Le Brexit ? Ce ne sera (sans doute) pas pour tout de suite

Les députés britanniques ont entériné hier un éventuel report du Brexit prévu dans un mois (29 mars). Objectif: éviter le scénario d'un "No Deal" avec l'UE. Mais en coulisses, des parlementaires s'organisent pour la tenue d'un second référendum...

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Theresa May is not happy. Alors que la Première Ministre espère toujours convaincre les députés britannique du bien fondé de son texte négocié dans la douleurs avec l’UE d’ici le 29 mars, le Parlement a voté hier un amendement entérinant un éventuel report du Brexit à 520 voix pour… et 20 contre (88 abstentions). Voilà qui laisse peu de place au doute : le pot de départ du Royaume-Uni, ce ne sera pas pour tout de suite ! Si tant est qu’il est effectivement lieu un jour…

Après le rejet de sa proposition prônant le maintien du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE, le leader du parti Labour, Jeremy Corbain, a une nouvelle fois réitéré son soutien à l’organisation d’un nouveau référendum. Selon lui, le résultat serait tout autre alors que la campagne pro-Brexit précédent le vote populaire de juin 2016 avait été truffée de mensonges pour manipuler les citoyens. Les résultats avaient révélé une véritable fracture dans la société britannique : le leave ne l’avait emporté que à 51,89% (contre 48,11%), les habitants des campagnes et les populations plus âgées votant contre ceux des villes et les jeunes, plutôt pro-européens… 

L’argumentation de l’opposition est simple : avec les jeunes ayant atteint la majorité et à présent en âge de voter et nombre d’irréductibles pro-Brexit ayant passé l’arme à gauche (sans compter les citoyens dégoûtés par les mensonges de la campagne et la lenteur des négociations avec l’UE), la population plébisciterait cette fois plus que probablement un maintien au sein de l’Union. Pro-européen, le prédisent français Emmanuel Macron avait déjà réagit mercredi en ce sens, déclarant que « Nous (l’UE) pourrions accorder une demande de report du Brexit, à condition qu’elle soit justifiée par un nouveau choix des Britanniques. » 

Le « backstop« , là où ça coince…

L’hypothèse d’un nouveau référendum fait cauchemarder Theresa May qui a fait du Brexit sa mission principale depuis sa prise de fonction faisant suite à la démission de James Cameron, l’homme à l’origine de tout ce foutoir diplomatique. La résidente actuelle du 10 Downing Street n’est guère plus enthousiaste à l’idée d’un report et espère encore convaincre les députés de voter son accord…

Du côté des Îles britanniques, le nœud du problème se situe dans le « filet de sécurité irlandais ». Également appelé backstop, il est censé éviter le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande (membre de l’UE) et l’Irlande du Nord qui dépend du Royaume-Uni. Ce dispositif consiste à créer un « territoire douanier unique » regroupant l’UE et le Royaume-Uni, et devrait permet d’assurer un accès sans entrave des marchandises de l’Irlande du Nord vers le reste du marché britannique. Ce faisant, le backstop donnerait un statut particulier à l’Irlande du Nord qui resterait alignée sur un nombre limité de règles du marché unique: par exemple les normes sanitaires pour les contrôles vétérinaires, ou celles concernant la taxe sur la valeur ajoutée et les aides d’état. Les autorités britanniques devront donc y appliquer la totalité du code douanier de l’Union. Une situation impensable pour la formation unioniste nord-irlandaise DUP, alliée principale de Theresa May au Parlement…

Bref, on dit que les blagues les plus courtes sont les meilleures. Et la mauvaise farce du Brexit n’a déjà que trop duré. Si le report est acté, les deux partis repartiraient encore pour des mois et des mois de négociations (jusqu’en 2021?). Emmanuel Macron a en tout cas déclaré qu’il n’était « pas question d’accepter un tel report sans un objectif clair« . Sur ce point, ça semble plutôt mal barré alors que plus le temps passe, plus le spectre d’un No Deal (un divorce sans accord avec les 27) devient réel.

Belga

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