« Le Vatican a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde »

Un journaliste français dresse le portrait de la communauté homosexuelle qui régit le Vatican. Une minorité ? Non, bien au contraire.

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Le Vatican tremble sur ses bases. Il lui reste moins d’une semaine pour préparer sa riposte à la sortie du livre de Frédéric MartelSodoma. Un titre volontairement provocateur qui fait référence à Sodome, cette ville incendiée par la colère de Dieu et dont l’épisode de la Genèse est vu comme une justification de la répression de l’homosexualité. L’enquête du journaliste français se veut une révélation du « secret le mieux gardé du Vatican » : l’énorme part de prêtres homosexuels à la tête de l’Eglise. Frédéric Martel parle de 80% de prêtres homosexuels dans les arcanes catholiques, sans être cependant nécessairement sexuellement actifs. Une nouvelle qui ne changera pas la vie des profanes mais qui fera vraisemblablement s’étrangler les plus conservateurs. « Le Vatican a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde et je doute que, même dans le Castro de San Francisco, ce quartier gay emblématique, il y ait autant d’homos ! »

Au journal français Le Point, qui a rencontré Frédéric Martel en exclusivité, l’auteur explique que « l’homosexualité s’étend à mesure que l’on s’approche du saint des saints. Il y a de plus en plus d’homosexuels lorsqu’on monte dans la hiérarchie catholique. Dans le collège cardinalice et au Vatican, le processus préférentiel est abouti : l’homosexualité devient la règle, l’hétérosexualité l’exception. » Et telle la maxime « c’est celui qui dit qui l’est », il affirme que « les prélats qui tiennent les discours les plus homophobes et traditionnels sur le plan des mœurs s’avèrent eux-mêmes en privé homosexuels ou homophiles. »

La fin de la culture du secret

Sodoma plonge notamment ses lecteurs au cœur des pontificats de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Jean-Paul II qui, alors qu’il dénonçait régulièrement l’homosexualité, a composé avec un entourage majoritairement gay, jusqu’à devoir répondre du comportement de deux éminents cardinaux prétendument homophobes mouillés dans une affaire de prostitution masculine. Le pape François est lui dépeint comme plus progressiste, principalement grâce à sa phrase prononcée en 2013 et entrée dans l’histoire : « qui suis-je pour juger ? ». Et pourtant, au courant de l’importante proportion de prêtres homosexuels dans l’Eglise, il se déclarait inquiet de cette « mode gay » dans un livre sorti en août dernier. « L’homosexualité est une question très grave qui doit faire l’objet d’un discernement adéquat des candidats à la prêtrise et à la vie religieuse » a-t-il écrit.

Parmi les 1500 entretiens réalisés, Frédéric Martel a croisé 41 cardinaux, 52 évêques et monseigneurs et 45 nonces apostoliques (sorte d’ambassadeurs du Saint-Siège auprès des Etats). Il assure qu’il n’est nullement question de mettre en lumière un quelconque lobby gay, plutôt d’exposer la norme que constituerait l’homosexualité au cœur du Vatican. Le Vatican qui n’est d’ailleurs pas le seul théâtre de l’enquête de Martel, qui nous emmène dans toute l’Europe, mais aussi en Amérique latine. « On passe de somptueux penthouses de cardinaux aux bas-fonds de la gare Termini où se côtoient « deux misères sexuelles », celle des prêtres et celle de migrants prostitués » annonce Le Point. Le livre de 630 pages, fruit de quatre ans d’investigation dans une « communauté homosexuelle un peu particulière » selon son auteur, sortira mercredi prochain, premier jour d’un sommet sur la pédophilie initié par le Vatican. Traduit en huit langues, Sodoma promet d’alimenter les luttes internes et de faire du bruit dans un monde particulièrement connu pour sa culture du secret.

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