« Momo challenge » et autres légendes urbaines du web : que sont les « creepypastas »?

Le fameux "Momo challenge" qui pousserait les jeunes au suicide n'a jamais existé. Le canular fait son entrée au panthéon des "creepypastas", les légendes urbaines d'internet. De quoi s'agit-il au juste ?

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On s’est fait avoir. En octobre dernier, comme de nombreux médias belges et internationaux dès l’été 2018, Moustique a relayé l’information selon laquelle le « Momo Challenge », un jeu morbide propagé sur la Toile via les réseaux sociaux, incitait les jeunes au suicide. Comme le signalait le journal Le Monde le 28 février dernier, le porte-parole des Samaritains (l’équivalent anglais de la Croix-Rouge) a déclaré au quotidien britannique The Guardian qu’il n’y avait, à l’heure actuelle, “aucune preuve vérifiée dans ce pays, ni au-delà, du lien entre Momo et le suicide”. L’histoire ne serait qu’un vulgaire « canular ».

Tout a commené par des vidéos partagées par des youtubeurs qui se filment en train de discuter via un « numéro maudit » de WhatsApp avec « Momo« , un personnage effrayant dont le visage mi-oiseau, mi-femme affiche des yeux exorbités et un sourire tranchant. Parallèlement, en Argentine, la police enquête sur le suicide d’une fillette à Buenos Aires. Parmi les hypothèses: le « Momo challenge ». Les enquêteurs ont finalement retrouvé des traces d’agressions sexuelles sur la victime, et innocenté Momo… Trop tard. Les internautes s’approprient le fait divers et l’histoire prend rapidement des proportions dantesques.

Les médias la relayent à leur tour et participent à la psychose ambiante, catapultant le « Momo challenge » au panthéon des légendes urbaines d’internet. Comme le nom l’indique, ce n’était donc bien qu’une « légende », une histoire à faire peur. Et ça a marché. Le défi fictif a traumatisé son monde. C’est désormais terminé et, comme un symbole pour mettre un terme définitif aux rumeurs, l’artiste japonais Keisuke Aiso a détruit Momo. Ou plutôt la sculpture originale (« Mother Bird« , Mère Oiseau) qu’il avait créée pour les studios d’effets spéciaux spécialisés dans l’horreur Link Factory, et dont les youtubeurs s’étaient emparé. « Les enfants peuvent être rassurés. Momo est morte« , a déclaré l’artiste au journal The Sun. « Elle n’existe plus et la malédiction a disparu.« 

Une « creepypasta » n’est pas une pâte à crêpe

Le « Momo Challenge » a permis de mettre à nouveau en avant les failles des réseaux sociaux, omniprésents chez les plus jeunes, et de relancer le débat sur le danger de ces plateformes où tout le monde peut poster ce qu’il veut, accéder à de nombreuses informations et les partager, qu’elles soient vraies ou fausses. À l’instar de nombreuses fake news, le « Momo challenge » a surfé sur les émotions (la peur dans ce cas-ci) pour se propager rapidement. L’existence – avérée – de challenges stupides ayant entraîné la mort sur les réseaux sociaux (comme le « Bluewhale challenge ») ont contribué à sa crédibilité.

Mais ce n’est pas la première fois qu’un canular semblable profite de la naïveté ou l’imagination des internautes pour être diffusé. On les appelle des « creepypastas« , contraction du mot anglais « creepy » (angoissant) et de l’abrégé « pasta » pour « copy-paste » (« copier-coller » ). Il s’agit en général de fictions effrayantes, vouées à épouvanter ou simplement divertir le lecteur, et qui circulent sur internet sous différents formats (image, vidéo, fichier sons,…), souvent plusieurs en même temps.

Moustique a fouillé sur le net pour en remonter quelques-unes… Attention : si ces « creepypastas » sont des fictions, elles n’en sont pas moins effrayantes. Et troublantes.

Slender Man, le monstre préféré du web

Le Slender Man est, sans aucun doute, la plus connue des « creepypastas » du web. Cette légende urbaine est devenue tellement populaire avec les années qu’elle a même eu droit à son adaptation cinéma (pas terrible) en 2018. Avec son corps élancé et ses bras fins démesurés semblables à des tentacules, le Slender Man ressemble un peu au Monsieur Jack de Tim Burton. En nettement moins sympa.

