La voiture de société, un avantage fiscal d’un autre âge ?

Marronnier des élections, la mobilité prend sa place au cœur de la campagne. Contexte vert oblige, après la gratuité des transports en commun vient la remise en question des véhicules de société.

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Elles sont près d’un million à arpenter quotidiennement nos routes. Si les voitures de société sont régulièrement remises en cause, leur nombre ne cesse pourtant d’augmenter. Elles représentaient 14,4% du parc automobile belge en 2013, elles en constituent aujourd’hui 16,5%. C’est que l’achat d’un véhicule de société pour un employé reste très intéressant pour les entreprises. Nettement plus que de lui proposer une augmentation, l’OCDE ayant mesuré l’avantage fiscal à plus de 2700 euros par an et par véhicule en Belgique. Aucun pays ne fait mieux. Ecolo et Groen veulent dire stop à cette intense subsidiation. « Il n’est pas normal que dans ce pays, l’État subventionne les embouteillages et le carburant », se fâche Gilles Vanden Burre, député Ecolo, sur le site de La Libre ce mardi. « Pourquoi continuer à faire subsidier ce système par l’État, à encourager les cartes carburant ? Cet argent, nous voulons le mettre dans autre chose. » D’où la récente proposition écologiste de transports en commun gratuits pour les moins de 25 ans et les demandeurs d’emploi et leur souhait de voir les entreprises rapprocher leur siège des gares, aménager des espaces de travail partagés ou privilégier le télétravail.

Leur annonce n’a rien de révolutionnaire mais les Verts souhaitent surfer sur leur récente popularité et l’approche des élections pour relancer un de leurs vieux chevaux de bataille. Ils peuvent notamment s’appuyer sur le récent rapport du prestataire RH Securex, qui dévoile que neuf véhicules de société sur dix roulent encore au diesel. Une part extrêmement importante qui ne semble pas inquiéter outre mesure les employeurs et encore moins la Febiac, la Fédération belge de l’automobile, habituée à balayer d’un revers de la main toutes les critiques que l’on peut faire aux voitures de société. Elle refuse notamment l’argument de l’incitation au roulage via la gratuité, soit le fait d’utiliser davantage sa voiture quand on ne la paie pas, pourtant régulièrement porté par les experts en mobilité.

Un acquis pour les cadres

Quand Ecolo chiffre le manque à gagner pour l’Etat à 4 milliards d’euros, la Febiac se joint à Johan Van Overtveldt (N-VA), l’ex-ministre des Finances, et l’estime à 2 milliards. Il est vrai que les Verts prennent en compte les effets indirects des véhicules de société, comme les embouteillages, les accidents ou la pollution dans leur calcul. En attendant, la voiture de société semble à la fois appartenir à un autre âge et se muer en gouffre financier.

De là à dire qu’elle vit ses dernières heures, il n’y a qu’un pas. Que peu s’autorisent encore à franchir, tant le leasing fait partie des meubles en Belgique. Aux yeux du cadre moyen, la voiture de société représente même une sorte d’acquis intouchable. Un argument électoraliste important, les cadres représentant une part significative de l’électorat des partis réticents à l’idée de trop toucher à cet avantage fiscal, la N-VA, l’Open VLD et le MR en tête. Du côté du PS, on rejoint Ecolo dans sa volonté de supprimer la voiture de société, mais surtout pas au détriment du travailleur. Le CDH est plus nuancé, n’étant pas par principe opposé à l’avantage fiscal offert par le leasing, à condition de le limiter aux voitures les plus performantes sur le plan environnemental. Quoi qu’il en soit, s’il y a de fortes chances que le sujet revienne encore de manière régulière, nos autorités devront bien un jour trancher entre la promotion d’une mobilité douce basée sur la transition écologique et leur obstination à subsidier les trajets automobiles d’un million de Belges.

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