« Effet Dorian Gray » : avez-vous la tête de votre prénom ?

Notre apparence physique est-elle conditionnée par les stéréotypes véhiculées par notre prénom ? Invraisemblable mais... vrai. C'est la science qui le dit ! Explications.

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Avez-vous déjà entendu parler du Portrait de Dorian Gray ? Non, rien à voir avec Christian, son homophone de 50 nuances de Grey, « héros » de la romance sadomaso-érotique inventé par l’écrivaine E.L. James et qui revient (malheureusement) sur le devant de la scène à chaque année à la Saint-Valentin… Dorian Gray est le principal protagoniste d’un autre bouquin publié en 1890, unique et sulfureux roman signé de la main d’Oscar Wilde, où il est notamment question de narcissisme et de décadence physique… Pourquoi ce cours express de littérature victorienne ? Parce que le duo de rappeurs toulousains Bigflo et Oli a illustré à merveille « l’effet Dorian Gray », le phénomène scientifique qui tire son nom de l’œuvre de Wilde, dans une vidéo publiée tout récemment sur la chaîne humoristique des youtubeurs français McFly et Carlito.

L’un des nombreux défis réalisés dans la capsule consistait à deviner, sans aucun indice, le prénom d’inconnus (un gars, une fille) invités à participer au tournage. À la stupéfaction générale, Bigflo, premier à se prêter au jeu, trouvait le prénom de Valentin du premier coup. Quelques minutes plus tard (et après une seule tentative ratée), Carlito trouvait le prénom de Clara… Son acolyte, McFly, tombe des nues en s’exclamant : « Mais y a combien de prénom sur Terre ? » Coïncidence inouïe ? Non, car oui : « On a la gueule notre prénom » comme le relevait un peu grossièrement Carlito après l’expérience. Ça s’appelle donc « l’effet Dorian Gray », et c’est amusant et (un peu) flippant en même temps.

Qui est-ce ? scientifique?

En 2017, des chercheurs français et israéliens ont mené une étude dont l’objectif était précisément de déterminer si nous ressemblions à notre prénom. Au cours des expériences réalisées par les scientifiques, des volontaires photographiés en France et en Israël étaient associés à une liste de quatre prénoms. Des répondants devaient ensuite leur attribuer une des propositions en fonction de leur apparence physique. Une sorte de version scientifique du jeu Qui est-ce ?… Avec quatre choix, la logique voudrait qu’il y ait 25% de bonnes réponses. Pourtant, les volontaires étaient en moyenne associés 4 fois sur 10 à leur vrai prénom, avec des pics à 8 sur 10 pour certains individus !

Des résultats impressionnants, mais à relativiser. Dans l’expérience conduite chez nos voisins, les volontaires portaient des prénoms « traditionnels » ou – sans vouloir tomber dans une forme de nationalisme – très « français » (exit les prénoms anglo-saxons, hispaniques, arabophones, asiatiques, etc.), ce qui a pu faciliter la tâche des répondants dans une certaine mesure. Toutefois, les données récoltées restent interpellantes. Alors comment expliquer que nous tendons à ressembler à notre prénom ou, plus précisément, au stéréotypes associés à notre prénom ?

Façonné par la pression sociale ?

Interrogée par Slate.fr, la chercheuse Anne-Laure Sellier expliquait que « nous ressentons une pression depuis notre plus jeune âge pour nous conformer à notre groupe social, auquel nous avons envie de plaire. Nous nous adressons différemment aux personnes depuis qu’elles sont bébés, nous les traitons différemment en fonction de leur prénom. (…) Le processus est comparable à celui d’une pierre poncée au contact de la mer au fil du temps, sauf qu’il s’agit ici d’interactions avec les autres. » Si la société estime par exemple que Chloé est une petite fille avenante, sympathique et drôle, à force de répondre aux attentes de son environnement, Chloé finira par avoir ce visage avenant, façonné au bout de milliers d’interactions et d’un traitement social particulier.

En poussant la réflexion à son paroxysme, on pourrait donc dessiner une vision très orwellienne de la société où le prénom choisi pour sa descendance déterminerait son parcours de vie ? On grossit le trait, mais c’est un peu vrai comme le déclarait François Bonifaix (auteur de l’ouvrage Le traumatisme du prénom) dans les pages du Moustique en juin 2017 : « Un prénom, lorsqu’il est donné, est choisi pour une bonne raison par les parents. Il va conditionner l’enfant dès sa naissance… C’est un chemin tracé, on met dessus tous les projets que l’on a pour sa progéni- ture. De fait, on choisit rarement un patronyme parce qu’il est “joli”, on a besoin de nommer la petite chose qui va naître pour qu’elle puisse exister. Le prénom, c’est le résumé de ce que doit être l’enfant.

Futurs parents, réfléchissez donc bien aux conséquences de votre acte au moment d »imprimer le prénom de votre enfant au moment d’imprimer son prénom dans le carnet rose.

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