Démanteler les GAFA : le projet fou d’une candidate à la présidentielle américaine

Elizabeth Warren a un plan bien précis pour dézinguer les géants du web tels que Facebook, Google, Apple et Amazon. Un chantier titanesque auquel d’autres se sont déjà essayés.

© Belga Image

« Brisons Amazon » a déclaré tout en finesse (on ironise) la sénatrice américaine (Massachussetts) vendredi dernier devant des centaines de militants rassemblés dans une salle du Queens à New York. « Il est temps de démanteler les géants américains de la tech ». Dans sa ligne de mire : le groupe de Jeff Bezos, Apple, mais aussi Google et Facebook, accusés d’avoir la main sur 70 % du trafic Internet. « Nous devons empêcher cette génération de grandes entreprises technologiques d’influencer le pouvoir politique pour façonner les règles en leur faveur et d’utiliser leur pouvoir économique pour étouffer ou acheter tous les concurrents potentiels », écrit-elle par ailleurs sur Medium.

Candidate aux primaires démocrates pour la présidentielle de 2020, Warren estime que les géants du web ont acquis trop de pouvoir sur l’économie du pays, la société et la démocratie : « Ils ont détruit la compétition, utilisé nos informations privés pour leurs propres profits et ont changé les règles du jeu au détriment de tout le monde. En faisant ça, ils ont nui aux petites entreprises et étouffé l’innovation ».

Le plan

Véritable cheval de bataille de son programme politique, ce démantèlement passerait d’abord par l’instauration d’une loi. Celle-ci exigerait que les entreprises dont le chiffre d’affaires mondial annuel est supérieur ou égal à 25 milliards de dollars et proposant un marketplace soient désignées comme « plates-formes d’utilité ». Le but est de les empêcher d’utiliser leur plateforme pour vendre leurs propres produits. Par exemple, Apple ne pourrait plus utiliser l’App Store pour distribuer ses applications. En cas de violation de cette loi, l’entreprise payerait une amende dont le montant pourrait aller jusqu’à 5% du chiffres d’affaires annuel (environ 11 milliards si Apple ne respectait pas cette loi).

Warren prévoit aussi de nommer des « organismes de réglementation destinés à renverser les acquisitions jugées illégales et anticoncurrentielles dans le secteur des technologies », écrit-elle toujours sur Medium. Elle cite comme exemple l’acquisition de WhatsApp et Instagram par Facebook ou celle de Waze par Google. En annulant cette fusion, la sénatrice espère relancer une « concurrence saine sur le marché » et ainsi inciter les grandes entreprises technologiques à être « plus sensibles aux préoccupations des utilisateurs, notamment en matière de protection de la vie privée ». Pour concrétiser son combat contre les GAFA, Elizabeth Warren a même lancé une pétition.

Back in the 90’s

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis tentent de démonter un géant du web. En mai 1998, le ministère de la Justice dépose plusieurs accusations antitrust contre Microsoft, accusé d’avoir rendu déraisonnablement difficile pour les consommateurs de désinstaller Internet Explorer et d’utiliser un navigateur concurrent (et donc accusé de pratiques anticoncurrentielles). EN novembre 1999, le juge Thomas Penfield Jackson déclare que l’entreprise de Bill Gates est un monopole. Il ordonne à Microsoft d’être divisé en deux parties, l’une dédiée à Windows et l’autre à tout le reste de Microsoft. Mais l’affaire est portée devant la Cour d’appel qui rejette la décision de Jackson après avoir appris que le juge avait eu des conversations privées avec des journalistes au sujet du procès alors que celui-ci était toujours en cours. Microsoft s’en sort en acceptant de faciliter la tâche de ses concurrents en leur permettant d’intégrer plus facilement leurs logiciels au système d’exploitation Windows.

Sur le même sujet
Plus d'actualité