Confessions : « j’ai été un acteur de la culture du clash comme celle de la ligue du LOL »

Il a sévi sur le web au moment où la ligue du LOL canardait ses victimes. Mateusz Kukulka a décidé de parler de cette période folle où le web était "comme une cours de récréation" et où les internautes qui étaient en comité réduit se comportaient comme dans un "far-west".

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Mateusz Kukulka est aujourd’hui reconnu comme expert en réseaux sociaux. Il donne de nombreuses formations dans le domaine. Le grand déballage sur les lynchages odieux commis par la « Ligue du LOL » l’amène aujourd’hui à parler. Parce que vu son profil, il aurait certainement pu y figurer dans cette ligue du LOL. Ou voulu y figurer. Voilà ce qu’il écrit sur son blog. Et il avoue platement : « j’ai été un acteur de cette culture du clash. »

Mateusz Kukulka, ce qui se passe pour les membres de la « Ligue du LOL » vous a amené à vous interroger sur vous-même.

Oui. La ligue du LOL s’est créée en 2009 et la plupart des exactions ont été commises jusqu’en 2012. On était dans le même délire. On découvrait internet. On voulait rigoler. On avait la culture du lol. On cherchait le bon mot, la bonne photo. On s’amusait entre nous mais ça partait à la puissance mille sans qu’on s’en rende vraiment compte. On pensait qu’internet c’était juste du virtuel. C’est faux, évidemment.

L’effet de meute était démultiplié par le net.

C’était bon enfant, vraiment ?

Au début, oui. Dans mon cercle de potes, oui. On faisait des blagues parfois très dures. La culture du clash est venue après. On s’en prenait à quelqu’un qu’on le connaisse ou pas. Sur le web, c’est très facile de taguer quelqu’un. Et internet permet de propager une information à un tas de personnes, très vite. Le reste, ce sont des comportements comme on en eu tous dans une cours de récréation. Ce qui se passe en ligne est une hyperbole de la réalité et des rapports humains. L’effet de meute , qui joue quand on se moque de quelqu’un, était par contre démultiplié par le net.

À l’époque, l’info sur Twitter était considérée comme frivole. On nous prenait pour des clowns.

Qu’est-ce qui a évolué depuis cette période ?

Twitter, après 2012, est entré dans le domaine public. En Belgique, avant ça, on se sentait entre nous sur Twitter. On était quelques milliers. On ne se sentait pas dans l’internet mondial. Twitter est entré dans le grand public aux USA lors de l’amerrissage de l’Hudson. Là, les journalistes américains ont eu une prise de conscience. Avant, l’info sur Twitter était considérée comme frivole. On nous prenait pour des clowns. On nous regardait comme si on était des gens qui jouaient à des jeux vidéos. En France, il a fallu l’affaire DSK et un direct à la télé à 13H lors du procès. La journaliste sur place n’avait aucune info alors qu’un internaute qui était à l’intérieur tweetait tout ce qui se passait en direct. La journaliste s’est faite lyncher sur le web.

J’ai commis alors 50 000 tweets en trois ans. Je n’ai pas le courage d’aller les relire.

Mais un jour vous avez arrêté.

On a appris de nos erreurs. Moi, j’ai fait un burn-out en 2010- 2011. Mais avant j’ai été menacé de mort, j’ai été canardé même si par rapport à ce que des femmes ont dû subir, c’était rien. On a dérapé aussi. Et tout le monde l’a fait. On ne se rendait pas compte. J’avoue qu’aujourd’hui je ne sais plus exactement ce que j’ai pu faire. En trois ans, à cette époque là, j’ai commis 50 000 tweets. Et j’en suis depuis 2007, donc en douze ans, à un total 105 000 tweets. Je n’ai pas le courage d’aller tous les relire. À l’époque, on tchattait comme dans une messagerie. Mais on le faisait en public. Aujourd’hui, ça se fait dans des groupes Whatsapp. C’était le far-west. On a dû apprendre. J’ai fait des erreurs. Aujourd’hui j’apprends à mes étudiants à ne pas faire les mêmes.

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