Sortie de Grâce à Dieu ce mercredi: François Ozon 1, Eglise 0

Le film de François Ozon traitant du scandale sexuel qui a touché le diocèse de Lyon pourra sortir ce mercredi, malgré les appels au report des prêtres incriminés.

© Courtesy of Mars Films

Attention, cas d’école. François Ozon devrait finalement pouvoir sortir son film Grâce à Dieu ce mercredi 20 février en France (il arrivera chez nous le 3 avril), après un long chemin de croix juridique. S’attaquant à un sujet sensible, il raconte l’histoire des victimes du père Preynat, et ce en utilisant les vrais noms des protagonistes. La défense du prêtre lyonnais, accusé d’abus sexuels sur plusieurs dizaines de jeunes garçons entre 1971 et 1991 et dont on attend encore le jugement, avait assigné le réalisateur de 8 femmes et d’Une nouvelle amie en référé pour faire repousser la sortie du film, estimant qu’il bafouait le principe de présomption d’innocence. En vain, le tribunal de grande instance de Paris ayant estimé que le long-métrage informait ses spectateurs de l’absence actuelle de jugement et qu’attendre la fin de la procédure contre Bernard Preynat constituerait une atteinte à la liberté d’expression et de création.

« Le juge considère que le fait d’insérer un carton à la dernière seconde du film indiquant que le père Preynat bénéficie de la présomption d’innocence répond aux exigences de la loi, la culpabilité de ce dernier n’étant dès lors pas présentée comme acquise » a expliqué l’avocat du prêtre, Maitre Emmanuel Mercinier, regrettant ensuite que « présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n’a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d’innocence que ne saurait évidemment pas faire disparaître le fait d’écrire ensuite le contraire durant deux secondes ».

Ouvrir le débat

Une victoire pour François Ozon, dont le film se base avant tout sur la quête de reconstruction des victimes, d’anciens scouts abusé par le père Preynat. Grâce à Dieu dépeint la route qui les a menées à mettre en place la plateforme La Parole libérée, association d’aide aux victimes. L’idée leur vient en même temps que le sentiment de révolte lorsque, adultes, ils découvrent que le bourreau de leur enfance est toujours en activité et en contact régulier avec des jeunes. « Mon but au départ, c’était de faire un film sur la fragilité masculine, a signalé François Ozon au micro d’Europe 1. Le film est sur les victimes, pas sur le père Preynat. Après le fait divers, je pars sur ces hommes qui ont osé parler, et les répercussions d’une libération parole pour quelqu’un qui, à 40 ans, témoigne de ce dont il a été victime. » Frappé par l’omerta qui entoure l’Eglise quand il s’agit des affaires d’abus sexuels sur mineurs, Ozon voit davantage son film comme un moyen pour le clergé d’ouvrir le débat que comme un procès à charge de l’Eglise.

Il n’empêche que le film est d’autant plus mal accueilli par le clergé que le scandale a également éclaboussé le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon et figure importante de l’Eglise en France. Lui aussi est actuellement en jugement, pour la non-dénonciation de ces agressions sexuelles pédophiles et son rôle présumé dans l’étouffement de l’affaire. Le verdict est attendu au début du mois de mars. En attendant, on ne voudrait pas être à la place du community manager du Vatican, alors que Sodoma, livre brulant sur la communauté homosexuelle du Saint-Siège, sort également ce mercredi. Deux sorties simultanées qui ne doivent rien au hasard, puisque ce 21 février marque le début d’un sommet de trois jours centrés autour des scandales sexuels qui minent l’Eglise, et voyant le Vatican convoquer les chefs épiscopaux du monde entier au cœur de l’enclave romaine.

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