Tout ce que vous ne saviez pas sur la N-VA

L'électeur de la N-VA est plus aisé et cultivé que vous ne le croyez. Il a opté pour le changement après des années de frustrations. Mais la fin de la Belgique n'est pas jouée d'avance dans cette partition orchestrée par Bart De Wever.

Tout ce que vous ne saviez pas sur la N-VA

L’ancien secrétaire politique du groupe Ecolo-Groen au Parlement fédéral, Luc Barbé, sort un opus de 350 pages qui éclaire comme rarement la politique flamande. Moustique l’a interviewé.

Luc Barbé, vous publiez « la N-VA expliquée aux francophones ». Que pensez-vous que nous n’avons pas compris par rapport au succès du parti de Bart De Wever ?

Le succès de la N-VA n’est pas seulement dû à la personnalité de Bart De Wever. Ce n’est pas seulement une question de communication même si leur stratégie est redoutable. Le succès vient aussi de la faiblesse des partis concurrents comme le CD&V et l’Open-VLD et de la frustration d’une partie importante de l’électorat flamand. La scission de BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde) a pris neuf ans !

« Elio Di Rupo fut du pain béni pour la N-VA « 

La faute à qui ?

C’est une responsabilité commune des politiques francophones et néerlandophones. Mais ça a laissé des traces. Par ailleurs, pendant vingt ans, le pays a été gouverné par une coalition de centre-gauche alors que la Flandre vote plutôt à droite. Cela a généré des frustrations. Les années Leterme, lorsqu’il était Premier ministre, ont été un cauchemar. Les Flamands se sont dit qu’ils devaient voter N-VA pour que ça change. Ils l’ont fait à hauteur de 30% en 2010 et Elio Di Rupo est arrivé. Ce fut du pain béni pour la N-VA qui a pu établir qu’il y avait deux démocraties dans ce pays. Il n’y a pas une cause. J’ai écrit 350 pages pour expliquer tout cela.

Depuis cette époque, beaucoup de choses ont changé en politique belge.

Oui, beaucoup a changé. Il y a eu la 6ème réforme de l’État et la scission de BHV. Les questions institutionnelles sont apaisées. Il y a même de l’indifférence. Du point de vie socio-économique, des réponses ont été données. Mais ces réformes aux yeux de beaucoup de Flamands ne vont pas assez loin et d’ailleurs la N-VA n’ose pas vraiment faire campagne là-dessus. Depuis 2015, la N-VA a lancé une nouvelle thématique sur la migration. La prospérité flamande n’est plus seulement menacée par les francophones, mais par la migration. La N-VA se positionne en défenseur des valeurs flamandes. Et ce que vous ne savez pas non plus, c’est que la N-VA est bien le premier parti flamand et va le rester mais ses propositions sont largement débattues en Flandre. Les débats sur les réseaux sociaux et en rue sont très vifs. Ils n’ont pas le monopole de la parole. Et ils ont dans leur bilan de grosses défaites comme les visites domiciliaires.

« Personne n’a vu que l’électorat de la N-VA était la classe moyenne supérieure »

Groen, votre famille politique, est-elle une alternative ?

Oui et non. L’électeur N-VA est très divers : d’extrême-droite, de droite, du centre, pas de gauche. L’électeur de Groen est très éloigné de celui de la N-VA. Voilà encore un point qui a échappé aux francophones mais aussi aux néerlandophones. L’électorat de la N-VA est très scolarisé. Il l’est plus que la moyenne des Flamands. Ce sont des gens qui suivent bien l’actualité et qui ont voté pour le changement. Seuls 5 à 10% veulent l’indépendance. Personne n’a vu que l’électorat de la N-VA était la classe moyenne supérieure. Le vote de 2010 a été mal interprété par tout le monde.

« Il n’y a pas de complot ou de fatalisme concernant l’avenir de la Belgique »

Vous livrez dans votre livre quatre scénarios de ce qui pourrait arriver à la Belgique. Pourquoi quatre ?

Parce que c’est ouvert. J’invite d’ailleurs le lecteur à m’envoyer le cinquième et le sixième. On peut dire que le fédéralisme va continuer à affaiblir toujours plus la Belgique. C’est un scénario. Il y en a d’autres. Il n’y a pas de complot et de fatalisme. J’ai un scénario où les régions deviennent plus fortes mais le fédéral aussi avec une circonscription fédérale unique. Tout est possible. Jusqu’il y a quelques mois, le climat n’était pas à la une des journaux. Personne n’avait imaginé la mobilisation des jeunes. Cela pourrait arriver aussi pour l’avenir de la Belgique.

Etopia

Luc Barbé a été député de 1991 à 1995 pour Agalev. Il est l’ancien secrétaire politique du groupe Ecolo-Groen au Parlement fédéral. Il fut chef de cabinet d’Olivier Deleuze, Secrétaire d’État entre 1999 et 2003. Il publie régulièrement des cartes blanches dans De Morgen. Son livre a été préfacé par le journaliste Alain Gerlache, qui intervient régulièrement sur la RTBF, la VRT, TV5monde.

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