Pourquoi le cdH veut dégager Viktor Orbán du PPE au sein du Parlement européen?

Des formations membres du Parti populaire européen – dont le cdH et le CD&V – ont demandé l'exclusion du Premier ministre populiste hongrois de leur famille politique. À quoi ça rime tout ça ? Moustique a essayé de comprendre.

Belga

Douze partis membres du Parti Populaire européen (PPE) ont demandé l’exclusion du Premier ministre populiste hongrois Viktor Orbán et de son parti (le Fidesz). « La question sera discutée lors de l’assemblée politique du 20 mars. La décision appartient à tous les membres du PPE et je ne peux pas anticiper quelle sera l’issue de la discussion », a annoncé le président du PPE Joseph Daul à l’AFP.

Derrière ce mouvement d’exclusion se cachent notamment le CD&V et le cdH. Des partis que Viktor Orbán ne s’est pas privé « d’insulter » par médias interposés, dénonçant une tentative de « socialisation de la droite » européenne. « Quand nous (le Fidesz) serons partis, ils attaqueront les Italiens, puis les Autrichiens… Tout le monde ne le comprend pas, mais dans la littérature scientifique sur la politique, ces gens sont décrits comme des idiots utiles. Alors qu’ils croient mener un combat intellectuel, ils servent en réalité les intérêts des autres, de leurs adversaires. » 

Une déclaration qui a fait réagir – et rire – Benoît Lutgen, ancien président du parti humaniste. Sur Twitter, la tête de liste cdH aux élections européennes (26 mai) a publié un petit message piquant :  « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. » Interrogé par Le Soir sur les tensions internes qui animent PPE, le bourgmestre de Bastogne a dégainé une autre formule énigmatique : « Une fois que les dégoûtés seront partis du PPE, il ne restera plus que les dégoûtants. » Mais de qui parle-t-il au juste ?

Familles politiques

Pour bien comprendre, un petit cours de politique européenne s’impose… Au sein du Parlement, les députés ne sont pas regroupés en fonction de leur nationalité, mais selon leurs « affinités » politiques. Ils siègent regroupés au sein de « familles » à l’intérieur de l’hémicycle. Actuellement, elles sont au nombre de huit. Dans la pratique, un minimum de 25 députés est nécessaire pour former un groupe politique, et ce dernier doit comprendre des membres représentant au moins un quart des États membres (27 en excluant le Royaume-Uni). 

Dans l’hémicycle, les places attribuées aux députés sont déterminées en fonction de leur appartenance politique, de gauche à droite, après accord des présidents de groupe. Avant chaque vote en séance plénière, les familles politiques examinent ensemble les rapports issus des commissions parlementaires, et déposent des amendements ou adoptent des propositions législatives en rapport à ces textes. S’il y a lieu, les familles peuvent rédiger des rapports qui seront présentés à l’assemblée plénière.

Le PPE, « parti » du grand n’importe quoi ?

Fondé en 1976, le Parti populaire européen est la « famille » politique regroupant à l’échelle du continent les partis de droite et de centre-droit d’inspiration démocrate-chrétienne et libérale-conservatrice. Le PPE compte plus de 70 partis-membres, ce qui en fait le plus large groupe politique du Parlement européen devant le PSE, la « famille socialiste ».

Aux côtés du cdH et du CD&V, on retrouve des partis traditionnels comme le CDU d’Angela Merkel, Les Républicains français, le Partido Popular espagnol, ou encore le Forza Italia de Silvio Berlusconi… Mais le PPE regroupe également des partis navigant très à droite qu’on qualifierait de « populiste » pour rester poli. On pense donc ici naturellement au parti de Viktor Orbán, mais aussi à la formation du chancelier autrichien Sebastian Kurz (Die neue Volkspartei) qui a confié les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères de son pays à des représentants du parti d’extrême droite du FPÖ.

Le FPÖ qui se retrouve en « bonne compagnie » dans un autre parti de l’hémicycle avec l’ENL, « l’Europe des nations et des libertés ». Avec 37 membres, le groupe est le plus petit du Parlement européen et c’est à espérer qu’il le reste. S’y côtoient, entre autres, le Vlaams Belang, le Rassemblement national de Marine Le Pen, la Ligue du Nord de Mattéo Salvini et le PVV Geert Wilders. En y rajoutant l’AfD (nouvelle extrême droite allemande), la photo de famille doit faire peur à voir…

L’ENL n’est pas l’unique formation populiste européenne. Dans le genre eurosceptique, ses « cousins » de l’EFD (« Europe de la liberté et de la démocratie directe ») ne sont pas mal non plus avec le Mouvement 5 Etoiles (Italie), Debout la France fondé par Nicolas Dupont-Aignan ou encore Ukip, le parti britannique qui fut l’un des principaux artisans du Brexit. Que du beau monde !

« Nettoyer de l’intérieur »

Si l’éviction d’Orbán n’est donc pas encore actée, Benoît Lutgen pousse son actuel collègue vers la sortie pour qu’il rejoigne avec son parti les familles dont le Premier minitre hongrois partage la vision d’une Europe cloisonnée. Objectif du Bastognard : « purifier » le PPE. « Orbán ne va pas polluer l’ensemble du PPE. C’est vrai que certains pays sont déjà contaminés mais c’est à eux de s’en aller. Le PPE a une longue histoire au sein de l’Union européenne, parmi les fondateurs. Il faut le nettoyer de l’intérieur« , ajoutait-il au Soir.

Une étrange « opération séduction » qui arrive sans doute un peu tard. Au regard de la montée du nationalisme un peu partout au sein de l’UE et de la tendance au repli sur soi, les prochaines élections européennes (26 mai en Belgique) pourraient profondément modifier la configuration du Parlement et changer les règles du jeu. Au sein de l’hémicycle, on pourrait avoir d’un côté les pro-européens, et de l’autre les eurosceptiques se livrant bataille sous forme d’interminables joutes verbales. L’idéal de paix européen semble bien loin… Quoi qu’il advienne, les citoyens ont encore les cartes en mains.

Belga

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