« Pro et anti-climat » : la fracture des deux mondes

En allumant le mouvement Youth For Climate dans "On n'est pas couché", le polémiste Charles Consigny a mis en lumière la frontière entre ceux qui veulent changer les choses et les autres qui - comme lui - ont délibérément choisi de se voiler la face devant l'urgence climatique. Mais la politique de l'autruche ne sauvera pas la planète...

Greta Thunberg - Charles Consigny

Aux côtés de Christine Angot, Charles Consigny occupe le poste de « polémiste en chef » dans l’émission On n’est pas couché animée par Laurent Ruquier et diffusée tous les dimanche sur France 2. Hier soir, le second nommé a remporté haut la main la compétition du « qui dézinguera le plus fort » face à sa collègue…

Hugo Viel, membre de Youth for Climate en France, était invité à s’exprimer à propos des mobilisations citoyennes et de la grève mondiale pour le climat de l’avant-veille. Le jeune homme confiait notamment avoir débuté des études d’ingénierie en environnement plutôt que celle menant à une carrière d’astrophysicien, son rêve de gosse. Une remarque qui a fait bondir Charles Consigny de son siège : « Je suis inquiet. Je suis inquiet pour la civilisation. Moi, j’ai l’impression qu’il y a derrière ce mouvement une part de régression quand même. Si vous renoncez à devenir astrophysicien pour devenir militant de la cause écologique, si votre horizon c’est Cécile Duflot alors que c’était Hubert Reeves, moi, je ne peux être que désolé. » 

La comparaison entre l’ancienne politicienne écologiste et actuelle directrice générale d’Oxfam France et le célèbre astrophysicien québécois était peut-être mal choisie alors que Hubert Reeves a répété à maintes reprise son inquiétude pour l’environnement… Mais passons. Le sniper Consigny n’en avait de toute manière pas terminé. Il a ensuite pris pour cible la jeune militante suédoise Greta Thunberg : « Dans l’Histoire, quand on a mis en avant des enfants, ce qu’on fait là avec cette jeune Suédoise, qui moi m’angoisse beaucoup et qui ne me fascine pas du tout, qui est vegan, qui a convaincu ses parents de ne plus prendre l’avion, ils ne s’achètent même plus de cadeau à Noël dans sa famille. Je suis peut-être vieux jeu, mais ça m’inquiète. »

Intervention de Charles Consigny à partir de 9 min 40.

Le confort de l’ancien monde

Hugo Viel a réagi : « Je trouve vraiment dommage que vous voyiez les choses comme ça. C’est toute une société qu’on veut transformer (…) Aujourd’hui, moi, je m’inquiète de savoir dans quel monde je vais vivre dans vingt ans. » Dans 20 ans, Charles Consigny n’aura que 50 ans. Le polémiste qui fêtera son trentième anniversaire le 14 juillet prochain est encore jeune mais déjà « vieux jeu« , effectivement. Comme des générations de personnes plus âgées avant lui, il a loupé le train du climat il y a des années de ça. Quand les premiers appels des experts climatiques tombaient dans l’oreille de sourds, et quand les conclusions des rapports du GIEC aujourd’hui criées dans les rues par les jeunes marcheurs étaient immédiatement rangées au fond des tiroirs par les politiciens.

Charles Consigny pensait sans doute que le sujet ne serait jamais pris au sérieux, excepté par les militants écolos et les « youkous », sorte de hippies 2.0 qu’il fuit comme la peste en tant que jeune premier issu d’une bonne famille… Maintenant que le climat est au cœur de toutes les attentions, le petit Charles se sent un peu bête. Il a peut-être peur de perdre ses acquis, lui qui a déjà réussi sa vie dans le confort de « l’ancien monde » où l’on pouvait consommer sans modération. Alors, il a choisi de tourner la cause climatique en dérision. D’en parler comme d’un mouvement « régressif ». Il a tort et, au fond de lui, il le sait probablement. Mais c’est pourtant le position qu’il a délibérément choisi d’adopter. Et il n’est pas le seul.

Haters for Climate

Sur les réseaux sociaux, les Charles Consigny sont légions. Et, comme le polémiste, ce sont ceux qui attirent le plus l’attention. Ceux qui se moquent des articles écologistes sur Facebook avec des « Haha », qui disent que les jeunes marcheurs sont manipulés et qui recyclent les arguments tout faits. Mieux que leur déchets : « Retournez à l’école maintenant ou vous n’aurez pas d’avenir. » Si la situation reste telle qu’elle est, non, les jeunes n’auront pas d’avenir. Comme l’a dit Hugo Viel dans On n’est pas couché, comme le dit Greta Thunberg, comme le dit Anuna De Wever, comme le dit Youna Marette interrogée dans Moustique la semaine passée.

La jeune bruxelloise de 17 ans, devenue malgré elle le visage de Génération climat, n’est d’ailleurs pas tendre avec les Charles Consigny d’aujourd’hui. Et c’est un euphémisme. « Je ne sais pas si je dois avoir pitié de ces gens-là ou bien leur cracher dessus. Ceux qui écrivent des messages haineux à notre sujet font partie de la génération qui aurait dû agir mais n’a pas bougé le petit doigt. C’est peut-être un mécanisme de défense de leur part de nous critiquer, parce qu’ils culpabilisent de n’avoir rien fait ? C’est mon hypothèse… Malheureusement, je pense qu’on ne peut pas faire grand-chose pour ces personnes-là, à part continuer à se mobiliser et espérer qu’un jour elles aient une illumination divine et se disent que nous avons raison. » 

En attendant l’improbable révélation mystique, il faudra continuer à faire avec les commentaires des réfractaires au changement, ceux qui ne veulent pas accepter l’idée de « régresser » dans leur style de vie pour que le plus grand nombre puisse mieux avancer. Si les climato-sceptiques et les « haters du climat » sur les réseaux sociaux vivent dans un monde déconnecté des réalités, ils vivent (malheureusement) bien sur la même planète en perdition.

De gauche à droite: Anuna De Wever, Kyra Gantois, Adélaïde Charlier et Youna Marette.

Belga

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