Pourquoi Marouane Fellaini manquera aux Diables rouges

Le milieu de terrain quitte la sélection nationale. Et c’est une petite catastrophe. Moins flamboyant que Hazard ou De Bruyne, Big Mo a plus d'une fois changé le destin du football belge.

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There’s only one Marouane Fellaini. Le monde du foot regorge de joueurs « à la Messi », « à la Ronaldo », « à la Pirlo », « à la Maldini », « à la Zidane » ou « à la Cruyff ». Mais il n’existe pas d’autre joueur comme l’ancien couteau-suisse du Standard, d’Everton et de Manchester United. Jeudi, il a entériné la décision que l’on craignait depuis ce fatidique soir du 10 juillet, la fin de sa carrière internationale à 31 ans. La suite logique d’un parcours qu’il a décidé de reprendre en main en s’exilant en Chine, après avoir été le bon soldat d’une série d’entraineurs voyant en lui tantôt un roc défensif, tantôt un décapsuleur capable de retourner une situation désespérée. Son compteur restera donc bloqué à 87 caps pour 18 buts.

Grand comme une montagne, pointu comme un brise-glace, vicieux comme un coin de table, Marouane Fellaini est de ces joueurs capables de faire mal rien qu’en vous frôlant. À l’heure du VAR et du décorticage minutieux des actions, le pas de côté du colosse aux coudes baladeurs n’est probablement pas anodin. Pourtant, si son jeu parfois empreint de maladresse et de violence gratuite a été régulièrement moqué, les connaisseurs savent que Marouane Fellaini est nettement plus fin qu’il n’y parait – il mériterait le Ballon d’or du contrôle de poitrine – et que jouer avec lui est un régal. Plus qu’un bon joueur de tête, il sent où le ballon va tomber. Plus que puissant, il sait comment tasser son adversaire sans provoquer de faute. Car quand Fellaini en fait une, c’est qu’il l’a décidé. Et là, prévoyez une ambulance. Ultra efficace dans les deux rectangles, il soulage sa défense comme il fait souffrir celle des adversaires. Et entre les box, il avale chaque centimètre carré comme un mort de faim.

Prodige au Standard, phénomène à Everton puis valeur sûre à United, Fellaini était parmi les premiers à porter haut les couleurs belges en Angleterre, qu’il ralliait à l’été 2008. Ce n’est pas pour lui que les gens vont au stade, mais aux supporters belges il a procuré au moins autant de frissons qu’Eden Hazard et Kevin De Bruyne. Chez les Diables, tous se souviennent de ses coups de boules salvateurs face à l’Algérie en 2014 et au Japon en 2018. Mais on n’oubliera pas non plus son match de patron en quart de finale face à des Brésiliens asphyxiés et incapables de lui taxer le moindre espace.

Rassasié

Ce bel élan d’amour ne sert en fait qu’à rappeler à ceux qui minimisent l’annonce de la fin de sa carrière internationale que la perte de Marouane Fellaini est une très mauvaise nouvelle. Car, en plus de laisser un vide impossible à remplir, son départ nous replace douloureusement face au fait que notre génération dorée commence doucement à faner, principalement dans le secteur défensif. Vincent Kompany va sur ses 33 ans, Mousa Dembélé et Jan Vertonghen sur leurs 32, et Alderweireld, Witsel, Mertens ont aussi dépassé la trentaine. À la sortie du Mondial russe, nous disions que l’exode redouté des cadres semblait avoir été reporté à l’après Euro 2020 et qu’ils donnaient l’impression d’avoir encore un peu faim. Marouane Fellaini a quelque peu tempéré cet enthousiasme. Et objectivement, si l’on peut se dire qu’un seul matelot quitte le navire, on regrettera rapidement que ce soit lui. Malgré toute l’admiration que l’on ne peut que vouer à Vincent Captain Kompany, son départ sera, sur le terrain en tout cas, moins préjudiciable que celui du Liégeois.

Alors, les supporters doivent-ils commencer à paniquer à l’idée de perdre leurs héros plus rapidement que prévu ? Pas spécialement, d’autant que Fellaini avait déjà laissé entrevoir une certaine lassitude. Et selon de nombreux spécialiste, la relève arrive. Mais si un Eden Hazard naît tous les 30 ans, il ne sortira peut-être plus jamais de Marouane Fellaini.

 

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