Travaux de rénovation : jamais mieux servi que par soi-même?

Entre l’achat clé sur porte et la location, une solution intermédiaire: retaper sa maison soi-même. Quitte à étaler les travaux dans le temps et à sacrifier son temps libre.

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Les bricoleurs du dimanche vivent une époque formidable. Grace à YouTube et à ses innombrables tutoriels pour placer le parquet de son salon, monter sa douche ou retapisser sa chambre, ils peuvent aujourd’hui (presque) se contenter d’investir dans quatre murs avant de retaper à leur goût et de leurs mains l’habitation de leurs rêves. L’admiration pétille dans les yeux de ceux qui les écoutent raconter leurs travaux et qui se lancent dans une petite visite, pièce par pièce, d’une maison qui ressemblait à un taudis quelques mois/ années plus tôt. Les “là j’ai galéré!” et autres “j’ai failli perdre un doigt, mais avouez que ça donne bien” jonchent le parcours qui va de la porte d’entrée à l’apéro.

Une étude dévoilée début 2018 par Batibouw révélait que 53 % des Belges ont déjà réalisé des travaux de rénovation après l’achat d’un bien immobilier. Des rénovations indispensables alors que près de 40 % des bâtiments wallons et bruxellois dépassent le siècle et que l’amélioration des performances énergétiques constitue un enjeu majeur du secteur. S’ils recourent à des professionnels pour les travaux touchant à la structure, les Belges n’hésitent plus à s’improviser peintres, carreleurs ou menuisiers. Le plaisir de casser, aussi, et de repartir de zéro.

La rénovation dans le sang

En moyenne, ils réalisent eux-mêmes la moitié des travaux de rénovation, confiant l’autre moitié à des artisans, principalement la cuisine, le chauffage et l’électricité. Mais certains dépassent largement ce taux de 50/50. C’est notamment le cas de Jean-Philippe. Cet enseignant bruxellois a la rénovation dans le sang. “Un jour, le snack de mon père a brûlé. Il a décidé de le remettre sur pied et j’allais lui donner un coup de main. J’y ai appris à réparer et à fabriquer.” Devenu adulte, Jean-Philippe a rénové luimême sa résidence et profite aujourd’hui des vacances scolaires dans une autre bâtisse qu’il a sauvée de la ruine à Labatut, petite commune des Landes dans le sud de la France. Des travaux qui lui ont pris une dizaine d’années, au gré des congés, et dont il garde quelques souvenirs mémorables. “Mes potes venaient régulièrement me donner un coup de main. On travaillait la journée et on se retrouvait autour d’une grande table le soir. On ne peut pas tout faire seul et il est indispensable de se faire aider.

Retaper une maison demande encore davantage de rigueur quand elle se situe à plus d’un millier de kilomètres de son domicile. “C’est surtout le timing qui peut être compliqué à gérer. Par exemple, on a une fois dû terminer des travaux dans la toiture un samedi à minuit alors qu’on rentrait le dimanche. On ne pouvait pas laisser un trou dans le toit pendant plusieurs mois en attendant qu’on revienne. La relation à distance avec les artisans peut également s’avérer compliquée. C’est pour ça que je préfère tout faire moi-même.

Sur plans et sur YouTube

La petite trentaine, David a lui aussi décidé d’investir du temps et de l’énergie dans son premier achat immobilier, une vieille maison au cœur de Molenbeek. S’il a fait appel à des corps de métier pour une partie du gros oeuvre, comme le terrassement ou le chauffage, depuis deux ans, il passe à peu près chaque week-end et deux soirées par semaine à travailler dans sa maison. “Je bosse avec mon père et mes oncles depuis que je suis gamin. Et je continue d’apprendre en regardant des vidéos ou en demandant des conseils. Du coup, j’ai décidé de me lancer dans les travaux, avec mon père. Il ne manque que la cuisine pour que la maison soit pleinement habitable.

Pourtant, quand David et sa copine ont décidé de devenir propriétaires, lui ne se voyait pas acheter une maison. “Cela ne correspondait pas à mon optique en termes de volume. Mais on a perçu le potentiel de cette vieille bâtisse et on savait qu’on allait pouvoir faire quelques trucs nous-mêmes. Elle avait une âme. On voulait rester sur Bruxelles et cette maison avait vraiment ce cachet bruxellois.” S’il a hâte de clôturer et de voir le résultat, David prend du plaisir à rénover et à faire vivre son projet. Quant à Jean-Philippe, lorsqu’on lui demande s’il n’en a pas marre de passer son temps libre à bricoler, on entend au loin sa femme Isabelle crier “moi oui!”. “J’adore ça, signale Jean-Philippe. Maintenant qu’elle est terminée, Isabelle me dit que je vais m’embêter. La rénovation allie pour moi plaisir et gain financier.”

Do it yourself

Rentable, la rénovation “do it yourself”? Les particuliers doivent prendre en compte qu’ils paieront 21 % de TVA sur les matériaux quand les professionnels n’en paient que 6. Mais selon Jean- Philippe, oui. “Les artisans, il faut les payer…” David est plus nuancé. “Sur le court terme, ce n’est pas évident. Il faut payer la maison qui, même moins chère, reste un gros montant à sortir, et rajouter le budget de rénovation. Mais à long terme, cela devient rentable.

Selon Batibouw, sept Belges sur dix dépassent leur budget initial de 10 à 20 %. “C’est difficile à estimer, mais je pense avoir déjà gagné 75.000 € en rénovant moi-même et en allant chercher mon matos dans des magasins que beaucoup imaginent destinés aux professionnels.” Conseilleraient-ils à leurs amis de suivre leur voie et de privilégier la rénovation à la construction? Les deux s’accordent à dire que… cela dépend. “Il faut bien réfléchir avant de se lancer et savoir ce qu’on peut en faire, explique David. Ce n’est pas donné à tout le monde, mais si on est motivé et qu’on peut se faire aider, pourquoi pas. Mais globalement, je pense que construire, c’est encore plus de tracas.

Pour Jean- Philippe, il faut “accepter de sacrifier une grosse partie de son temps libre. En outre, vivre dedans est compliqué. On a pu habiter ailleurs durant les travaux, mais ce n’est pas toujours possible”. Plus de 50 % des Belges ne parviennent pas à terminer les travaux dans les délais qu’ils s’étaient fixés, mais David relativise. “Il ne faut pas hésiter à prendre du temps pour soi. Au début, je grappillais dès que je pouvais quelques heures en semaine et le week-end j’étais mort. Pouvoir parfois dire stop permet de rester dans un état d’esprit positif.

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