Climat: « C’est quoi le p***** de plan?! »

Pour la septième fois d’affilée, des milliers de jeunes ont séché les cours ce jeudi et se sont mobilisés en faveur du climat. Parmi eux Greta Thunberg, Jean-Pascal van Ypersele et Moustique...

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« Il faut que nos leaders mondiaux prennent leurs responsabilités. Qu’ils nous disent enfin quel est leur p***** de plan ?  » Sur le podium de fortune dressé sur l’esplanade de la tour des pensions, à côté de la gare du Midi, Anuna De Wever ne mâche pas ses mots. Face aux quelques milliers de jeunes une nouvelles fois mobilisés pour le climat (8.500 selon les organisateurs), la jeune Flamande et les autres figures du mouvement Youth For Climate donnent un discours bref mais inspirant, paraphrasant même JF Kennedy : « Nous n’agissons non pas parce que c’est facile. Nous agissons parce que c’est difficile. Le futur qui se profile devant nous, n’est pas celui que nous désirons. Donc nous allons le changer ici, maintenant ! L’espoir que porte cette génération est l’énergie dont nous avons besoin pour avancer, et je vous garantis que l’on continuera notre action jusqu’à ce que notre avenir soit sécurisé! «  

Galvanisée, la foule applaudie. Les jeunes sont en feu depuis le début du rassemblement à 13h à la gare du Nord. Ils ont été rejoints cet après-midi par une invitée de marque, Greta Thunberg, venue spécialement de Suède (en train) pour les soutenir. À seize ans, la nouvelle égérie de la lutte contre le dérèglement climatique est accueillie comme une rockstar… mitraillée par les appareils photos et les caméras d’une armée de journalistes qui la ceinture et l’empêche d’avancer. Le cortège prend du retard et la police doit finalement intervenir pour repousser les assaillants et former un cordon sanitaire autour de l’adolescente. « Greta Greta Greta, you are Great ! » Les manifestants encouragent leur idole à coup de slogans et la marche finit par reprendre, d’un pas soutenu (le climat n’attend pas), dans la délicieuse chaleur printanière de cette fin février… Vous avez dit « réchauffement » ?

Martin Monserez

« Les jeunes parlent aux cœurs »

Parmi les marcheurs, on croise quelques moins jeunes venus soutenir le mouvement. C’est notamment le cas de Jean-Pascal van Ypersele, professeur de l’UCLouvain et ancien membre du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ce matin-même, le climatologue a publié avec 300 autres collègues universitaires de Belgique, de France et de Suisse, un appel à participer à la grève climatique mondiale prévue le 15 mars prochain (à lire aujourd’hui dans Le Soir). Moustique a marché à ses côtés quelques centaines de mètres pour l’interroger.

Pourquoi avoir fait appel à la grève mondiale le 15 mars prochain ?

Jean-Pascal van Ypersele: « Le GIEC existe depuis plus de 30 ans et les scientifiques ont appelé de toutes les manières possibles les responsables politiques à engager plus d’actions. Rapport après rapport, les conséquences du dérèglement climatique sont à chaque fois devenues un peu plus claires. Et malgré ça, quand on regarde la courbe des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, elle continue à augmenter. Si on veut éviter que les températures dépassent le seuil des 1,5°C ou même de bien en dessous de 2°C (accord e Paris), il faudrait arriver à des émissions nulles d’ici 30 ans… On voit bien le décalage énorme qu’il y a entre les besoins de préservation de la seule planète habitable du système solaire et ce qui se fait à l’échelle belge, européenne et internationale. Ce qui a été fait aujourd’hui, comme le disent justement les jeunes, c’est beaucoup trop peu par rapport à ce qui est nécessaire. Voilà pourquoi, tous, nous devons suivre leur exemple et joindre le mouvement. » 

Martin Monserez

S’il y a bien une chose qui a changé depuis la COP 24, c’est l’explosion de popularité de Greta Thunberg. Ce n’est pas un peu frustrant pour vous, scientifique, qu’une ado de seize ans devienne le symbole de la lutte contre le dérèglement climatique ?

« Pas du tout ! Je suis très content que les choses bougent enfin et d’autant plus heureux que Greta soit parvenue à le faire. Et il n’y a pas qu’elle ! De nombreux autres jeunes ont lancé des mouvements dans différents pays. Ici en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas, en Allemagne… Tous ces jeunes emploient un langage que les scientifiques ne pouvaient pas utiliser. Les scientifiques parlent aux cerveaux des décideurs et les jeunes s’adressent au cœur en les regardant dans les yeux et en leur demandant: « Qu’est-ce que vous faites pour notre futur ?  » C’est une interpellation qui est beaucoup plus difficile à classer sans suite et à ranger au fond d’un tiroir qu’un rapport du GIEC… S’ils veulent être élus ou réélus, nos décideurs devront répondre à cette interpellation. Les rapports du GIEC y sont complémentaires. Les jeunes ici sont d’ailleurs bien au courant de ce qu’ils contiennent, comme Greta, et ils portent le message à leur manière. »

On le voit, l’enthousiasme vient avant tout des jeunes. Est-il trop tard pour changer les mentalités des « vieux » ?

« L’enthousiasme vient des jeunes mais que. Il y a aussi le mouvement des Grands-parents pour le climat et son pendant néerlandophone (« Grootouders voor het Klimaat« ) qui ont fourni une partie des stewards qui encadrent la manifestation aujourd’hui. Beaucoup d’adultes sont mobilisés. Et ils étaient déjà dans la rue avant que les jeunes ne se mobilisent. Souvenez-vous le 2 décembre. Il ne faut pas oublier qu’il y a un mouvement très fort chez les adultes aussi… Le timing est entre guillemets idéal en vue des élections prochaines élections de mai. Les citoyens éliront tous les niveaux de pouvoir qui, chacun à leur échelle, devront agir en faveur du climat. »

Martin Monserez

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