Quelles conditions de détention pour les prisonniers radicalisés?

Mehdi Nemmouche est coupable de quatre assassinats dans un contexte terroriste. Mais dans quelles conditions sera-t-il détenu une fois que sa peine sera fixée?

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Considérant l’état de fatigue de l’ensemble des personnes ayant participé au premier procès d’un membre avéré de l’État islamique, la présidente du tribunal a annoncé hier le report des plaidoiries sur les peines à lundi prochain. Néanmois, il est certain que les actes commis par Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, co-auteur de l’attentat au musée juif de Bruxelles, leur vaudront de passer un long séjour derrière les barreaux d’une des trois prisons belges dotées d’une aile « D-Rad-Ex » comme on dit dans le jargon.

Pour des raisons de secret professionnel, il est impossible de connaître les conditions de détention précises des deux auteurs de l’attaque. Reste le contexte plus général de la détention des prisonniers radicalisés en Belgique. Les prisons d’Ittre, Bruges et Hasselt comptent chacune une aile D-Rad-Ex. Ce régime de détention est né peu après les attentats qui ont frappé la France et la Belgique. Mise à l’isolement, contrôle accru, contacts avec l’extérieur très restreints, les conditions de détention des détenus radicalisés interpellent cependant quant à leur efficacité. « On fait face à un cruel manque de moyens », tranche Pascal Verhelst, secrétaire permanent pour le secteur pénitencier de la fonction publique. « À l’heure actuelle, la Direction générale des établissement pénitentiaires fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a pour gérer les personnes radicalisées. »

On ne sait même pas ce que radicalisé veut dire

Le problème commence avec les « critères » à remplir pour être envoyé dans ce département spécifique de la prison. Soit la personne est condamnée pour des faits de terrorisme – ce qui est le cas de Mehdi Nemmouche et de son complice – soit elle est condamnée pour un fait de droit commun, mais le service pénitencier en accord avec la sûreté de l’État, décide que le détenu est radicalisé ou tente de radicaliser autrui. Le problème : « aucune justification n’est apportée et aucun recours possible », détaille l’Observatoire international des prisons. « Sauf qu’ on ne sait même pas ce que ‘radicalisé’ veut dire ! » Aussi, l’Observatoire définit les conditions des prisonniers comme « inhumaines et dégradantes ».

Comme tous les autres prisonniers, les détenus des ailes D-Rad-Ex ont droit à une heure de sortie par jour, mais sous des préaux individuels de huit mètres sur trois sans ensoleillement. « On pense qu’en enfermant ces gens on va régler le problème », s’indigne l’Observatoire. De plus, il semblerait que le concept d’isolement total soit tout relatif. « Les cellules sont individuelles. Maintenant, de l’une à l’autre, pour peu que les détenus parlent un peu plus fort, ça résonne et ils peuvent communiquer entre eux. Même chose sous les préaux. Bien qu’individuels, , ils permettent de s’entendre », détaille Pascal Verhelst.

Reste le défi de la déradicalisation. Comment procéder pour ramener les détenus à la réalité ? Plus, comment s’assurer que ceux-ci sont effectivement désintoxiqués et qu’ils ne prolongeront pas leur travail de recrutement une fois leur peine purgée ? Face à ces interrogations, l’Observatoire des prisons et le syndicat du secteur pénitencier affichent le même pessimisme. « Ce n’est pas uniquement au travers de la surveillance qu’on pourra obtenir un résultat positif. C’est d’ailleurs aussi valable pour les autres détenus. Le système carcéral belge est loin de ce qu’on pourrait attendre d’une peine de prison dans son acception moderne. Certaines personnes y rentrent pour quelques années, mais ne changent pas pour autant d’optique ou de comportement », juge Pascal Verhelst.

Certes des ONG tentent de prendre la mission de déradicalisation à bras le corps, certes des programmes ont vu le jour (notamment celui de la Fédération Wallonie-Bruxelles, « Caprev »), mais la plupart de ces mesures sont accessibles sur base volontaire du détenu. Faut-il encore qu’il en fasse la demande. « Et puis ce n’est pas en discutant avec un quelqu’un toutes les deux semaines qu’on va parvenir à quoi que ce soit », argumente le secrétaire permanent du syndicat. L’Observatoire appelle à la « vraie réflexion sur l’enfermement en tant que tel. D’ailleurs, la Belgique est constamment condamnée pour ses conditions de détention par les instances qui défendent les droits de l’Homme. »

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