C’est quoi la théorie « du grand remplacement » qui obnubile l’extrême droite?

L'ultranationalisme d'extrême droite représente l'une des plus grandes menaces à la paix des sociétés occidentales. L’attentat de Hanau, en Allemagne, que le tueur justifiait par sa "haine des étrangers" en témoigne une nouvelle fois.

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La théorie se propage à travers le monde comme une traînée de poudre. Que ce soit par la voix énervée de Geert Wilders, chef du Freedom Party, parti d’extrême droite néerlandais, qui tweetait récemment « Notre population est en train d’être remplacée. Il n’y a pas à en douter.» Ou par de nombreux mouvements qui reprennent cette idée comme un slogan. Brenton Tarrant, le tireur de l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, s’est inspiré de cette théorie pour justifier son acte. Il a publié un manifeste quelques heures à peine avant ce massacre nommé le « Grand remplacement », document de 73 pages rempli de haine, de racisme et d’idées extrêmement violentes. Une idée également relayée par le tireur responsable de l’attentat à Hanau, le 19 février 2020, en Allemagne.

Cette théorie du « Grand remplacement » provient d’un philosophe français très controversé nommé Renaud Camus. En 2012, il publie un livre alarmiste dans lequel il soutient que les Européens blancs indigènes sont colonisés par des immigrants de couleur. Camus affirme que la civilisation et l’identité européennes risquent d’être submergées par une migration massive, en particulier en provenance de pays musulmans. C’est ce concept qu’il qualifie de «grand remplacement» et qu’il compare à une extinction de masse de l’homme blanc. D’après lui, les effets en sont déjà perceptibles, il mentionne notamment le fait qu’on parle de plus en plus espagnol aux États-Unis en utilisant des termes comme « substitution ethnique ».

Belga ImageRenaud Camus. Belga Image.

Paranoïa et théories racistes

Depuis cette publication, l’idée est relayée à grande échelle dans des vidéos sur YouTube mais aussi sur des sites dédiés, comme « www.great-replacement.com ». On y lit « Le but de ce site est de documenter le déclin européen, tant démographiquement que culturellement, et de faire mieux connaître ce terme « Le Grand Remplacement » sur Internet, par le biais de hashtags tels que #TheGreatReplacement et #GreatReplacement et dans des conversations dans le monde réel, qui inspirent, espérons-le, un changement d’attitude culturelle et politique avant qu’il ne soit trop tard. En outre, il devrait remplacer le terme utilisé pour décrire le même phénomène de remplacement de la population que #WhiteGenocide. »

Le tueur de Pittsburgh faisait partie d’un réseau de personnes qui propagent et planifient un objectif insidieux et totalitaire: un nettoyage ethnique sous le slogan «Race War Now»

C’est la même thèse qui avait motivé Robert Bowers, l’homme qui a tué onze personnes dans une synagogue à Pittsburgh en octobre 2018. En ouvrant le feu, ce dernier avait hurlé « tous les juifs doivent mourir ! » Ce suprémaciste blanc côtoyait notamment Andrew Anglin, fondateur du site néonazi Daily Stormer, ou encore Milo Yiannopoulos, ancien de Breitbart News. Il faisait partie d’un réseau de personnes qui propagent et planifient un objectif insidieux et totalitaire: un nettoyage ethnique sous le slogan «Race War Now». Il s’agit d’un mouvement international qui gagne du terrain partout dans le monde, composé d’ultranationalistes, de suprémacistes blancs et de néonazis.

Le tueur de Christchurch explique, lui, qu’il a eu l’idée de ce massacre après un séjour en France, où il avait assisté à la défaite de Marine Le Pen. Il écrit en ouverture de son manifeste qu’Angela Merkel est un grand danger pour le peuple « blanc ». «La chancelière allemande, la mère de tout ce qui est anti-blanc et anti-germanique, figure en tête de liste. Difficile de faire pire pour nuire à son peuple.» Le terroriste explique également qu’il a choisi de frapper à Christchurch en Nouvelle-Zélande pour montrer « qu’il n’y avait aucun endroit sûr dans le monde, que les envahisseurs étaient dans toutes nos contrées, y compris les plus reculées ».

Brenton TarrantBrenton Tarrant, tueur de Christchurch

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