La Belgique tue 26 millions d’animaux chaque mois

Près de 320 millions d'animaux ont été tués en Belgique en 2018 selon Statbel. Un chiffre interpellant même pour les plus carnivores d’entre nous.

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26 millions. Par mois. Si l’on sait depuis un moment que l’Homme n’a plus beaucoup de scrupule à voir l’animal comme, au mieux, un produit, au pire une marchandise, le chiffre ne peut qu’impressionner. La difficulté de concevoir l’abattage de 26 millions d’animaux le rend même un peu abstrait. Et puis on se rend compte de ce que cela implique. « Cela montre à quel point nous sommes dépendants de la nourriture animale, signale d’emblée Jean-Marc Montegnies, président de l’association Animaux en Péril. D’autant qu’à l’échelle mondiale, la consommation belge constitue une goutte dans l’océan, comparée aux 70 milliards d’animaux tués chaque année dans le monde. » Et encore, ces chiffres se contentent de dépeindre le sort funeste des animaux terrestres. Les poissons victimes de surpêche ne sont pas comptabilisés.

Parmi ces 26 millions, on dénombre, selon Statbel, 936.000 porcs, 74.000 bovins, 64.000 dindes, 11.000 moutons, 3.000 canards, 1.500 chèvres et 500 chevaux. La très (très) grande majorité (25 millions) provient donc d’animaux de basse-cour, principalement des poulets. Quoiqu’ils n’aient plus de « basse-cour » que le nom, vu le développement exponentiel de l’élevage industriel. « En Wallonie on vante souvent le Blanc Bleu Belge, mais il résulte d’une sélection génétique. Il faut se rendre compte qu’aujourd’hui, on élève et on mange des animaux mutants. Les bœufs sont devenus énormes, à tel point qu’ils ne savent plus marcher. Et plus aucune mise bas ne se fait de manière naturelle. Les veaux sont tellement gros qu’ils sortent systématiquement via une césarienne. Ces animaux sont créés par l’Homme pour l’Homme. » On peut aussi raisonnablement douter du fait que les 300 millions d’animaux tués chaque année en Belgique terminent tous dans nos assiettes. Jean-Marc Montegnies ne se risque pas à une estimation, mais dénoncent « un manque de rationalisation particulièrement scandaleux lorsqu’il s’agit d’animaux morts pour rien ».

Avancées wallonnes

S’il reste pragmatique, Jean-Marc Montegnies ne peut s’empêcher de rêver d’une alimentation sans viande. « Les alternatives sont réellement présentes aujourd’hui. Personnellement, je suis végan depuis huit ans, je suis en bonne santé et je prends du plaisir à me nourrir. Même les grandes surfaces s’y sont mises. Pas par valeur idéologiques évidemment, mais parce qu’il y a un marché. » La preuve que les prises de conscience se multiplient, même si un changement structurel de consommation prendra encore du temps. « J’y crois car ce n’est pas une contrainte, c’est le remède. Mais il ne faut pas tout laisser reposer sur le politique. Aucun député ne prendra le risque de toucher aux assiettes s’il ne sent pas un soutien de la population. On a les clés pour changer les choses. Bien sûr cela demande un effort mais je suis persuadé que lorsque l’on prend la décision de se passer de viande, voire de toute nourriture provenant des animaux, on opère un choix éthique et durable, on ne revient pas en arrière. L’évolution dépend des politiques, mais la révolution viendra des consommateurs. »

Il vante également les dernières avancées wallonnes en matière de bien-être animal. « La régionalisation de la compétence a entrainé une certaine concurrence entre les Régions et les a obligées à être dynamique. » Et à ce jeu-là, la Wallonie tire son épingle du jeu. « Nous sommes assez contents et fiers du code wallon du bien-être animal. Bien sûr il protège principalement les animaux domestiques et devrait plus s’attaquer à l’élevage intensif, mais il a déjà permis d’interdire la mise en cage des poules pondeuses. On ne roule pas pour lui, mais Carlo Di Antonio a eu le courage de proposer cela au Parlement wallon et a pu obtenir la majorité. C’est fort ! Et le code a également méchamment alourdi les peines pour maltraitance sur les animaux domestique. »

Un couple d’éleveurs de Neufchâteau vient d’ailleurs d’être condamnés à 16 et 12 mois de prison ferme pour le mauvais traitement de centaines de bovins. C’est la première fois qu’une peine de prison ferme est prononcée en première instance et sans antécédant. « On attend maintenant que le code s’étende aux animaux d’élevage. Mais je pense que la Wallonie, et la Belgique en général, vont dans le bon sens. De toutes façons, on n’a plus le choix, il faut changer de fusil d’épaule car la consommation de viande telle qu’aujourd’hui n’a plus d’avenir. »

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