« La Flandre se comporte avec la Wallonie comme avec une épouse qu’on méprise, mais qu’on ne quitte pas »

La N-VA serait-elle un parti décevant qui joue les petits bras? C'est l'avis d'un réalisateur québecois qui signe un documentaire consacré à l'indépendance de la Flandre: "Ceci n'est pas un lion".

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Un journaliste indépendantiste québécois a promené sa caméra dans les méandres de la politique belge rythmée par le mouvement flamand. Il a voulu cerner le destin politique et identitaire des Flamands. Une cinquantaine de personnalités belges, des politiques, des citoyens, des humoristes prennent tour à tour la parole avec en clou du spectacle Bart De Wever.  On a rencontré le réalisateur de « Ceci n’est pas un lion », Jean-Pierre Roy.

Jean-Pierre Roy, pourquoi un Québecois a-t-il passé deux ans en Belgique à rencontrer tous les politiques et en se promenant à Anvers, Bruxelles, Linkebeek ou Renaix ?

En 2009, j’avais fait « questions nationales » qui était consacré au Québec, à la Catalogne et à l’Ecosse. Le film a fait l’objet d’une tournée européenne et après chaque projection, il y avait une séance de questions. Chaque fois, les flamands indépendantistes ressortaient sur la table. Quand en 2014 la N-VA est arrivée au pouvoir fédéral, cela a fait les manchettes au Québec. Je me suis dit : ça y est, la Flandre va être indépendante. Je pensais que tout était là pour faire un pays comme le voulait le premier article de ce parti.

Et puis, vous avez rencontré tout le monde, y compris Bart De Wever. Et en fait, non.

J’ai été très vite frappé par le mur rhétorique de la N-VA qui me disait : nous sommes des évolutionnaires et pas des révolutionnaires. Les catalans ou les écossais sont dans la passion alors que la N-VA est dans la prise de tête. La N-VA a peur des mots.

Vous avez choisi d’ouvrir votre micro à l’extrême-droite du Vlaams Belang qui, elle, dit qu’elle veut l’indépendance.

J’ai traversé le cordon sanitaire. Moi, je ne suis pas belge francophone et je parle et je rencontre tout ce qui bouge. En effet, seul le Vlaams Belang dit vouloir vraiment l’indépendance. C’est difficile à comprendre. Moi, je suis comme Pierre Kroll qui dit dans le film : « Faites votre pays et on viendra même en vacances chez vous ».

Le nationalisme flamand ne ressemble pas aux autres, alors ?

Il est tout à fait différent. Les Québecois sont tout à fait minoritaires et ils veulent sortir du paternalisme canadien. La Catalogne aussi veut sortir de l’inégalité fiscale. La Flandre, elle, est majoritaire et veut quitter son pays en sous-investissant sa propre capitale, Bruxelles, et en grignotant les pouvoirs partagés avec les francophones. Ils se comportent comme avec une épouse qu’on méprise mais qu’on ne quitte pas. En même temps, la N-VA est capable d’être raciste avec les francophones de la périphérie en ne ratifiant pas la convention des droits des minorités. C’est ridicule. C’est un respect de base.

Les bourgmestres non nommés en périphérie, ça vous a choqué.

C’est heurtant et ridicule. A quoi joue la N-VA ? Elle est incapable d’aller au bout de son projet souverainiste.

Comme solution, le chanteur Daan propose de faire l’amour. Il dit que tout ça est une histoire d’amour et qu’il y a encore pas mal de positions à essayer.

C’est un unitaire et un amoureux de la Belgique. Le séparatisme, il s’en bat les couilles, comme vous dites chez vous. Ce qui est frappant, c’est à quel point les flamands n’aiment pas Bruxelles. Le Québecois trouve peut-être qu’on parle un peu trop anglais à Montréal, mais il en est fier et il y va pour profiter de toute la vie culturelle. Mais la Flandre est un pays en devenir qui n’aime pas sa propre capitale et est incapable d’affronter la propre timidité de sa population.

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