Pourquoi le hijab de running de chez Décathlon fait autant polémique?

Depuis plusieurs jours, la France connaît une nouvelle polémique qui déchaîne tant les réseaux sociaux que les partis politiques : le hijab de running que la marque Décathlon comptait commercialiser. Finalement, il n'en sera rien. 

©Belga Image

La polémique enfle en France. En début de semaine, la marque d’équipement sportif, Décathlon, annonce la commercialisation prochaine d’un hijab de running. Soit, une sorte de couvre chef pour les femmes qui choisissent de courir les cheveux voilés. Depuis quelques temps déjà, le produit est commercialisé au Maroc (et par Nike également) et répond à « un besoin local« , comme le confie le responsable de la communication externe de Decathlon International, Xavier Rivoire au Huffpost. Constatant que la demande et le besoin existent également en France, la marque a annoncé la commercialisation prochaine d’un modèle similaire.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les réseaux sociaux se sont enflammés et les commentaires, tous plus virulents les uns que les autres, multipliés tant sur Twitter que Facebook. Pour ses détracteurs, le hijab spécial running irait à l’encontre des droits de la femme et de ses libertés. Aussi, Décathlon céderait à l’islamisme. Les réactions ne sont pas restées cantonnées aux réseaux sociaux et le débat s’est invité sur les plateaux télés et dans les discours des politiques. Invitée sur France Info, Lydia Guirous, porte-parole des Républicains, qualifiait le voile « d’objet de soumission » :

Laïcité de l’État sur le tapis

La ministre française des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a tenté de tempérer. Pour elle, le fameux hijab de running serait légal puisque la France reste un pays laïque, mais qu’il « ne convient pas bien aux valeurs de notre pays ».

Décathlon a aussi pu compter sur certains défenseurs qui se sont attelés à rappeler que les femmes, musulmanes ou pas, étaient en droit de disposer de leur corps comme elles l’entendaient. C’est notamment le cas de Clément Viktorovitch, docteur en science politique. Au micro de CNews, il rappelait que deux sujets complètements différents s’entrechoquaient dans cette polémique. « Dans les pays qui ne sont pas des démocraties, les femmes ont l’obligation d’être voilées et elles luttent pour la liberté de se vêtir comme elles le veulent. Evidemment que toutes les femmes dans le monde doivent pouvoir choisir la manière dont elles se vêtissent. Mais nous sommes ici en France, dans une république et l’un des droits fondamentaux de chacun est de pouvoir se vêtir comme il le désire et de porter des signes religieux s’il le souhaite. Car la laïcité c’est la neutralité de l’État en matière religieuse ».

Yann, ce héros

Et il y en a un autre qui s’est jeté frontalement dans ce débat musclé, c’est Yann Amiry, le community manager de Décathlon. Depuis plus de six ans, Yann répond (parfois en son nom) sur les réseaux sociaux aux clients contents (ou pas) de la marque. Depuis le début de la polémique du hijab de running, il reçoit un flot faramineux de commentaires haineux et racistes auquel il tente de répondre avec courtoisie.

Et Yann n’hésite d’ailleurs pas à répondre également aux politiques qui s’attaquent à la marque.

Ses multiples interventions lui ont permis de devenir la nouvelle star de Twitter en quelques heures, au point que son nom devienne l’une des « tendances » du réseau social. Parallèlement aux commentaires injurieux, Yann a également reçu bon nombre de messages de soutien de la part des internautes. Et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le community manager de Decathlon met de sa personne pour défendre les internautes. L’année dernière, une internaute s’insurge (gentiment) de la commercialisation de sacs à dos. Elle reproche à la marque d’équipement d’estampiller ses sacs de randonnée en fonction du sexe.

Capture d'écran Twitter

Yann répond calmement à la cliente. Le débat pourrait s’arrêter là sauf que les internautes s’en prennent violemment à la cliente au point de la lyncher et de lui envoyer des menaces par messages privés. Le comunity manager finit par répondre avec son compte personnel pour prendre la défense de la cliente qui ne posait qu’une simple question.

Le hijab de running ne verra pas le jour

Finalement, Decathlon a annoncé mardi soir qu’il ne commercialiserait pas le hijab de running vu les réactions que cette annonce a suscité.

À l’échelle internationale, la France est perçue comme le pays qui « une nouvelle fois, se plonge dans le ridicule » et pour lequel vendre un voile pour courir « est un scandale » (Washington Post).

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