Hôpitaux : les coûts augmentent, surtout à Bruxelles

Le risque de devoir payer un montant élevé de suppléments d’honoraires est plus élevé à Bruxelles qu'en Flandre et en Wallonie. Près de 3.000 patients ont dépassé la limite de 10.000 euros d'honoraires. Explications.

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En moyenne, une hospitalisation en chambre particulière coûte sept fois plus qu’en chambre double ou commune. À la fin de son séjour dans une chambre individuelle, le patient se voit en effet facturer des suppléments d’honoraires. Depuis août 2015, les hôpitaux ne sont plus autorisés à facturer ce type de suppléments pour une admission en journée en chambre double ou multiple, ou pour une admission classique, mais ces suppléments restent d’application pour les chambres privées. 

Cette mesure n’a pas freiné la hausse systématique des frais pour le patient. Au contraire, selon la nouvelle étude de l’Agence InterMutualiste (AIM), les suppléments d’honoraires sont passés de 531 millions d’euros en 2015 à 563 millions d’euros en 2017. De son côté, le patient a dû débourser en moyenne 1.065 euros rien que pour les suppléments d’honoraires.

Les conséquences financières

En 2017, un patient sur cinq a dû payer des suppléments d’honoraires pour son séjour en hôpital. On compte aussi plus de 5.000 euros de suppléments pour 10.000 séjours en hôpital. Le nombre de patients qui ont dû payer plus de 3.000 euros de suppléments pour leur(s) admission(s) a également augmenté d’un quart en un an : de 30.032 en 2014 à 37.408 en 2017. Pire, près de 3.000 patients ont dépassé la limite de 10.000 euros d’honoraires pour leur(s) admission(s) en 2017, soit une augmentation de 50 % par rapport à 2014.

Plus cher à Bruxelles

Les différences pour une même prestation peuvent être importantes : pour les accouchements par voie basse, la moyenne des suppléments d’honoraires varie de 613 à 2.045 euros par séjour, en fonction de l’hôpital. Le risque de devoir payer un montant élevé de suppléments d’honoraires est plus élevé à Bruxelles qu’en Flandre et en Wallonie. Pour une hospitalisation sur 20 dans les hôpitaux bruxellois, les suppléments d’honoraires s’élevaient à plus de 5.000 euros

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Les neurochirurgiens

Certains types de prestataires de soins de santé sont responsables de la majeure partie des suppléments d’honoraires facturés : les neurochirurgiens (80.000 € de suppléments d’honoraires facturés par an et par prestataire), les anesthésistes, les chirurgiens, les orthopédistes et les gynécologues. « À titre d’exemple, les suppléments sont trois fois plus élevés pour la pose d’une prothèse de hanche (2.386 euros) que pour une opération au ménisque (776 euros). Nous constatons toujours un grand manque d’informations et aucune protection n’est encore prévue contre les coûts hospitaliers trop élevés. De plus, il n’existe aucune garantie que le prix estimé ne sera pas dépassé », précise l’Agence InterMutualiste.

Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité chrétienne, explique : « Nous évoluons de plus en plus vers des soins de santé à deux vitesses. Nous devons mettre fin aux suppléments d’honoraires d’autant plus que tout le monde ne possède pas d’assurance hospitalisation, que celles-ci n’offrent pas une couverture illimitée et que les primes pour ces assurances hospitalisation peuvent atteindre des montants élevés…surtout que la hausse constante des suppléments d’honoraires rend les assurances hospitalisation de plus en plus chères.« 

Les solutions

La Mutualité chrétienne plaide pour la suppression complète des suppléments d’honoraires. « Séjourner en chambre individuelle doit devenir la norme à l’hôpital. Ce ne sera toutefois possible que si les suppléments d’honoraires disparaissent. Pour parvenir à un financement correct, la transparence est nécessaire. Comment hôpitaux et médecins se répartissent-ils les sommes provenant des suppléments d’honoraires ?« 

De son côté, Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris, interpelle : « Nous assistons à une privatisation larvée du financement des soins hospitaliers ».  Solidaris propose d’investir un demi-milliard d’euros dans l’assurance maladie pour refinancer l’hôpital et les médecins sur une base solidaire, transparente et juste afin de rendre superflus les suppléments d’honoraires. Pour lui, l’étude de l’Agence Intermutualiste montre qu’un nombre limité de médecins et d’hôpitaux facturent la majeure partie des suppléments d’honoraires.

Ainsi 10% de prestataires attestent près de la moitié (45%) du total des suppléments d’honoraires à l’hôpital. La moitié sont facturés dans 20 hôpitaux sur 102 ; comptant pour 32% des lits. « Il faut des accords tarifaires négociés entre les mutualités et les médecins qui évitent la spirale inflatoire des suppléments », conclut le Secrétaire général.

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