Argentine: un véritable Jurassic Park?

En l'espace de quelques mois, les paléontologues ont exhumé trois nouvelles espèces de dinosaures en Argentine. Pourquoi les découvertes se multiplient et comment les nouveaux spécimens sont baptisés ? Moustique a fouillé pour le savoir.

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Il s’appelle Bajadasaurus pronuspinax, il est âgé de quelque 140 millions d’années et, avec sa colonne vertébrale dotée d’épines défensives longues, fines et pointues, il arborait un look qui devait faire fureur à l’époque (sauf auprès des prédateurs). Cette nouvelle espèce de dinosaure herbivore a été découverte cette semaine en Patagonie, dans le sud de l’Argentine. C’est la troisième fois en quelques mois d’intervalle que les paléontologues exhument un nouveau spécimen dans le pays sud-américain. Début novembre, un herbivore de 12 mètres de long et vieux de 110 millions d’années avait été exhumé dans une zone désertique de la Cordillère des Andes et, en juillet 2018, un dinosaure vieux de plus de 200 millions d’années avait également été déterré sur le site paléontologique de Belde de Leyes, à quelque 1000 kilomètres à l’ouest de Buenos Aires

Chercheur de fossiles en Argentine, un métier d’avenir ? Face à cette série de découvertes foisonnantes, on pourrait réellement se demander s’il ne faudrait pas envisager une reconversion professionnelle dans la paléontologie. Ce serait un peu présomptueux. La fréquence accélérée des dernières découvertes n’est que pure coïncidence. Car si les scientifiques savent déterminer les zones susceptibles de détenir des ossements fossilisés dans les sous-sol, la découverte de reste de dinosaures relève – bien souvent – d’un pur hasard. « La plupart des sites de fouilles sont trouvé par des habitants locaux qui se promènent et tombent sur des restes émergeant de terre à cause de l’érosion des sols. Ils appellent ensuite des spécialistes. Dans 90% des cas de découvertes de dinosaures il y a donc une part de hasard au départ« , explique Pascal Godefroit, paléontologue à l’Institut royales des Sciences naturelles de Belgique.

Des ossements dans le sous-sol belge ?

Si l’Argentine fait en ce moment figure d’Eldorado pour tous les fans de dinos, l’Asie centrale (Chine, Mongolie) possède également un sous-sol très riche. « Au niveau géologique, les chercheurs doivent fouiller sur des terrains datant entre 230 et 65 millions d’années (ère Mézozoïque, NDLR), avant il n’y avait pas de dinosaures et après il n’y en a plus. Il faut ensuite que ces couches de sol soient continentales, on ne va pas chercher de dinosaures dans des sédiments marins. Ça diminue déjà fortement les zones de recherches à l’échelle globale« , précise l’expert. Se pose ensuite la question purement pratique : « La plupart des grosses découvertes sont faites dans des zones désertiques. Pourquoi ? Simplement parce que c’est pénible d’en faire en pleine ville ou en forêt, pour les complications techniques engendrées. » 

Cela signifie-t-il donc, en toute hypothèse, qu’il pourrait y avoir des dinosaures dans le sous-sol bruxellois par exemple ? « Non, le sous-sol est beaucoup plus récent, il n’y avait plus de dinosaures à l’époque de sa formation. Ce sont en outre des sédiments tertiaires et marins, donc aucune chance de trouver des dinosaures. En Belgique, les zones sont très réduites. Il a fallu beaucoup de chance pour découvrir les iguanodons de Bernissart ! » 

Comment baptiser les « petits » nouveaux ?

Il existe environ 700 spécimens de dinosaures connues aujourd’hui. Ce qui, selon les experts, équivaudrait à seulement 20% de la totalité des espèces ayant parcouru la Terre.Voilà qui promet encore de nombreuses découvertes en perspective. Et un sérieux casse-tête pour baptiser les nouveaux venus ? Non. Il n’y a pas de règles précises pour nommer une nouvelle espèce de dinosaures. Les options sont donc pratiquement infinies et ouvertes à tous les superlatifs, allant du Mégalosaurus – le premier dinosaure a avoir été baptisé en 1824 par le révérend anglais William Buckland – au Giganotosaurus Carolinii, découvert en 1993 (année de sortie du Jurassic Park de Steven Spielberg) et considéré à ce jour comme le plus gros carnivore terrestre de tous les temps. Avec ses huit tonnes et ses 14 mètres de long, ce dernier pouvait envoyer le célèbre T-Rex se rhabiller au bestiaire.

Pascal Godefroit apporte tout de même une nuance: « Outre le fait de ne pas réutiliser un nom déjà employé pour désigner une autre espèce animale, la seule règle à observer en nomenclature, c’est de ne pas être injurieux. » Si au détour d’une randonnée dans l’altiplano argentin vous tombez par hasard sur des nouveaux ossements, la science vous interdira donc de baptiser « votre » dinosaure Trouducusaurus Rex. Pensez donc déjà à quelques options supplémentaires.

Belga

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