Grèves pour le climat: et concrètement, ça change quoi?

Le mouvement Youth for Climate semble peu à peu s'essouffler sur le terrain. À la veille du congé de Carnaval, Moustique fait le point avec Adélaïde Charlier, leader francophone de la jeunesse en marche.

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Ciao Bruxelles, Hallo Anvers! C’est dans la métropole flamande qu’aura lieu ce jeudi la huitième grève nationale des élèves pour le climat. À la veille du congé de Carnaval, le mouvement se situe à un moment décisif de sa jeune existence : malgré la venue de Greta Thunberg (à nouveau présente ce jeudi), « seuls » 7500 marcheurs étaient au rendez-vous la semaine dernière dans la capitale. Un score plus qu’honorable, mais loin des 35 000 manifestants de la troisième édition… Les jeunes sont-ils en train de fatiguer ? « Dire ça, c’est mal observer le monde !« , réplique Adélaïde Charlier.

À 18 ans, elle est devenue l’une des leaders francophones de Youth for Climate. « On sait qu’on ne va pas ramener 35 000 personnes par semaine. Faut pas rêver ! Tous les jeunes ne peuvent pas rater leurs cours chaque jeudi… Mais quand on regarde au niveau global, les marches pour le climat ont explosé!  » L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre, la France… Même l’Australie s’est mise à marcher, et il se murmure que les États-Unis pourraient embrayer le pas. « C’est ça qu’il faut avoir en tête, c’est un message global !  » 

Combien de temps les grèves climatiques vont-elles encore durer et sur quelles actions concrètes ont-elles déjà débouché ? Moustique fait le point avec la jeune rebelle écolo.

La semaine prochaine, c’est Carnaval. Vous allez prendre congé ?

Adélaïde Charlier : Bien sûr que non ! Il y aura une action organisée, comme chaque jeudi. Il faut montrer que, peu importe que l’on ait cours ou non, on va quand même sortir dans les rues pour montrer que l’on veut du changement. Et justement ! La semaine prochaine on appelle tous les jeunes qui n’avaient pas envie de rater les cours à sortir et à montrer qu’ils ont le même message que nous. Ce sera l’occasion idéal pour eux. Ce ne sera donc pas vraiment une grève ce jour-là, mais l’esprit qui nous animera sera le même… On dévoilera ce qu’on fera après la marche de ce jeudi. Surprise !

Vous marchez à Anvers ce jeudi. Pourquoi ?

Pour que le mouvement s’inscrive sur le long terme, nous pensons que ce sera plus efficace si chaque jeune peut manifester dans sa propre ville. On ne peut pas toujours demander à tout le monde de prendre le train jusque Bruxelles. On marchera donc à Anvers cette fois-ci, et on marchera ailleurs la semaine prochaine… On ne sait pas encore où, peut-être en Wallonie.

Concrètement, qu’est-ce qui a changé depuis les grèves selon vous ?

On est en train de créer une vraie sensibilisation envers les citoyens. Dans mon entourage, de plus en plus de gens sont fiers de m’annoncer qu’ils ont commencé à manger plus local et qu’ils essayent d’agir à leur échelle…

Si les jeunes sont animés d’un tel esprit de liberté aujourd’hui, c’est parce qu’ils veulent pouvoir continuer à vivre heureux plus tard.

Et à l’école ?

Dans mon école, une « éco-team » avait déjà été créée il y a plusieurs années. C’est un petit groupe qui fait la promotion du développement durable auprès des élèves. Depuis le début des grèves, les demandes pour intégrer l’équipe ont explosé ! Les élèves veulent encore plus d’actions. On aimerait bien imposer quelques règlements internes pour que les jeunes se privent des choses qui peuvent être nocives pour la planète. On a déjà banni l’aluminium des murs de l’école. Mais avant d’interdire, il faut conscientiser les élèves, soit en leur parlant directement ou en les sensibilisant avec l’installation de panneaux informatifs ou en organisant des présentations sympas. Depuis peu, on organise aussi des petits challenges, comme ramener sa propre gourde ou manger au moins un repas local sur la semaine. Ceux qui réussissent tous les challenges reçoivent une petite récompense. Ça c’est chez nous, mais dans les autres écoles en général, les jeunes interpellent leur direction parce qu’ils ne veulent plus de distributeur, parce qu’ils veulent plus de produits locaux à la cafète… On constate un réel changement à ce niveau-là.

Les jeunes se bougent, mais les dirigeants toujours pas. Est-ce que, selon vous, on peut encore compter sur la politique pour changer les choses ?

Oui, mais on a un énorme travail de sensibilisation à faire ! Je dis toujours que si l’on est épris d’un esprit de liberté aujourd’hui, c’est parce que l’on veut pouvoir continuer à vivre heureux plus tard. Et on a besoin de politiciens derrière nous pour ça, il faut qu’ils nous suivent avec de nouvelles lois… C’est ça le message qu’on leur envoie, et c’est pour ça qu’on continuera de marcher.

(Photo, de droite à gauche: Anuna De Wever, Greta Thunberg, Kyra Gantois et Adélaïde Charlier)

Martin Monserez

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