Quand journalisme rime avec cynisme

Des journalistes qui “s’amusaient” à en harceler d’autres sur les réseaux sociaux. C’était une réalité il y a quelques années. Et ça en dit long sur une société qui doit encore évoluer.

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La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux? Cette question posée le 8 février par un internaute à Check News, le média de “fact checking” développé par le quotidien français Libération, a mis le feu à la médiasphère hexagonale. Car oui, cette “ligue” de jeunes hommes blancs fondée sur Facebook en 2009 a bel et bien existé et même opéré pendant plusieurs années. C’était juste avant #MeToo… Sous couvert d’humour, ces individus très influents sur Twitter à une époque où le réseau social au petit oiseau gazouillait encore faiblement opéraient déjà comme des vautours, faisant subir un harcèlement permanent aux féministes, mais pas seulement: individus “racisés”, membres de la communauté LGBTQI+, hommes jugés “pas assez virils”… Tous y passaient. Un défoulement de haine d’autant plus incroyable qu’il était principalement l’œuvre de journalistes qui travaillaient dans des rédactions de médias plutôt marqués à gauche et qualifiés de “progressistes” (Les Inrocks, Slate.fr, Télérama et… Libération) et dont certains occupent aujourd’hui des postes à responsabilités.

Objectif de la démarche? Marginaliser et/ou écarter des femmes et toute personne jugée “différente” de la profession au moyen d’un réseau de solidarité masculine. Non, le sexisme et la culture de la virilité ne gangrènent pas que la politique ou le milieu entrepreneurial, ils touchent toutes les strates de la société et tous les niveaux de pouvoir y compris le journalisme, pilier de la démocratie au titre de quatrième pouvoir.

Pourquoi en parle-on seulement aujourd’hui, dix ans après la création du groupe Facebook? Parce qu’au moment des faits, les victimes ne parvenaient pas à se faire entendre, ou n’osaient simplement pas s’exprimer. Le harcèlement en ligne fonctionne sur la même base que celui qui sévit dans les cours de récréation. Lessivés, celles et ceux qui en sont victimes se taisent et perdent toute motivation… Mais depuis l’article de Libération, les langues se sont déliées. Petite victoire et ironie de l’histoire, c’est sur Twitter, ancien terrain de jeu des harceleurs, que les anciennes victimes sont enfin parvenues à témoigner de ce qu’elles ont subi: photomontage à caractère pornographique, pluie de commentaires condescendants, grossophobes, homophobes, racisme et antisémitisme… Le portrait de la Ligue du LOL est affreux et surtout, effrayant en imaginant l’influence des auteurs de ces messages à travers leur titre de presse.

Les directions des médias concernés assurent n’avoir été au courant de rien à l’époque des faits. Certaines ont depuis réagi en mettant à pied des journalistes et en promettant de réaliser des enquêtes internes. Preuve que des plates excuses formulées à la va-vite par les anciens bourreaux sur les réseaux sociaux ne suffisent plus et que, lentement mais sûrement, les mentalités évoluent…

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