui entretenait des relations intimes avec l’intéressé mais consommait également de la drogue avec celui-ci – a réagi suite à l’attaque : « Il est fou, drogué. J’ai prévenu la police à plusieurs reprises. Ce n’est pas un terroriste, juste un psychopathe.« 

Terroriste, fou, drogué ou psychopathe, l’enquête devra le déterminer. C’est en tout cas loin d’être la première fois qu’un repris de justice sème la pagaille dans une ville européenne. En Belgique et en France, voici 9 autres exemples d’attaques qui ont traumatisé la population au cours des 9 dernières années.

13 décembre 2011, Liège

Le premier événement du genre des années 2010 a lieu chez nous, le 13 décembre 2011. Sur la très vivante place Saint-Lambert de Liège, Nordine Amrani tue 6 personnes et en blesse 130 autres avant de se donner la mort. L’homme bénéficiait d’une libération conditionnelle. Il avait été condamné en 2008 par le tribunal de Liège à 58 mois de prison ferme pour la détention de plusieurs milliers de pièces d’armes et d’une dizaine d’armes complètes, ainsi que pour la culture de 2 800 plants de cannabis dans le cadre d’une association de malfaiteurs. Spécialiste des armes, il était convoqué par la police le jour du drame, pour répondre d’un enlèvement.

Mars 2012, Toulouse et Montauban

Entre le 11 mars et le 22 mars 2012, Mohammed Merah mène trois attaques à Toulouse et Montauban (France) avant d’être abattu par le RAID, les forces spéciales d’intervention françaises. Il cible la communauté juive, et notamment des synagogues. Au total, le « tueur au scooter » assassine sept personnes dont trois enfants et fait six blessés. Merah était un délinquant multi-récidiviste. C’est en prison qu’il a entamé son processus de radicalisation islamiste et cherche ensuite à rejoindre Al-Qaïda. Les autorités judiciaires le qualifieront toutefois de « Loup solitaire » compte-tenu de son processus jugé « atypique ».

24 mai 2014, Bruxelles

Le procès de Mehdi Nemmouche a alimenté la chronique judiciaire ces dernières semaines. L’auteur de l’attaque du Musée juif de Bruxelles qui a fait 4 victimes a écopé le 12 mars d’une peine de prison à perpétuité. Son complice, Nacer Brendrer en prend lui pour 15 ans. Condamné pour plusieurs faits de vols et violences, Nemmouche est incarcéré en France de décembre 2007 à décembre 2012. Il est « fiché S » (sûreté de l’État) à sa sortie mais parvient tout de même à quitter le territoire français pour rejoindre les rangs de l’État islamique via la Turquie. Son attaque au Musée juif est considérée comme la première perpétrée par le groupe terroriste en Occident.

9 janvier 2015, Paris

Dans la foulée de l’attaque menée par les frères Kouachi contre la rédaction de Charlie Hebdo (11 morts et 11 blessés), Amedy Koulibaly tue par balle une policière et en blesse une autre à Montrouge avant de prendre en otage les clients d’une supérette casher à Paris. Il en tuera 4 avant d’être abattu lors d’un assaut du RAID. Les auteurs déclarent agir aux noms de l’AQPA (Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) et de l’État islamique, bien que ce dernier n’ait pas revendiqué l’attaque. Si Saïd Kouachi n’a pas fait de prison, son frère Chérif a rencontré Koulibaly lors sa première incarcération entre 2005 et 2006. Restés en contact, ils affirmaient avoir synchronisé leurs actions avant d’être abattus.

13 novembre 2015, Paris

Au Bataclan, dans les rues du 10e et 11e arrondissements et aux abords du Stade de France, 130 personnes sont mortes et 413 autres blessées dans les attentats du 13 novembre 2015. L’opération djihadiste a nécessité des mois de préparation et l’implication de nombreux individus. Abdelhamid Abaaoud, coordinateur présumé des attaques, avait fait de multiples séjours en prison pour des peines de droit commun n’excédant pas trois mois. En 2010, il y rencontrera Salah Abdeslam. Le seul terroriste du 13 novembre encore en vie à ce jour, arrêté à Molenbeek le 18 mars 2016 après une cavale de 125 jours.

22 mars 2016, Bruxelles

Les attentats perpétrés à l’aéroport de Bruxelles national et dans la station de métro Maelbeek ont fait 32 morts et 340 blessés. Les frères El Bakraoui étaient initialement connus de la justice pour des faits de grand banditisme. L’aîné, Ibrahim, est condamné à une peine de 9 ans de prison en 2010 pour avoir fait feu en direction de la police au cours d’un braquage. Il est libéré sous conditions en 2014. Son frère, Khalid, est condamné à 5 ans de prison pour des vols de véhicules avec violence en 2011. Khalid s’est fait exploser dans la rame de métro et Ibrahim à Zaventem, avec Najim Laachraoui le troisième kamikaze des attentats bruxellois.

14 juillet 2016, Nice

L’attaque au camion bélier perpétré sur la Promenade des Anglais à Nice, le jour de la fête nationale française, a fait 86 morts et 458 blessés. S’il n’a jamais effectué de prison ferme, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, auteur de l’attentat, avait écopé d’une peine de 6 mois avec sursis le 24 mars 2016 pour violence volontaire lors d’une altercation en marge d’un accident de la route. Il était déjà connu des services de police pour des faits de délinquance depuis 2010 et avait déjà été condamné à 5 reprises pour violences, vols et dégradation. Pas pour radicalisation. Il n’était pas fiché S, mais avait bien prêté allégeance à l’État islamique.

29 mai 2018, Liège

Fin mai de l’an dernier, deux policières sont attaquées au couteau par Benjamin Herman devant le café Aux Augustins, dans le centre-ville de Liège. L’agresseur s’empare de l’arme de poing de l’une d’entre-elles et les abat avant de tuer le passager d’une voiture pour se saisir du véhicule. Il se rend ensuite à l’athénée Leonie de Waha et tente d’y prendre une femme en otage. L’agresseur blessera encore quatre autres policiers avant d’être abattu par le peloton anti-banditisme de la police locale. Herman se serait radicalisé dans la prison de Lantin où il était détenu en 2017. Il avait été incarcéré pour vol avec effraction alors qu’il bénéficiait d’un régime de détention restreinte suite à une condamnation pour trafic de stupéfiants. Après 19 mois derrière les barreaux, Herman avait obtenu 11 autorisations de sortie d’un jour et de 13 congés pénitentiaires sans indicent. Ce qui, selon le ministre de la Justice Koen Geens, rendait l’attaque difficile à prévoir à la quatorzième.

11 décembre 2018, Strasbourg

En pleine période de fêtes de fin d’année, Chérif Chekatt ouvre le feu dans les rues proches du célèbre marché de Noël de la ville alsacienne. 5 personnes sont tuées et 11 autre blessées. L’assaillant est abattu par les forces de police non loin de son domicile, dans le quartier des Poteries, après une chasse à l’homme de 48 heures. Âgé de 29 ans, Chekatt comptait 67 antécédents judiciaires (!) en France, en Allemagne et en Suisse pour des faits de droit commun. Une vidéo d’allégeance à l’Etat islamique est découverte par les enquêteurs plusieurs jours après l’attentat.

Belga

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