Instagram censure le compte Jouissance Club: pourquoi on ne peut pas parler de sexe tranquillement?

Pour la deuxième fois, Instagram a supprimé le compte Jouissance Club. Expliquer la sexualité et l'exploration du corps pose visiblement encore problème en 2019...

©Instagram Jouissance Club

Supprimé deux fois, recréé trois fois. Le compte Jouissance Club renaît de ses cendres à chaque fois qu’Instagram le fait disparaître à gros coups de censure. « Je ne pense pas que ce soit les algorithmes qui suppriment le compte. Je fais TRÈS attention à ne pas dessiner des choses trop choquantes. Il est plus probable qu’une personne ait intentionnellement appuyé sur le bouton ‘signaler' », explique la créatrice du compte.

©Instagram

Pourtant, le compte ne fait rien de mal. À part des dessins. De vulves, de prostates et autres parties génitales certes, mais des dessins tout de même. Partant du constat qu’un quart des adolescentes de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris, la créatrice de la page Instagram propose des dessins accompagnés d’explications pour, entre autres, se faire du bien à soi et à son partenaire. « 83% des filles ne connaissent pas la fonction du clitoris. 84% des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53% à savoir représenter le sexe masculin », rappelle une des premières publications du tout nouveau compte. Des chiffres qui ne sortent pas de nulle part puisqu’ils sont rapportés par le Haut Conseil à l’Égalité français.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Il y a quelques heures le compte @jouissance.club ( nouveau jouissanceclub ) a été supprimé car je cite « il allait à l’encontre des règles de la communauté d’Instagram. » Les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires de la primaire jusqu’au lycée. Pourtant, ils sont pour les 3/4 passés à la trappe, abordés de façon superficielle ou pas du tout. Constat ? * Selon le haut conseil à l’égalité un quart des adolescentes de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris et 83% n’en connaissent pas sa fonction. * 84% des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53% à savoir représenter le sexe masculin. * 63% des français.e.s considèrent qu’il est plus difficile pour les hommes que pour les femmes de maîtriser leur désir sexuel. * Un tiers des 18-24 ans pense que les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées lors d’une relation sexuelle. * Pour 4 français.e.s sur 10 la responsabilité des violeurs est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public. Or * 41% des utilisat.eurs.trices d’Instagram ont entre 16 et 24 ans. * Les utilisateurs de moins de 25 ans passent en moyenne 32 minutes par jour sur l’application. Nous sommes plusieurs comptes à tenter de palier à ce manque d’informations de façon bénévole, engagée et bienveillante. En censurant nos comptes, Instagram contribue à cette méconnaissance sexuelle et renforce les tabous déjà présents autour de la sexualité. Nous avons besoin de votre soutien aujourd’hui plus que jamais. Partagez et relayez l’information avec le #sexualityisnotdirty Faisons comprendre que l’éducation sexuelle n’est pas obscène et absolument nécessaire. Source : BDM média : chiffres Instagram de 2018 / Enquête IPSOS de 2015 Un ENORME MERCI aux comptes @collectifjunon @http://club89.fr @cliterevolution @lecul_nu @jemenbatsleclito @mariebongars qui ont prit cette belle initiative !

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Les comptes qui tentent de combler le manque d’éducation sexuelle fleurissent de plus en plus sur les réseaux sociaux. Lever le voile sur les rouages du plaisir (en solitaire ou pas), parler de consentement, expliquer de façon ludique le fonctionnement des parties génitales, tous ces comptes s’attellent, à leur manière, à libérer la sexualité.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

? English Sharing is advocating! Our goal: plaster our streets with clitoris. #8March Download your posters All posters can be downloaded for free. You can you put them up in the street, at your school or at your workplace. You can also share the campaign visuals on social media for the International Women’s Day on March 8. One quarter of all 15-year-old girls do not know they have a clitoris, and 83% are not aware that its only function is erogenous. In 2019, only one in eight biology textbooks correctly depicts the clitoris. *According to the 2016 report on sexual education by the High Council for Equality in France. ? Spanish Compartir es abogar! Nuestro objetivo: cubrir nuestras calles con clítoris. # 8Marco Descarga tus carteles Todos los carteles se pueden descargar de forma gratuita. Puedes ponerlos en la calle, en tu escuela o en tu lugar de trabajo. También puede compartir las imágenes de la campaña en las redes sociales para el Día Internacional de la Mujer el 8 de marzo. Una cuarta parte de todas las niñas de 15 años no saben que tienen un clítoris, y el 83% no sabe que su única función es erógena. En 2019, solo uno de cada ocho libros de texto de biología representa correctamente el clítoris. * Según el informe de 2016 sobre educación sexual del Consejo Superior para la Igualdad en Francia. #clitoris #itsnotabretzel #8march

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Cachez ce téton que je ne saurais voir

Alors comment expliquer la frilosité d’Instagram face au sexe dans une société qui, pourtant, n’a de cesse de mettre le corps des femmes (souvent) et des hommes (parfois) au cœur du débat ? Une société qui, encore plus après la vague #metoo, promeut toujours davantage l’égalité des sexes. Pourtant, certaines idées reçues restent profondément ancrées dans les esprits. Pour 4 Français.e.s sur 10, la responsabilité des violeurs est atténué si la victime a eu une attitude provocante en public (toujours selon le Haut Conseil à l’Égalité). Comment nier l’utilité des quidams qui tentent de démonter ces croyances d’un autre siècle via le canal le plus utilisé par les jeunes : les réseaux sociaux.

Bien qu’à la pointe de la modernité, Instagram reste puritain. Comme nous l’expliquait la photographe belge, Charlotte Abramow, dès qu’elle publie une photo de femme topless, la publication est signalée et supprimée en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour les hommes par contre, le réseau social est plus conciliant. Un téton d’homme serait-il à ce point plus choquant que celui d’une femme ?

Pour la créatrice du Jouissance club, impossible de répondre à ces questions sans faire de « dissertation de 80 pages », plaisante-t-elle. « Et si je l’écrivais, j’expliquerais sûrement cette frilosité par la religion et comment elle a affecté notre vision du sexe et l’image qu’elle a donnée des femmes. Entre vierge et putain, il n’y a pas de nuances. Instagram ne fait malheureusement pas de distinction entre pornographie et éducation sexuelle. »

Aidé par des célébrités (coucou Angèle) et une communauté aussi soudée qu’active, le nouveau compte du Jouissance club a pu – à nouveau – rassembler plus de 80.000 followers. Pendant combien de temps ?

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