Il est né le 10 juin 2009 à l’occasion d’un concours Photoshop de création « d’images paranormales ». Un participant se démarque des faux ovnis et autres fantômes en réalisant deux photomontages en noir et blanc montrant un groupe d’enfants avec, en arrière-plan, un homme élancé (« slender« , en anglais ») très grand et sans visage. Son créateur ajoute des légendes aux « clichés », renforçant le côté sérieux de l’entreprise, et le Slender Man devient vite la vedette de la compète… et d’internet.

Le monstre, qui observe mais ne tue pas les enfants, les rendant fous, devient d’abord un « meme » (image virale sur internet), puis un véritable objet culte. Des dizaines de milliers de fan fictions (court-métrages amateurs) sont postées en ligne, des jeux vidéos sont commercialisés, son succès est tel que la BBC le qualifie comme le « premier grand mythe du Web« . Bien que l’on connaisse l’exacte origine, la légende urbain se diffuse et des gens commencent à sérieusement croire à cette sorte de croque-mitaine 2.0… Au point qu’un fait divers impliquant des enfants, sordide mais bien réel, finisse par se produire dans le Wisconsin en 2014.

« Jeff le tueur », l’inspiration de Momo ?

Extrêmement connue des internautes, cette « creepypasta » a elle eu droit à un film dérivé passé inaperçu et sorti en 2016 (« Go To Sleep« ). « Jeff » (Jeffrey Woods de son « vrai nom ») est un adolescent américain tourmenté qui vient d’emménager dans une nouvelle ville avec sa famille. Dans son quartier, d’autres jeunes s’en prennent régulièrement à son petit frère, le harcèle et lui donne des coups. Jeff s’interpose et prend part à plusieurs bagarres pour le défendre. Un jour, le grand frère est invité à la même soirée que les agresseurs. Dans un accès de colère, il s’empare d’un couteau et les tue…

Scarifié au cours de la lutte, ils poussent de violents gémissements en rentrant chez lui. Sa mère se réveille et le retrouve à la salle de bain. Face au miroir, l’adolescent s’est taillé un sourire de l’ange (à la manière du Joker dans The Dark Knight de Christopher Nolan) et s’est brûlé les paupières de manière à laisser apparaître ses globes oculaires. Sa mère comprend trop tard qu’il est devenu fou. Il la tue à son tour, ainsi que le reste de sa famille avant de s’enfuir dans la nuit… Personne ne l’aurait revu depuis, mais Jeff rôderait dehors à la recherche de sa prochaine victime.

Comment la rumeur a-t-elle donc pu se propager si les faits étaient avérés? Pas de réponse. Mais la description du visage du tueur rappelle en tout cas étrangement celle de Momo (large sourire malsain et grands yeux ronds écarquillés). Il n’est pas impossible que Keisuke Aiso s’en soit inspiré pour sa Mother Bird, l’aspect volaille en plus.

The Grifter, « le Cercle » de YouTube

Cette légende s’inspire des cassettes vidéos maudites qu’il ne faut pas regarder, au risque de mourir. Une histoire vue au cinéma dans « The Ring » (« Le Cercle »), le film horrifique japonais phénomène adapté une première fois en 2003 par le cinéaste Gore Verbinski (« Pirates des Caraïbes ») et dont un nouveau un remake douteux est sorti sur les écrans en 2017… The Grifter, c’est grosso modo « Le Cercle » transposé à YouTube. Il faut bien vivre avec son époque !

Après avoir visionné la vidéo sur la célèbre plate-forme, des internautes auraient été retrouvés morts chez eux. Selon la légende, les images qu’elle contient seraient tellement affreuses qu’elles donneraient la nausée, provoqueraient des cauchemars et pousseraient au suicide. Encore ? Les légendes urbaines tournent un peu en rond… Si vous voulez vérifier par vous même, la vidéo en question est disponible ici. On ne l’a pas regardé, et on décline donc toute responsabilité de ce qui pourrait vous arriver après l’avoir visionnée.

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