Climat : Enfin le big bang politique?

Les mobilisations des jeunes et une loi spéciale mise sur la table par le monde scientifique mettent les autorités au pied du mur.

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La scène se déroule le mardi 13 mars 2012. Au grand dam du monde scientifique, la Chambre auditionne ce jour-là deux climatosceptiques notoires. Le philosophe Drieu Godefridi et le chimiste István Markó (UCL) sont ainsi invités à expliquer devant la représentation nationale leurs doutes sur le caractère anormal du réchauffement climatique. Le sujet fait pourtant déjà largement consensus auprès des climatologues de tout poil. Les cartons d’invitation viennent du député MR David Clarinval.

L’homme, devenu entre-temps chef du groupe au Parlement, se présente à l’époque comme “climato-agnostique”, rapporte Le Soir. “Cela nous permettra d’entendre une voix différente. Cela peut être utile si l’on veut que le Parlement soit informé”, explique-t-il. Des propos que le libéral refuse aujourd’hui tout net de commenter. Une telle remise en cause de la catastrophe annoncée par le politique n’est en effet plus possible sept ans plus tard. À l’ONU, Charles Michel (MR) a d’ailleurs dénoncé en septembre dernier “l’entêtement de certains à nier la réalité des changements climatiques”.

Manifestation des jeunes pour le climat à Bruxelles le 31 janvier 2019 © Belga ImageManifestation des jeunes pour le climat à Bruxelles le 31 janvier 2019 © Belga Image

L’actuel mouvement de mobilisation de milliers de jeunes en faveur de politiques climatiques plus ambitieuses s’est pourtant pris une volée de bois vert de la part de quelques élus. Principalement au nord du pays. “Il ne faut pas se moquer de ces jeunes. Ils ont le droit de dire des choses qui ne sont pas vraiment exactes. J’ai aussi dit des bêtises”, a lâché la semaine dernière le président du Parlement Siegfried Bracke (N-VA). Son président de parti Bart De Wever en a remis une couche avant le week-end : “Les jeunes ne doivent pas croire aux scénarios d’apocalypse ni aux prédictions de malheurs qui exigent que l’humanité fasse des changements irréalistes”. Du côté du MR, le ministre de la Mobilité François Bellot expliquait pour sa part tout à fait sérieusement dans La Libre voir dans ces manifestations “une validation de la pertinence des choix qu’on a faits”. Pas sûr que les jeunes partagent le même avis.

Leurs manifestations ont en tout cas reçu le soutien de personnalités comme l’acteur américain Leonardo Di Caprio. Son post sur Instagram a été liké près d’un million de fois. La mise à l’agenda politique du climat n’a pas non plus échappé au monde scientifique. Une poignée de juristes et de constitutionnalistes du nord du pays ont ainsi travaillé d’arrache-pied ces quinze derniers jours pour concocter un projet de loi spécial sur le climat. Objectif : doter la Belgique d’objectifs à long terme et en réformer la gouvernance.

Côté francophone, la proposition de loi devrait obtenir la majorité nécessaire à la Chambre. Écolo, cdH, PS, DéFI et le MR se sont ainsi engagés à la signer. La N-VA risque en revanche de s’y opposer. Reste que le monde politique ne peut plus se cacher derrière le manque de bonne volonté d’un seul parti.

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