A droite toute: que penser du nouveau parti d’Alain Destexhe?

Le libéral très à droite, Alain Destexhe crée son parti. L'aventure, si elle réussit, pourrait lui rapporter un bon paquet de voix. Il a un espace électoral devant lui. Ce n'est pas un boulevard mais au moins un large couloir. Trois raisons à cela.

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 1. L’espace à droite est libre

Sur l’échiquier politique, il y a un espace bien à droite qui n’arrive pas à être occupé en Belgique francophone. « On n’a eu jusqu’ici aucun parti crédible. Tous se sont sabordés à l’interne par des disputes d’egos. Aucun n’a pu démontrer une crédibilité organisationnelle sur la durée. Le PP (parti populaire) l’a encore démontré en 2014 en se divisant », explique Jean-Benoit Pilet, politologue au Cevipol à l’ULB .

Jusqu’où Alain Destexhe peut-il aller s’il parvient à être réellement organisé ? « Il est difficile d’estimer cette place. Mais les partis de droite radicale montent ailleurs en Europe à 15%. Ceci étant, ils surfent sur un sentiment d’identité nationale forte, ce qui ne sera pas le cas pour Alain Destexhe. » Toujours est-il qu’Alain Destexhe peut facilement miser sur 20 000 voix au moins à Bruxelles, 5% des voix et donc 3 ou 4 élus qui lui permettront de former un groupe au Parlement. Donc d’assurer sa propre survie après les élections. En tous cas, Destexhe a exclu pour l’heure toute alliance avec le PP, histoire sans doute de ne pas brouiller d’emblée son image et de conserver toutes ses chances. On peut aussi considérer que le MR choisit de se recentrer au centre-droit.

2. L’anti-migration, le super catalyseur

Point numéro un du programme de Destexhe : freiner des quatre fers la migration. Il dit n’avoir pas supporté la crise provoquée par le pacte migratoire et divorce avec Charles Michel qui a clamé vouloir se placer du bon côté de l’histoire face à une N-VA intransigeante et souverainiste sur cette question. « Le discours anti migrants, combiné à la question de l’Islam, est la recette qui marche partout en Europe », souligne Jean-Benoit Pilet. Or « les Wallons et francophones bruxellois ne sont en réalité pas plus accueillants pour les migrants que les flamands. La seule différence aujourd’hui est que les Flamands l’expriment dans des comportements électoraux ».

En se glissant dans un costume de Théo Francken à la francophone, mieux encore que Denis Ducarme ne pourrait le faire, Alain Destexhe a ses chances. Il peut miser sur le sentiment anti migration élevé côté francophone qui n’est pas canalisé politiquement. C’est le pari. Le reste du programme de ce nouveau parti semble à la marge. « Il propose une politique fiscale encore plus à droite que celle du MR comme la fin des allocations de chômage ou la fin des pensions anticipées. C’est moins porteur électoralement. Mais ça peut parler à certains électeurs néanmoins. »

3. La droite radicale sans être extrême

Pour Jean-Benoit Pilet, le parti de Destexhe n’est pas a priori d’extrême-droite. Il n’exprime pas un rejet général du migrant mais joue sur l’intégration qui lui pose problème. Ceci étant « les partis de droite radicale jouent sur des fantasmes plutôt que des réalités concernant la migration. L’enjeu pour Alain Destexhe va être de rester dans les limites pour ne pas tomber dans le racisme et l’extrême. C’est un enjeu primordial pour garder de la visibilité dans les médias. »

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