Qu’est-ce que la « clean meat » dont tout le monde parle?

Une viande sans viande, c'est le projet ambitieux d'une trentaine de start-up dans le monde. Souffrance animale, environnement, sur papier la clean meat séduit. Pourtant, elle ne plaît pas à tout le monde.

belgaimage-143817573

Le concept n’est pas nouveau. En 2013 déjà, deux Néerlandais présentaient une première mondiale. Un burger cellulaire composé de 20.000 minuscules morceaux de tissu cultivés dans un laboratoire. Le seul problème, son coût : 330.000 dollars. Ca fait cher le bout de viande. Depuis, plusieurs start-up se sont accaparés le challenge et tentent de reconstituer viandes rouges et volailles pour un prix (largement) plus démocratique.

L’américain Paul Shapiro y dédie un ouvrage et plusieurs conférences TEDx avec à chaque fois la même question : comment produire de la viande sans animal et révolutionner notre consommation ? Au cœur du livre, qui sort ce jeudi en librairie, une idée assez utopique d’un monde où l’on ne fabriquerait plus de viande du tout. Double enjeu : d’un côté les bénéfices considérables pour l’environnement, de l’autre, la fin de la souffrance animale. Ambitieux. Mais pas impossible vu que le projet a abouti, en partie, et espère être commercialisé prochainement.

Entre burgers et science fiction

Dans la Sillicon Valley, ils sont plusieurs à tenter de constituer une « viande propre ». Sans rentrer dans moult détails scientifiques, le principe est de faire pousser de la viande en dehors de l’animal. Une fois les cellules prélevées, elles sont nourries dans un bioréacteur et prêtent à être développer. On parle de viande propre car elle est produite dans un environnement stérile contrairement à la viande actuellement dans nos assiettes qui est en contact avec le reste du corps de l’animal et peut être contaminée par des bactéries. Le schéma ressemble légèrement à de la science fiction pourtant il n’en est rien.

Toujours aux États-Unis, la start-up Impossible Foods s’est fixée pour objectif de remplacer la viande animale d’ici 2035. En 2016, elle lance le Impossible burger composé à 100% de plantes et d’un gène issu du soja qui donne l’aspect saignant de la viande animale et son gout. Un franc succès qui permet à Impossible Foods de lever quelque 400 millions de dollars auprès d’investisseurs tels que Google pour développer leurs produits phare, mais pas que.

Arrivé en Europe, le projet connaît déjà son lot de supporters soucieux de trouver une alternative aux dégâts massifs que la commercialisation de viande cause à l’environnement. De son côté, Gaia affirme que, suite au sondage qu’elle a commandé, les Belges seraient plutôt favorables à cette viande de laboratoire. Sur les ondes de La Première, Anne De Greef, directrice de l’organisation n’a pas caché son enthousiasme, « C’est la révolution qu’on attend depuis des années. Il n’y a rien de chimique à la viande cultivée en laboratoire, c’est un peu comme produire de la bière. Si elle n’est pas naturelle, la viande qu’on consomme aujourd’hui ne l’est pas non plus. Élever des poulets qui grandissent en 42 jours et modifier génétiquement, qu’est-ce qui est naturel la dedans ? ». Mais le son de cloche est différent du côté du parti Ecolo. « Ces projets de viande in vitro, c’est surtout un système agro-industriel et chimique poussé à l’extrême. C’est la disparition de l’agriculture paysanne. C’est une fausse bonne idée », confiait le parti à la RTBF.

Suite à la médiatisation de la clean meat, la FUGEA (Fédération unie de groupement d’éleveurs et d’agriculteurs) a publié un communiqué de presse pour mettre en garde contre la clean meat. Elle dénonce les arguments en sa faveur, la description faite de la viande d’animal et rappelle que cette alternative de « viande sans viande » remplacerait de nombreux éleveurs indépendants qui perdraient leur emploi. « La substitution des éleveurs par l’industrie et ses solutions technologiques ne permettront pas de répondre aux défis alimentaires, environnementaux et sociaux auxquels nous sommes confrontés. Au-delà d’un débat strictement lié à l’alimentation, c’est la sauvegarde de notre économie rurale et de notre souveraineté alimentaire qui est en jeu », argumente-t-elle.

Long processus

Il y a deux ans, six sociétés tentaient de créer cette viande du futur aujourd’hui, le chiffre a quintuplé. Avant que quoi ce soit n’ait concrètement lieu, il faudra que la Commission européenne approuve un quelconque projet. Le processus peut prendre plusieurs années. Reste aussi la question de la quantité qui pourrait être disponible sur le marché. Pour les start-ups, la clean meat serait disponible à petite échelle en deux ans et à grande échelle dans cinq. Reste à savoir s’il est envisageable de produire en grosses quantités sans que la demande dépasse l’offre et, qu’écologiquement parlant, la clean meat finisse par autant impacter l’environnement que les viandes actuelles.

Appellation, contrôle, prix, les points d’interrogation autour de ce nouveau projet sont encore nombreux. Pour ou contre, il faudra de toute façon attendre encore un certain temps avant que la clean meat ne rejoigne les viandes animales dans les rayons de nos supermarchés.

Sur le même sujet
Plus d'actualité