Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes ?

En Belgique, les femmes vivent en moyenne quatre ans de plus que les hommes. Comment expliquer cet écart de longévité entre les deux sexes ? 

Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes ?

Les chiffres ne mentent pas : les femmes vivent plus longtemps que les hommes. En 2017, l’espérance de vie à la naissance en Belgique s’établissait à 83 ans pour les femmes et à 79 ans pour les hommes. En outre, les « années bonus » auxquelles les femmes ont droit ont tendance à s’écouler sans le moindre pépin de santé. L’indice HALE (« Healthy Life Expectancy ») de l’Organisation Mondiale de la Santé qui calcule le nombre d’années qu’un homme ou une femme peut vivre sans problème de santé majeur – indique que les hommes peuvent espérer vivre 67 ans en pleine forme, tandis que les femmes sont gratifiées en moyenne de 70 ans de « parfaite » santé. Comment expliquer cet écart de longévité entre les deux sexes ?

La différence n’est pas neuve : les experts en sont conscients depuis des années, et c’est un phénomène global. « Cet écart d’espérance de vie entre les deux genres est commun à toutes les sociétés humaines, et c’est aussi le cas chez les grands singes« , précise le Dr. Sachdev au magazine Time, professeur de neuropsychiatrie à l’université de New South Wales (Australie) qui étudie la longévité humaine. Selon le professeur, il existe plusieurs théories pour expliquer cet écart, certaines biologique, d’autres plutôt comportementales.

« Les hommes ont davantage tendance à fumer, boire avec exagération et à être en surpoids« , explique le Dr. Sachdev. « En général, ils ont aussi moins tendance à faire de la prévention médicale et, lorsqu’ils sont diagnostiqué d’une maladie, ils sont moins rigoureux dans le suivi de leur traitement. » En dehors du domaine de la santé, les hommes ont davantage tendance que les femmes à mettre leur vie en péril et ils sont notamment plus nombreux à décéder dans des accidents de voitures… « Femme au volant, danger au tournant », vraiment?

Question d’hormones

Chez l’homme, la sécrétion d’hormones a aussi une influence sur la durée de leur vie. Des recherches menées à l’université de Duke (États-Unis) révèlent que les niveaux élevés de testostérone sont souvent associés à des comportements à risques ou à mener les hommes dans des situations dangereuses qui pourrait leur coûter la vie… Mais selon des experts, il n’y a pas que l’effet dopant de la testostérone qui peut s’avérer dangereux. L’hormone en tant que telle pourrait poser problème. « Les hormones sexuelles des hommes diminuent les fonctions du système immunitaire et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires« , affirme Kyung-Jin Min, professeur de sciences biologiques à l’université d’Inha, en Corée du Sud.

Le chercheur et son équipe ont examiné les rapports de santé de 81 hommes coréens ayant été castrés pendant leur enfance et qui ont donc cessé de produire de la testostérone en quantité. Ils ont découvert que ces personnes vivaient en moyenne 14 à 19 ans de plus (!) que des hommes non-castrés au statut socio-économique équivalent. Au cours de recherches en laboratoire, le professeur Min a démontré que la testostérone pourrait bloquer la libération de cellules immunitaires combattants les maladies. Des résultats dont il faut toutefois se méfier. Parallèlement, un certain nombre d’études ont également établi des liens entre de faibles taux de testostérone et l’émergence de défaillances cardiaques chez les hommes. La relation entre la testostérone et la santé d’un homme s’avère donc plus complexe qu’il n’y paraît…

À l’inverse des hommes, les hormones propres aux femmes pourraient en revanche offrir des avantages insoupçonnés à ces dernières. Des aptitudes à même d’allonger leur espérance de vie. En effet, les œstrogènes exercent une fonction d’antioxydant. Une étude publiée en 2013 dans le Journal international de l’endocrinologie établissait même la preuve que les œstrogènes peuvent empêcher le développement d’anomalies de l’ADN pouvant entraîner des maladies et démontrait en outre que les hormones féminines peuvent aider à maintenir une fonction cellulaire saine et normale.

L’endurance des femmes

Ces révélations permettent d’expliquer l’écart de longévité entre les hommes et les femmes. Mais pourquoi donc l’évolution de l’espèce et la sélection naturelle favoriseraient-elles les femmes et non les hommes ? « Ce n’est que pure hypothèse, mais cela pourrait être lié au rôle historique de la femme au foyer« , avance le Dr. Sachdev. « Une fois qu’un enfant est né, son père ne lui est plus indispensable. Mais le corps robuste de la mère demeure et est important pour la survie de la progéniture. Le corps des femmes a évolué pour résister et s’adapter aux conséquences de traumatismes physiques comme la grossesse, l’accouchement et l’allaitement. Autant de challenges auxquels le corps des hommes n’est lui jamais exposé. » 

Comme le dit l’adage : « Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort « . Et pour les femmes, cette force pourrait se traduire par une espérance de vie prolongée et en meilleure santé. S’il y a bien un prétendu « sexe faible », ce n’est donc certainement pas celui désigné par cette affreuse expression qu’il faudrait éradiquer du langage courant.

Pixabay

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