Le chômage diminue, les emplois précaires explosent

Le taux de chômage mondial a atteint son niveau le plus bas depuis la crise de 2008. Une bonne nouvelle qui fait figure de victoire à la Pyrrhus car elle le doit surtout à la banalisation des emplois précaires.

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Jobs, jobs, jobs ! Si l’on en croit les derniers chiffres autour de l’emploi, le gimmick de Charles Michel semblent doucement prendre forme. En Belgique, le chômage a baissé entre 2015 et 2018, passant de 8,5 à 6,3%. Et l’apparente bonne nouvelle se confirme à l’échelle du globe. Le taux de chômage mondial est en effet repassé sous les 5%, soit le niveau qu’il affichait avant la crise de 2008. On dénombre donc actuellement 172 millions de chômeurs à travers le monde. Un chiffre appelé à augmenter légèrement dans les années qui viennent, du fait de l’accroissement de la population, mais sans récession majeure (toujours possible en raison de l’instabilité financière et politique de certaines régions du monde), le taux de chômage planétaire devrait rester sous les 5% d’ici dans les années qui viennent.

Bons chiffres, mauvaires raisons

Une évolution positive qui poussera probablement de nombreux politiques à se féliciter de ces chiffres encourageants. Mais ils seront rapidement confrontés à la piètre qualité d’une part croissante des emplois proposés. « Les progrès réalisés pour réduire le chômage à l’échelle de la planète ne sont pas synonymes d’amélioration de la qualité de l’emploi », pointe le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT). Car si le chômage recule, il le doit en grande partie à l’explosion des emplois précaires et temporaires. « Si nous saluons la baisse du chômage en Europe, nous sommes plus inquiets sur la nature des emplois qui semblent prospérer depuis la fin de la crise de 2008. Il y a les mini-jobs en Allemagne, les CDD parfois d’un jour en France, l’explosion des contrats temporaires en Espagne… Le fait que des demandeurs d’emplois soient forcés d’accepter ces contrats est bien sûr un problème. Parce qu’ils ne leur permettent pas d’obtenir un salaire durable ni de payer un loyer » relance Damien Grinshaw, directeur du Département de la recherche de l’OIT. L’objectif 8 du Programme de développement durable mis sur pied par l’ONU en 2016, qui appelle les Etats à assurer un emploi de qualité à ses citoyens, se voit donc régulièrement bafoué. En outre, l’OIT insiste sur le fait qu’avoir un job aujourd’hui ne garantit plus un quotidien décent. « La preuve : 700 millions de personnes vivent dans une situation d’extrême pauvreté ou de pauvreté modérée, bien qu’elles aient un emploi. »

L’OIT pointe également l’absence de progrès en ce qui concerne la réduction de l’écart entre le taux d’activité des hommes (75%) et celui des femmes (48%). Il met enfin en évidence la quantité folle d’emplois non-déclarés, qui s’élève à deux milliards de travailleurs, soit 61% de la main d’œuvre mondiale.

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