Homophobie, racisme,… La haine dans les stades: un mal incurable?

Ce week-end, les terrains de football revêtiront les couleurs du drapeau arc-en-ciel LGBTQI+. Objectif : promouvoir la différence et la diversité dans le sport le plus macho de la planète... Suffisant pour changer le cœur des supporters?

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Le FC Bruges et le Racing Genk, derniers représentants belges en compétition européenne, se sont pris des raclées jeudi soir en Europa League (défaites 0-4 et 1-4). Les deux principaux prétendants au titre de champion de Belgique vont donc pouvoir concentrer toute leur attention sur la compétition domestique, avec une 27ème journée aux couleurs un peu particulières ce week-end…

Aux quatre coins du pays, les terrains verts se pareront des couleurs de l’arc-en-ciel : des drapeaux de corners aux brassards des capitaines, le symbole de la communauté LGBTQI+ sera omniprésent. Par cette action baptisée « Football for All« , les instances de Pro League (D1) et les divisions inférieures veulent encourager les supporters et amateurs du ballon rond à plus d’ouverture en s’opposant à l’homophobie, mais pas seulement.

« Bien que les couleurs de l’arc-en-ciel représentent le groupe LGBT, le football belge veut non seulement s’opposer à l’homophobie, mais également au racisme et à d’autres formes d’inégalité« , a indiqué la Pro League dans un communiqué. « Il s’agira en bref d’une action pour la diversité au sens le plus large possible: genre, culture, religion, couleur de peau… En incluant les couleurs de ce drapeau dans le logo des clubs et le logo de la Pro League durant la campagne, le monde du football veut envoyer le signal que tout le monde est le bienvenu dans le sport. Ce message se retrouve également dans son nom: Footb-All. » 

Les brassards de capitaine et les drapeaux de corner de cette journée arc-en-ciel seront ensuite dédicacés par les joueurs avant d’être revendus aux enchères. Les bénéfices seront reversés à deux associations: le programme de formation du musée Kazerne Dossin,  et le projet de refuge de la Fondation Ihsane Jarfi, un refuge pour les jeunes qui, lorsqu’ils font leur coming out, ne sont plus les bienvenus au domicile parental.

Une belle initiative et, surtout, une action nécessaire. Régulièrement affublé d’une image « sympathique », le supporter belge, galvanisé par l’effet de foule dans les stades, peut aussi s’avérer raciste, antisémite et homophobe. Des incidents qui arrivent trop souvent pour être qualifiés de simples « dérapages », et face auxquels les clubs peinent à (vouloir) réagir…

« Tous les fermiers sont des homos » 

On connaît bien sûr le refrain favori des supporters du Racing Genk : « Les Wallons sont du caca« . Si les chants se limitaient aux insultes communautaristes, on pourrait s’estimer « heureux ». Les couplets qui s’échappent des travées des stades, principalement au Nord du pays, sont souvent bien pires….

En décembre dernier, le FC Bruges recevait l’Atletico de Madrid lors d’une prestigieuse rencontre de Champions League face au géant espagnol. Moment choisi par une frange de ses supporters pour entonner une de leurs comptines préférées : « Alle Boeren zijn homo’s » (traduction: « Tous les fermiers sont des homos« ). Difficile de déterminer qui détient la « paternité » de cette mélodieuse composition entre les Brugeois, les Gantois (AA Gent) ou les Anversois (Antwerp). Une manière pour les supporters de ces clubs d’affirmer leur prétendue supériorité de citadins par rapport aux clubs « campagnards » ou d’agglomération moins importante… qui, eux non plus, ne sont pas en reste !

En décembre, le KV Kortrijk avait échappé à une amende suite au comportement raciste d’une frange du public lors de la réception du Standard. Les Liégeois Paul-José Mpoku et Christian Luyindama avaient porté plainte après avoir fait l’objet d’insultes sur leurs origines et avoir aperçu un supporter mimer un singe dans les travées du stade.

En août dernier, le FC Bruges – encore – recevait le club bruxellois d’Anderlecht au stade Jan Breydel. Après la rencontre, les supporters hôtes avaient pris pour cible la communauté juive en chantant des paroles jamais entendues auparavant : « Mijn vader zat bij de commando’s, Mijn moeder bij de SS, En samen verbanden ze Joden, want joden die branden de best« . Traduction : « Mon père faisait partie d’un commando, ma mère était SS, et ensemble, ils ont brûlé des Juifs, car les Juifs brûlent le mieux ». En 2017, déjà, les dirigeants du club brugeois avaient demandé aux supporters qu’ils arrêtent d’entonner « Al wie niet springt is een jood » (« Qui ne saute pas est un Juif ») dans les tribunes. Preuve qu’il n’y a pas qu’en France que l’antisémitisme a le vent en poupe…

Avant de dénoncer la répétition des incidents racistes qui sévissent dans le championnat italien (la dernière polémique en date impliquant le coéquipier de Dries Mertens à Naples Kalidou Koulibaly avait fait grand bruit), la Belgique ferait bien elle aussi de se regarder dans le miroir et adopter (et appliquer !) de vraies sanctions avant de remettre la balle au centre.

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